« Un man­dat très in­grat » « On a dé­pla­cé le pré­toire »

En­tre­tien avec la dé­pu­tée, ma­gis­trate, Lau­rence Vichnievsky

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - Ber­nard Ste­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Pour Lau­rence Vichnievsky le par­le­men­taire est là pour faire les lois et pour contrô­ler l’exé­cu­tif, il n’est pas là pour dis­tri­buer de l’ar­gent pu­blic.

MENTRETIEN agis­trate, spé­cia­liste de la lutte an­ti­cor­rup­tion, Lau­rence Vichnievsky (Mo­Dem) est dé­pu­tée du Puy­deDôme. Elle a été en pointe sur la loi de mo­ra­li­sa­tion de la vie po­li­tique. Elle s’en ex­plique.

Pour­quoi cet achar­ne­ment contre les em­plois fa­mi­liaux. Pour deux bre­bis ga­leuses, vous les sup­pri­mez au risque de prendre une dé­ci­sion an­ti­cons­ti­tu­tion­nelle ?

Il y a eu des abus d’un pe­tit nombre. Non pas parce que c’était des em­plois fa­mi­liaux mais parce que le tra­vail four­ni re­pré­sen­tait très peu de conte­nu. Alors ne pas les sup­pri­mer ? Mais les Fran­çais n’au­raient pas com­pris. C’est une ré­forme qui était de­man­dée et qui était at­ten­due. Nous n’au­rions pas connu les der­niers ex­cès qui ont fait scan­dale et la ré­ponse n’au­rait sans doute pas été la même.

Vous avez été par­ti­cu­liè­re­ment en pointe pour sup­pri­mer la ré­serve par­le­men­taire. Vous pri­vez les élus lo­caux du coup de pouce fi­nan­cier souvent bien utile…

J’ai sié­gé dans la com­mis­sion mixte pa­ri­taire qui a ten­té de trou­ver un com­pro­mis entre les deux as­sem­blées. Et j’ai bien vu que les blo­cages ve­naient d’abord des sé­na­teurs. Je Car le dé­pu­té et le sé­na­teur sont­ils ha­bi­li­tés à dis­tri­buer de l’ar­gent pu­blic ? Ma ré­ponse est non. La Consti­tu­tion ne le pré­voit pas. Le par­le­men­taire est là pour faire les lois et pour contrô­ler l’exé­cu­tif, il n’est pas là pour dis­tri­buer de l’ar­gent pu­blic, ce se­rait alors confondre les genres. Et j’ajoute que cette dis­tri­bu­tion qui était à dis­cré­tion, même si elle était dé­sor­mais trans­pa­rente, ou­vrait la porte aux soup­çons de fa­vo­ri­tisme en par­ti­cu­lier.

Donc fi­na­le­ment, c’est une bonne loi ?

Oui, même si nous avons poin­té les li­mites. J’ai par exemple in­di­qué, au mo­ment de l’ex­pli­ca­tion de vote, que nous re­gret­tions le re­fus d’ou­vrir le ver­rou de Ber­cy par exemple. De même, il fau­dra bien que les par­le­men­taires aient les moyens de tra­vailler, que les élus aient un vé­ri­table sta­tut. Nous pre­nons date pour la grande ré­forme pro­mise pour 2018, Nous se­rons au ren­dez­vous à ce mo­ment­là.

Quelle est votre pre­mière im­pres­sion sur ce dé­but de man­da­ture ?

Pas­sion­nant, mais dif­fi­cile. Vous sa­vez, dé­pu­té, c’est un man­dat très in­grat. Le dé­pu­té, il est élu pour lé­gi­fé­rer. Mais les élec­teurs veulent le ren­con­trer car il as­sure une forme de mé­dia­tion. Si on ne le voit pas à l’As­sem­blée, parce qu’il est en cir­cons­crip­tion, on dit qu’il n’est ja­mais sur les bancs. S’il est as­si­du au Pa­lais Bour­bon, on va dire dans la cir­cons­crip­tion qu’il n’est ja­mais sur le ter­rain.

Comment l’ex-ma­gis­trate re­garde-t-elle cette suc­ces­sion de dé­mis­sions d’élus dès qu’un journal sug­gère qu’un soup­çon pèse sur eux ?

C’est le pro­blème du nom je­té en pâ­ture alors que la per­son­na­li­té concer­née est pré­su­mée in­no­cente. On est pla­cé sous le tri­bu­nal de l’opi­nion. On a dé­pla­cé le pré­toire. Et on va en­core plus loin avec Mi­chel Mer­cier puis­qu’on fait ré­tro­agir une loi ! Alors je m’in­ter­roge sur un point : quand vien­dra le tour de la presse ? Car, il y a le contre­pou­voir, le fa­meux qua­trième pou­voir, mais ce­lui­là n’a pas face à lui de contre­pou­voir…

PHO­TO AFP

MAN­DAT. La dé­pu­tée vient de la ma­gis­tra­ture.

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