Le cou de l’oie cou­pé sabre au clair

La tra­di­tion re­monte à la Ré­vo­lu­tion, quelques jours après l’abo­li­tion des pri­vi­lèges

La Montagne (Vichy) - - Allier Actualité C’ - Lu­cien Re­bi­ron

La fête du Cou de l’oie de­vrait en­core une fois ras­sem­bler la grande foule, le 15 août, place des Vic­toires, à Ar­feuilles. Comme tous les ans de­puis… la Ré­vo­lu­tion.

est comme ça tous les 15 août. De­puis 1789. Chaque jour de l’As­somp­tion, le pe­tit village d’Ar­feuilles sa­cri­fie au rite du Cou de l’oie. Ici, sur les bords du Bar­be­nan, au pied de la Mon­tagne bour­bon­naise, pas ques­tion de dé­ro­ger à la tra­di­tion. Quand bien même elle émeut, par­fois, quelques âmes sen­sibles.

Ici, la pe­tite his­toire re­joint la grande. Fin août 1789, un ca­va­lier de pas­sage au bourg d’Ar­feuilles dé­couvre, sus­pen­due à une corde, une oie que les fer­miers viennent de tuer. Sur­pris, le ca­va­lier fait halte et de­mande des ex­pli­ca­tions car, se­lon la cou­tume, l’oie, c’est pour les fêtes de Noël et non en plein été.

Les fer­miers l’in­forment que le vo­la­tile a été tué pour fê­ter l’abo­li­tion des pri­vi­lèges vo­tés par l’As­sem­blée na­tio­nale lors de la nuit du 4 août. Et d’ajou­ter « Cette oie n’ira au sei­gneur, c’est nous qui l’avons éle­vée, c’est nous qui la sa­vou­re­rons à table ».

Le ca­va­lier ne sait que ré­pondre. Ce­pen­dant, après ré­flexion, tout en ayant les yeux ri­vés sur le vo­la­tile de belle gros­seur, il lance un dé­fi aux fer­miers : « Je vous pa­rie que je peux tran­cher avec mon sabre et du pre­mier coup, le cou de votre oie ».

Dé­fi re­le­vé. Le ca­va­lier s’exé­cute aus­si­tôt et réus­sit son coup, à la grande stu­pé­fac­tion des fer­miers qui l’in­vitent en­suite à fes­toyer avec eux, ne re­par­tant d’Ar­feuilles que le len­de­main, après avoir pro­mis de re­ve­nir l’an­née sui­vante pour ten­ter à nou­veau l’ex­ploit.

Ain­si est né, à Ar­feuilles, le Cou de l’oie qui s’est per­pé­tué au fil des ans. L’at­trac­tion fait la po­pu­la­ri­té du pe­tit village bour­bon­nais, at­ti­rant à chaque édi­tion des mil­liers de spec­ta­teurs.

Cinq cous à tom­ber

Ce mar­di 15 août, à par­tir de 17 heures, place des Vic­toires, des ca­va­liers re­te­nus pour l’at­trac­tion s’élan­ce­ront, sabre au clair, pour re­nou­ve­ler le geste an­ces­tral. Évo­lu­tion des moeurs oblige, le vo­la­tile est au­jourd’hui préa­la­ble­ment tué avant d’être sus­pen­du à une corde au­des­sus de la route.

Après chaque cou tom­bé, des ap­plau­dis­se­ments jailli­ront de la foule mas­sée der­rière les bar­rières de sé­cu­ri­té et l’Union mu­si­cale d’Ar­feuilles sa­lue­ra le vain­queur en jouant un mor­ceau de son ré­per­toire. Cette an­née, cinq cous de­vront tom­ber. En mé­moire d’une vieille lé­gende ré­vo­lu­tion­naire.

PHO­TO D’AR­CHIVES VIO­LAINE ALLIRAND

RITE. Les ca­va­liers re­pro­duisent chaque an­née le geste ori­gi­nel ac­com­pli en 1789.

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