L’Al­lier n’at­tend que le re­tour de ses sau­mons

La Montagne (Vichy) - - Estivités - Pomme La­brousse pomme.la­brousse@cen­tre­france.com

Au fil de l’eau

L’Al­lier ac­cueille les sau­mons qui par­courent le plus long tra­jet, en Eu­rope, de l’océan aux frayères. La souche lo­cale a frô­lé l’ex­tinc­tion, ce qui a conduit à l’in­ter­dic­tion de sa pêche de ce pois­son, en 1994. De­puis, des achar­nés tra­vaillent à re­dy­na­mi­ser la po­pu­la­tion de ce my­thique sau­mon de l’Al­lier, qui fit les grandes heures de Brioude et de la val­lée.

Tous les ans, c’est un ri­tuel im­muable. Des sau­mons adultes, après avoir fait un tour du cô­té du Groën­land, re­montent à la source. Ils doivent com­po­ser avec les bar­rages, la pol­lu­tion, les si­lures, les bra­con­niers… Mais ils sont tou­jours là, sous le pont de che­min de fer de La Ba­geasse, à Brioude. Il y a cent ans, les pê­cheurs les at­ten­daient dans cette par­tie de la Haute­Loire pour s’adon­ner à une pêche spor­tive ou lu­cra­tive, se­lon les cas. Au­jourd’hui, il n’y a plus per­sonne pour ve­nir les guet­ter. Ils sont trop peu nom­breux. Lors de sa meilleure an­née, en 2003, la passe à pois­son de Vi­chy n’en a dé­nom­bré que 1.238. L’an der­nier, ils étaient moins de 500… Dif­fi­cile d’ima­gi­ner qu’ils étaient 100.000, au XVIIIe siècle, à l’es­tuaire de la Loire…

Même les bar­rages s’in­clinent

Après avoir frô­lé l’ex­tinc­tion dans les an­nées quatre­vingt­dix, la souche Al­lier du sau­mon at­lan­tique sur­nage. Ce­pen­dant, en trente ans, elle a ga­gné tout

le ter­ri­toire du Haut­Al­lier à sa cause. Les passes à pois­son ont fleu­ri. La qua­li­té de l’eau s’est amé­lio­rée. De­puis le mois de juillet, c’est le bar­rage de Pou­tès, ul­time obs­tacle avant la zone de frai idéale, qui a com­men­cé à s’ef­fa­cer. Dans six ans, il ne consti­tue­ra plus un obs­tacle pour le pois­son roi.

À une qua­ran­taine de ki­lo­mètres en amont de Brioude, la sal­mo­ni­cul­ture de Chan­teuges, pi­lo­tée par le Con­ser­va­toire na­tio­nal du sau­mon sau­vage, est l’une des meilleures uni­tés d’éclo­sion et d’éle­vage de sau­mons sau­vages dans le monde. En la vi­si­tant, il est pos­sible de com­prendre com­ment ses tech­ni­ciens re­créent les condi­tions du mi­lieu na­tu­rel pour ob­te­nir des ale­vins ca­pables de gran­dir dans la ri­vière, et sur­tout d’y re­ve­nir après leur voyage dans l’océan.

C’est là tout l’en­jeu du re­peu­ple­ment. Il y a un an, au mois de sep­tembre, les élus, les tech­ni­ciens et les pê­cheurs de Haute­Loire ont ras­sem­blé leurs for­

ces pour ar­ra­cher à l’État une pro­messe : les règles con­cer­nant le sou­tien à la po­pu­la­tion de sau­mon sau­vage de­vraient chan­ger. L’ob­jec­tif est de dé­dia­bo­li­ser les ale­vins pro­duits à Chan­teuges, afin qu’ils puissent être dé­ver­sés dans les zones op­ti­males, si­tuées très en amont, où l’eau pure et fraîche abonde. À ce jour, les au­to­ri­sa­tions d’ale­vi­nage ne concernent pas ces frayères fré­quen­tées par les der­niers sau­mons. Ce qui re­vient, pour le di­rec­teur du Con­ser­va­toire, « à se­mer des graines sur un par­king de su­per­mar­ché ».

Pour le Haut­Al­lier, l’en­jeu, dé­sor­mais, n’est pas sim­ple­ment de ga­ran­tir la sur­vie de l’es­pèce avec quelques cen­taines de pois­sons adultes. L’ob­jec­tif est bien de faire suf­fi­sam­ment re­mon­ter le ni­veau de la po­pu­la­tion de sau­mon pour que les pê­cheurs puissent re­com­men­cer à le ta­qui­ner. Vé­ri­table manne fi­nan­cière pour le ter­ri­toire, cette pêche, si elle trou­vait les condi­tions de sa ré­ou­ver­ture, per­met­trait au Haut­Al­lier de de­ve­nir une nou­velle Écosse, un nou­veau Ca­na­da…

Le pa­ri va même plus loin que la créa­tion d’une niche tou­ris­tique. Un re­tour du sau­mon per­met­trait de mo­bi­li­ser en­core da­van­tage la po­pu­la­tion au­tour de la qua­li­té des eaux. C’est ain­si que naît un cercle ver­tueux…

Brioude et le Haut Al­lier nou­veau Ca­na­da pour les pê­cheurs ?

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