Xa­vier Fabre rame contre Alz­hei­mer

Spor­tif touche à tout, Xa­vier Fabre tra­ver­se­ra, cet hi­ver, l’At­lan­tique à la rame et en so­li­taire, pour sen­si­bi­li­ser le pu­blic à la ma­la­die d’Alz­hei­mer.

La Montagne (Vichy) - - La Une - Ariane Bou­hours ariane.bou­hours@cen­re­france.com En sa­voir plus. uno­cean­de­maux.com et page fa­ce­book Un océan de maux.

« Je vais ex­pé­ri­men­ter tout ce que vivent les ma­lades »

C’est un dé­fi à la fois spor­tif et hu­main que s’ap­prête à re­le­ver Xa­vier Fabre, ori­gi­naire de Cou­lan­don. L’ani­ma­teur en Eh­pad (à Avel ar Mor, à Con­car­neau, dans le Fi­nis­tère), tra­ver­se­ra l’At­lan­tique à la rame, en so­li­taire, en dé­cembre, pour sen­si­bi­li­ser l’opi­nion sur l’iso­le­ment vé­cu par les per­sonnes at­teintes de la ma­la­die d’Alz­hei­mer.

Nom de code du dé­fi, sou­te­nu par France Alz­hei­mer et par­rai­né par la na­vi­ga­trice Anne Qué­mé­ré : At­lan­tique Rame Chal­lenge. Le quin­qua­gé­naire s’élan­ce­ra en dé­cembre des îles Ca­na­ries pour par­cou­rir les 5.000 km qui le sé­pa­re­ront des An­tilles. Soit entre 45 et 80 jours pour par­cou­rir les 5.400 km de la tra­ver­sée.

Xa­vier Fabre a gar­dé des liens étroits avec l’Al­lier, où vit sa fa­mille.

Pour­quoi vous être lan­cé dans un tel dé­fi ? Je suis un homme de la mer, même si je suis né dans l’Al­lier. Mes pre­mières na­vi­ga­tions, je les ai faites sur l’Al­lier. J’avais construit mon pre­mier ra­deau lorsque j’avais une di­zaine d’an­nées. J’ac­com­pagne des per­sonnes souf­frant d’Alz­hei­mer de­puis plus de douze ans, en mai­son de re­traite. Ces aî­nés vivent une fin de vie dif­fi­cile. On croit à tort qu’ils sont par­tis dans un autre monde, mais ce n’est pas vrai ! J’ai tout de suite fait le lien avec la na­vi­ga­tion en so­li­taire.

Quelles sont les si­mi­li­tudes entre une tra­ver­sée en so­li­taire et la ma­la­die d’Alz­hei­mer ? La rup­ture so­ciale, la perte de re­pères dans l’es­pace­temps, la peur, l’al­té­ra­tion du goût, la perte des sa­veurs, le fait d’évo­ luer dans un pé­ri­mètre res­treint, l’en­fer­me­ment. Les ma­lades dé­am­bu­lant sont confron­tés à la porte fer­mée. Moi, ce se­ra pa­reil, je se­rai confron­té aux li­mites de mon ba­teau. Et puis, quand on rame, on est dos à sa route, on ne voit pas où on va. Comme la per­sonne ma­lade, qui n’est plus ca­pable de se pro­je­ter. Je vais ex­pé­ri­men­ter, moi­même, tout ce que vivent les ma­lades. Je se­rai aus­si en po­si­tion as­sise per­ma­nente. On ne se rend pas compte des dou­leurs vé­cues par les per­sonnes en fau­teuil. En­fin, je vais vivre sous la contrainte des océans. Eux vivent sous la contrainte or­ga­ni­sa­tion­nelle d’une struc­ture, avec l’obli­ga­tion de se le­ver à une heure pré­cise.

Com­ment va s’or­ga­ni­ser votre tra­ver­sée ? Je se­rai en lien avec une équipe mé­di­cale mais je ne gar­de­rai au­cun contact ver­bal avec mes proches. En re­vanche, j’en­ver­rai un ré­cap’chaque jour, pour ali­men­ter le blog du site in­ter­net et la page Fa­ce­book [voir plus loin]. J’y par­le­rai des ma­lades. Je leur ai pro­po­sé de mettre leur nom sur la coque, de fa­çon très sym­bo­lique. Pen­dant la tra­ver­sée, ce se­ront, eux, mes tu­teurs de ré­si­lience qui m’ai­de­ront en na­vi­ga­tion. Après la tra­ver­sée, je res­ti­tue­rai mon ex­pé­rience sous forme de confé­rences et un pro­jet d’écri­ture. Je m’adres­se­rai en pre­mier lieu aux fa­milles de ma­lades, car les proches ont ten­dance à s’éloi­gner, quand leur parent n’est plus ca­pable de les re­con­naître. J’ai­me­rais aus­si in­ter­ve­nir dans les centres de for­ma­tion pour les per­son­nels soi­gnants. L’idée, c’est de tou­cher le plus grand monde et dans la France en­tière, grâce au ré­seau na­tio­nal de France Alz­hei­mer.

Com­ment pré­pa­rez-vous ce dé­fi ? Mon pro­jet est né en jan­vier 2015. Je ne suis pas seul. Une pe­tite équipe gère les as­pects tech­niques, la com­mu­ni­ca­tion. J’ai aus­si sol­li­ci­té une dié­té­ti­cienne, qui tra­vaille avec des skip­pers. Je suis un spor­tif touche à tout. Sports de glisse, de com­bat. Ac­tuel­le­ment je m’en­traîne ré­gu­liè­re­ment à l’avi­ron. Je ne suis pas un cham­pion. Je n’y vais pas pour battre un re­cord…

Sur quel ba­teau na­vi­gue­rez-vous ? Un ca­not à rame de 8 m de long qui a par­ti­ci­pé à deux Tran­sat­lan­tiques, avec un com­par­ti­ment de vie à l’ar­rière. Je re­ven­drai le ba­teau après la tra­ver­sée, l’ar­gent ser­vi­ra à fi­nan­cer l’in­tro­duc­tion d’ani­maux en mai­sons de re­traite. L’ani­mal donne en ef­fet de l’af­fec­tion aux ma­lades, sans per­ce­voir les troubles.

PHO­TO VOYTEC BARCZUK

PA­RI. Xa­vier Fabre s’at­ta­que­ra à la tra­ver­sée de l’At­lan­tique en so­li­taire en dé­cembre, à bord de son ba­teau de 8 mètres de long. Il a re­çu le sou­tien fi­nan­cier de plu­sieurs en­tre­prises bre­tonnes.

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