LIBRES PRO­POS L’ombre por­tée de la trans­pa­rence

La Montagne (Vichy) - - Jeux -

PAR Mer­cre­di 9 août, dans le clair-obs­cur de la fin de jour­née, la loi dite de mo­ra­li­sa­tion de la vie po­li­tique a été vo­tée à l’As­sem­blée na­tio­nale.

C’était une pro­messe de cam­pagne is­sue des « af­faires » qui ont émaillé la cam­pagne élec­to­rale ré­cente. Sans doute y a­t­il là des pro­grès vers une plus grande équi­té dans l’uti­li­sa­tion de l’ar­gent pu­blic et des pra­tiques par­le­men­taires. C’est l’air du temps, la pres­sion sup­po­sée d’une opi­nion pu­blique cho­quée par des usages li­cites mais abu­sifs. Il est sans doute un peu pré­ci­pi­té de par­ler de mo­rale. La­quelle, d’ailleurs ? Et sur­tout, c’est faire pe­ser sur les re­pré­sen­tants dé­pu­tés ou sé­na­teurs un soup­çon glo­ba­le­ment in­juste.

Mais il faut aus­si s’in­ter­ro­ger sur cette no­tion de trans­pa­rence. Lorsque le ré­gime so­vié­tique fut mo­ri­bond, on ap­pe­la « glas­not » la né­ces­si­té de rendre plus claire l’exer­cice du pou­voir et la bonne ges­tion des biens de l’État.

Au risque de cho­quer, je pense qu’il faut aus­si me­su­rer les risques de cette en­vie im­pé­rieuse de tout sa­voir, de tout dire, de tout mon­trer. La trans­pa­rence est im­pu­dique et peut al­ler jus­qu’à une forme in­qui­si­to­riale. Le be­soin de se­cret est une évi­dence dans les do­maines de la sé­cu­ri­té. La li­ber­té lais­sée à cha­cun des élus de pou­voir gé­rer, se­lon leurs convic­tions, les moyens dont ils dis­posent n’est pas contra­dic­toire avec la sin­cé­ri­té et la jus­tice.

Les abus de quelques­uns servent les dé­trac­teurs de l’exer­cice dé­mo­cra­tique. Il faut se mé­fier de l’opa­ci­té comme de la lu­mière to­tale. Dire ce que l’on sait, sa­voir ce que l’on dit, mais gar­der pour soi cette marge de si­lence utile pour la ré­flexion, le pou­voir de choi­sir des prio­ri­tés que l’on es­time à tort ou à rai­son in­dis­pen­sables. Il res­te­ra tou­jours aux élec­teurs la pos­si­bi­li­té de sanc­tion­ner ces choix le mo­ment ve­nu.

Le dan­ger peut naître d’une ab­so­lue vo­lon­té de mettre à nu tous les com­por­te­ments. Le droit si com­plexe, ne se­rait­ce que dans ses ajouts de ju­ris­pru­dence, est un ga­rant de la bonne marche ré­pu­bli­caine. Les er­re­ments hu­mains, les ar­ran­ge­ments dou­teux sont ré­pré­hen­sibles. L’ombre por­tée de la trans­pa­rence en ce qu’elle contient de sur­veillance de la li­ber­té in­di­vi­duelle ne me plaît guère.

Ques­tions pour ce long wee­kend : faut­il être trans­pa­rent dans sa vie d’homme ? Est­il pos­sible et même sou­hai­table de faire ré­gner un ordre mo­ral for­cé­ment lié à une conjonc­ture po­li­tique ? Il est si dif­fi­cile de por­ter un ju­ge­ment im­mé­diat sur qui et quoi que ce soit qui ne puisse être dé­men­ti plus tard, bien plus tard par le cours de l’His­toire.

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