/ PERCHE Renaud La­ville­nie : « Ma sai­son est faite »

Le mé­daillé de bronze de Londres dresse le bi­lan de ses Mon­diaux

La Montagne (Vichy) - - Sports L'actu Nationale - En­tre­tien : Jean-Phi­lippe Béal

Troi­sième des cham­pion­nats du monde à Londres, le Cler­mon­tois Renaud La­ville­nie ex­prime sa fier­té et comme un sou­la­ge­ment avant le bou­clage de sa sai­son.

La mé­daille est si lé­gère que Renaud La­ville­nie, à peine ren­tré de Londres, a pu, ven­dre­di, pos­ter sur les ré­seaux so­ciaux une pho­to de sa pe­tite fille, née le 14 juillet avec, au­tour du cou, la ré­com­pense de son per­chiste de pa­pa. Ce der­nier, sans avoir réus­si à faire au­tant de buzz par un titre mon­dial, sait, lui, le poids des ef­forts qu’il a dû consen­tir pour l’ob­te­nir et de la ten­sion qui a ac­com­pa­gné sa sai­son.

Ce mar­di 8 août au soir, quand vous ra­tez votre der­nier es­sai à 6,01 m, qui confirme le titre de l’Amé­ri­cain Sam Ken­dricks, quel est votre pre­mier sen­ti­ment ? Je suis quand même vrai­ment content. En­core plus en n’étant pas pas­sé loin de la mé­daille en cho­co­lat si je n’avais pas réus­si 5,89 m. Quand je passe 5,89 m, c’est un ins­tant cru­cial pour moi dans ce concours. Fi­na­le­ment, je pas­ se ma meilleure barre de la sai­son, avec la ma­nière. C’est une vraie sa­tis­fac­tion. Avec des émo­tions di­verses : content d’avoir fait par­tie de la fi­nale, d’avoir tout don­né, d’avoir ani­mé le concours, de ne pas avoir fait le “truc de trop” alors que quelques se­maines avant, il n’y avait rien d’évident à ce­la.

Et deux jours après ? D’ha­bi­tude, je perds l’or sur des fautes. Là, je n’ai pas per­du l’or, je suis al­lé ga­gner le bronze. Après, plus le temps passe… di­sons qu’il y a un peu de frus­tra­tion… Tout se mé­lange un peu. Quand je vois mon ni­veau mar­di et ce­lui de mes deux ad­ver­saires (Ken­dricks et Li­sek), le fait d’avoir été à deux doigts d’avoir l’or…

Que vous a-t-il man­qué, exac­te­ment ? Au pre­mier saut, dé­jà, pas grand­chose. Et au deuxième, presque en­core moins. Au troi­sième, je me re­trouve obli­gé d’al­ler cher­cher en­core plus haut (6,01 m), avec plus rien à perdre sauf d’al­ler cher­cher l’or. Ce qui dans l’ab­so­lu me rend content. Mais avec ce constat : sur ces der­niers sauts, ce qu’il me manque, en rai­son du re­tard pris, c’est de ne pas m’être re­trou­vé en­core dans cette confi­gu­ra­tion­là, cette sai­son, un ou plu­sieurs concours de gros ca­libre avec des hau­teurs comme celles­là, pour avoir quelques billes de plus pour faire les bons choix. Al­lez, au­jourd’hui, avec le re­cul, je me dis que j’au­rais peut­être dû jouer un peu sur le ré­glage des po­teaux, à 5,95 m. Mais en même temps, j’étais si proche, et mes deux sauts sont pres­qu’aus­si bons que ce­lui que Ken­dricks réus­sit à son 3e es­sai… Il ne m’a man­qué qu’un pe­tit chouïa (sic).

Pas de réels re­grets, donc ? Non, pas de re­grets, ce n’est que du positif par rap­port au chal­lenge qu’au­ra été ma sai­son, après avoir été bles­sé. Jus­qu’au fait, juste avant de par­tir, de m’être blo­qué le dos sur un exer­cice. Et sans doute à cause d’un peu de ten­sion psy­cho­lo­gique aus­si, vu le contexte. Avec Di­mi­tri (Gra­tia, le ki­né) et Phi­lippe (d’En­causse, le coach ), on a dû bien bos­ser der­rière là­des­sus et du­rant toute la com­pé­ti­tion, j’ai dû vrai­ment faire at­ten­tion à tous mes mou­ve­ments, veiller à ne pas me re­froi­dir entre les sauts, alors qu’en plus, il ne fai­sait que 15°…

L’image a été mon­trée en boucle mais vos en­cou­ra­ge­ments à Pierre-Am­broise Bosse dans le der­nier vi­rage de son 800m, alors que vous-même êtiez en plein fi­nal de votre concours, ont pu sur­pendre. C’était pour res­ter “chaud bouillant” ? Ce qui m’a fait rire, c’est qu’on a dit que c’était ex­tra­or­di­naire, qu’on n’avait ja­mais vu ça… alors que c’est loin d’être une pre­mière pour moi. Pierre, c’est un type que j’aime bien, en­cou­ra­ger un co­pain pen­dant une com­pet’, ça fait 10 ans que je fais ça…

Et votre dis­cus­sion avec Ken­dricks quand il vient vous voir alors que vous vous ap­prê­tez à vous élan­cer pour lui ra­vir l’or ? Avec Sam, je suis sûr qu’il n’y avait pas d’in­tox, pas de vo­lon­té de dé­sta­bi­li­sa­tion. C’est vrai que si on ne se connais­sait pas, je lui au­rais peut­être dit : ”Qu’est ce que tu me fais, là ?” Mais Sam, non, et il m’a don­né de bons en­cou­ra­ge­ments. Je le prends vrai­ment avec le sou­rire.

La suite ? C’est dès ce mar­di 15 août, un mee­ting à Var­so­vie, avant la Dia­mond League à Zü­rich ( jeu­di 24 août) puis le mee­tin de Ber­lin (di­manche 27 août). Il peut y avoir la pos­si­bi­li­té d’al­ler cher­cher la Dia­mond League et si c’est le cas, je la joue­rai à fond. Mais sin­cè­re­ment, d’ores et dé­jà, quoi qu’il ar­rive, j’es­time que ma sai­son est faite.

DUO. Sa­tis­fac­tion non feinte pour le cham­pion Ken­dricks comme pour La­ville­nie, heu­reux troi­sième.

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