San­glante, la par­ti­tion de l’Inde

La Montagne (Vichy) - - France & Monde Actualités - @ca­ro­li­ne­cou­pat

Il y a 70 ans, le 15 août 1947, eut lieu un évé­ne­ment cru­cial de l’his­toire contem­po­raine : l’in­dé­pen­dance de l’Em­pire des Indes, qui ap­par­te­nait à l’Em­pire co­lo­nial bri­tan­nique de­puis près d’un siècle. Cette in­dé­pen­dance, ac­quise de haute lutte par Ja­wa­har­lal Neh­ru, pré­sident du Par­ti du Con­grès, et Mo­han­das Gand­hi, chantre de la non­vio­lence ac­tive, s’ac­com­pa­gnait de la par­ti­tion du pays : d’un cô­té, l’Union in­dienne, à ma­jo­ri­té hin­doue, qui re­pre­nait la plus grande par­tie du ter­ri­toire de l’an­cienne co­lo­nie ; de l’autre, le Pa­kis­tan, plus pe­tit et à ma­jo­ri­té mu­sul­mane.

Cette par­ti­tion re­pose sur une doc­trine, éla­bo­rée à l’ori­gine en An­gle­terre par un groupe d’étu­diants mu­sul­mans et de­ve­nue doc­trine of­fi­cielle de la Ligue mu­sul­mane en 1940 : la « théo­rie des deux na­tions », se­lon la­quelle les mu­sul­mans d’Inde de­vaient avoir leur propre État. Ce que ces étu­diants n’avaient sans doute pas pré­vu, c’est que la mise en ap­pli­ca­tion de leur théo­rie oc­ca­sion­ne­rait des mas­sacres qui hantent en­core les mé­moires col­lec­tives dans les ter­ri­toires où ils ont été per­pé­trés. Ca­ro­line Cou­pat pro­pice : de­puis la fin du XIXe siècle, des ré­flexes iden­ti­taires, en­cou­ra­gés par des re­li­gieux fa­na­tiques et des po­li­tiques ma­ni­pu­la­teurs, prennent tou­jours plus de place dans les es­prits, d’au­tant que les deux camps co­existent certes de­puis des siècles, mais sans se fré­quen­ter, ou peu. Dans ce contexte, les troubles com­mencent avant même la par­ti­tion : viols, conver­sions for­cées, sui­cides col­lec­tifs…

la vio­lence ne connaît plus de li­mites : les per­sonnes vi­vant sur un ter­ri­toire où leur re­li­gion est mi­no­ri­taire sont for­cées de par­tir. Dix mil­lions de per­sonnes – six mil­lions de mu­sul­mans et quatre mil­lions d’hin­dous – prennent ain­si la route de l’exil, en di­rec­tion de la pa­trie qui leur a été as­si­gnée. Quand ces deux flux de po­pu­la­tions que tout op­pose se croisent, ils se mas­sacrent im­pi­toya­ble­ment. Beau­coup de ceux qui ont choi­si de res­ter dans la zone où ils ne sont plus les bien­ve­nus sont as­sas­si­nés. Par­fois, ce sont des vil­lages en­tiers qui dis­pa­raissent. Bi­lan fi­nal de la par­ti­tion : au bas mot, 200.000 morts. par­ti­tion. Ain­si, nombre d’hin­dous ont par la suite re­non­cé à vivre au Pa­kis­tan, où ils su­bis­saient des dis­cri­mi­na­tions per­ma­nentes. Mais ces im­mi­grés ont connu, et connaissent en­core, un sort peu en­viable une fois l’Inde ral­liée : par­cours du com­bat­tant pour avoir le droit de tra­vailler et sus­pi­cion per­ma­nente des au­to­ri­tés, pa­ra­noïaques en­vers tout ce qui est lié au Pa­kis­tan. Au point que mal­gré la mise en place de me­sures de na­tu­ra­li­sa­tion ac­cé­lé­rée par le Pre­mier mi­nistre na­tio­na­liste Na­ren­dra Mo­di, cer­tains ré­fu­giés pré­fèrent, de guerre lasse, re­tour­ner af­fron­ter les bri­mades au Pa­kis­tan.

est même en­tre­te­nue par les ma­nuels sco­laires, qui en­seignent, au Pa­kis­tan comme en Inde, la dé­fiance vis­à­vis de l’Autre. Certes, des mi­li­tants tentent de faire bou­ger les lignes : avec son or­ga­ni­sa­tion The His­to­ry Pro­ject, Qa­sim As­lam, pa­kis­ta­nais, or­ga­nise ain­si des ses­sions de com­pa­rai­son des ré­cits de la par­ti­tion dans les ma­nuels in­diens et pa­kis­ta­nais, pour exer­cer leur es­prit cri­tique et li­mi­ter leur condi­tion­ne­ment na­tio­na­liste. Mais, 70 ans après la ca­tas­tro­phique par­ti­tion, le che­min s’an­nonce en­core long pour ar­ri­ver à une re­la­tion apai­sée entre les frères en­ne­mis.

PHO­TO AFP

CÉ­RÉ­MO­NIE BINATIONALE. Le folk­lore n’ef­face pas l’hor­reur de la par­ti­tion.

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