Dans les pas du poète à Ché­ri­sy

Vic­tor Hu­go n’est pas seule­ment un écri­vain de gé­nie. Il a aus­si ai­mé pas­sion­né­ment, dans sa jeu­nesse, Adèle Fou­cher. Il a même par­cou­ru la dis­tance Pa­ris­Dreux à pied pour la conqué­rir.

La Montagne (Vichy) - - Magdimanche - Ré­mi Bon­net re­mi.bon­net@cen­tre­france.com

De Vic­tor Hu­go, on garde l’image du vieux sage bar­bu, qui re­gar­dait son époque du haut de son Olympe littéraire. Mais, dans sa jeu­nesse, bien avant d’être un écri­vain re­con­nu, il a, comme tout le monde, connu les tour­ments de la pas­sion amou­reuse.

La rai­son de cette exal­ta­tion : la jeune Adèle Fou­cher, fille d’un gref­fier du tri­bu­nal de Pa­ris. En ce mois de juillet 1821, cel­le­ci est en va­cances à Dreux (Eure­et­Loir), avec sa fa­mille. Vic­tor Hu­go, âgé alors d’à peine 19 ans, veut ab­so­lu­ment lui dé­cla­rer sa flamme. Sans at­tendre.

Mais pour la re­joindre, il lui faut quit­ter Pa­ris et re­joindre Dreux. À l’époque, un tra­jet en ca­lèche coûte 25 francs. Hors de prix pour le fou­gueux jeune homme, qui dé­cide de par­cou­rir la dis­tance… à pied.

Il lui faut trois jours, du 16 au 19 juillet 1821, pour ve­nir à bout de ces plus de 80 km éprou­vants, sous une cha­leur ac­ca­blante.

Après une halte à Ver­sailles (Yve­lines), il trouve un peu de ré­con­fort à Ché­ri­sy, un pe­tit vil­lage en pé­ri­phé­rie de Dreux. Là, il se re­pose, se ra­fraî­chit, et com­pose, en guise de re­mer­cie­ment, un jo­li poème, Ode au Val­lon de Ché­ri­zy (l’or­tho­graphe du vil­lage a chan­gé de­puis).

Ce n’est pas son oeuvre la plus cé­lèbre (voir en­ca­dré), mais elle a été ju­gée d’un in­té­rêt suf­fi­sant pour être in­té­grée au re­cueil Odes et Bal­lades, pu­blié en 1828.

À son ar­ri­vée à Dreux, le poète n’est pas for­cé­ment ac­cueilli à bras ou­verts. Le père de son amou­reuse a tou­jours re­fu­sé la main de sa fille.

L’écri­vain, nul­le­ment dé­cou­ra­gé, sort sa plume et plaide sa cause dans une longue lettre, où il fait état de la pu­re­té de ses in­ten­tions. « Ayez confiance en moi. […] Je l’aime de tou­ tes les forces de mon âme », écrit­il, em­por­té par son élan ly­rique.

Sans doute im­pres­sion­né par la fougue et la per­sé­vé­rance du jeune homme, Mon­sieur Fou­cher consent à lui ac­cor­der une au­dience. L’en­tre­vue se dé­roule dans la mai­son d’un ami de la fa­mille, un cer­tain Jean­Bap­tiste Fes­sard. C’est ici que le des­tin des deux amoureux se scelle. Au bout de trois jours de pa­labres, Vic­tor Hu­go ju­bile : Mon­sieur Fou­cher cède et donne sa bé­né­dic­tion à leur union.

C’est donc grâce à son pé­riple à Dreux que Vic­tor Hu­go a pu épou­ser Adèle Fou­cher, le 12 oc­tobre 1822, à l’église Saint­Sul­pice, à Pa­ris. En­semble, ils au­ront cinq en­fants, dont deux filles (Léo­pol­dine et Adèle) aux des­tins tra­gi­

ques. Ont­ils été heu­reux ? Dif­fi­cile à dire. Vic­tor Hu­go a vé­cu, dès 1833, avec Juliette Drouet, sa maî­tresse « of­fi­cielle ». Et bien d’autres se sont suc­cé­dé dans ses bras.

Quant à Adèle, elle se ré­fu­gie quelque temps dans les bras de l’au­teur et cri­tique Sainte­Beuve. Écrire des poèmes en­flam­més n’a en ef­fet ja­mais ga­ran­ti le bon­heur conju­gal…

Mon­sieur Fou­cher ac­corde la main de sa fille Adèle au poète

PHOTOMONTAGE

ÉMOIS. Vic­tor Hu­go (des­si­né ici dans sa jeu­nesse par De­ve­ria) et Adèle Fou­cher (par Louis Bou­lan­ger) ont pu se ma­rier grâce au pé­riple ro­cam­bo­lesque du poète à Dreux.

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