LE FEUILLE­TON

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– Pas de nou­veaux po­neys, non, mais un nou­veau pen­sion­naire tout de même : le pou­lain de Bel­la est né cette nuit, c’est une fu­ture très belle pe­tite ju­ment. »

La sur­prise pas­sée, Sa­rah ne put ca­cher sa dé­con­ve­nue. j’es­pé­rais tant être là pour cette nais­sance… »

La dé­cep­tion per­çait dans la voix de sa fille, aus­si Éli­na s’em­pres­sa-t-elle d’ajou­ter :

« Je le sais bien, cette ca­chot­tière de Bel­la nous a tous pris au dé­pour­vu. Tu sais, ma ché­rie, les bé­bés ani­maux sont comme les bé­bés hu­mains, on ne peut cal­cu­ler vrai­ment la date exacte de leur nais­sance.

– Mais pa­pa la sur­veillait de près, je sup­pose, il ne s’est ren­du compte de rien ?

– Hier soir seule­ment, lors­qu’il a fait sa der­nière ronde avec ton grand-père, il a consta­té que Bel­la grat­tait sa li­tière et tour­nait en rond. Alors Lu­kas et lui se sont re­layés pour pas­ser la nuit non loin d’elle. Le pou­lain est né vers 5 heures et de­mie.

– Et ils vont bien tous les deux ? On n’a pas eu be­soin de M. Lan­glet ?

– Non, tout s’est pas­sé très vite et du mieux pos­sible. Il faut dire que notre Bel­la a dé­jà eu deux pou­lains, c’est donc une mère aguer­rie, ajou­ta Éli­na en sou­riant.

– Je sup­pose que l’on ne doit pas en­core les dé­ran­ger ?

– Pour ce pre­mier soir, il vaut mieux les lais­ser tran­quilles, mais de­main tu pour­ras leur rendre une pe­tite vi­site, c’est pro­mis. »

Le soir, au dî­ner, il n’était ques­tion que de cette nais­sance ; aux Bruyères, c’était un évé­ne­ment rare, la vo­ca­tion du centre n’étant pas la re­pro­duc­tion mais le dres­sage des jeunes che­vaux. Sur­veiller des ju­ments en ges­ta­tion et de tout jeunes pou­lains de­man­dait des soins spé­ci­fiques et, par là même, da­van­tage de per­son­nel. Pour­tant, Bel­la avait pou­li­né à deux re­prises ; ses maîtres se di­saient, avec juste rai­son sans doute, que la ma­ter­ni­té se­rait un bien pour leur ju­ment pré­fé­rée. Ma­thias au­rait ai­mé gar­der l’un de ces re­je­tons pour Sa­rah avant de se ran­ger à l’avis de son épouse. Lors de la nais­sance du se­cond

« Je crois que nous fe­rions mieux d’at­tendre trois ou quatre ans, même si Sa­rah est dé­jà une bonne ca­va­lière. Bel­la pour­ra avoir en­core un ou deux pe­tits, alors nous avi­se­rons. »

Ren­fro­gné à son ha­bi­tude dès que la conver­sa­tion s’orien­tait vers les che­vaux, et il faut bien dire que ce­la se re­nou­ve­lait à chaque re­pas, Luc s’agi­tait sur sa chaise ; il mou­rait d’en­vie de sor­tir de table au plus vite.

« Tu vou­dras ve­nir voir le pou­lain avec moi, de­main ? » de­man­da son père qui es­pé­rait ain­si l’ha­bi­tuer à la com­pa­gnie des che­vaux.

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