66 épi­sode

La Montagne (Vichy) - - Annonces Classées -

En­fin, après de longues mi­nutes, les cra­que­ments fu­rieux s’es­pa­cèrent pour dis­pa­raître peu à peu.

Le calme re­ve­nu dans les écu­ries, on abreu­va les che­vaux mais Lu­kas re­com­man­da de ne pas les dé­ta­cher. L’orage pou­vait fort bien écla­ter à nou­veau et la pru­dence s’im­po­sait. Chaque été ou presque, les ha­bi­tants des Bruyères de­vaient se re­layer une nuit en­tière pour res­ter au­près des bêtes et les tran­quilli­ser de leur mieux.

L’alerte pas­sée, Sa­rah s’était pré­ci­pi­tée pour re­joindre au plus tôt Isis et la ca­jo­ler ; avant d’al­ler dî­ner, la jeune fille vou­lait s’as­su­rer que sa ju­ment pré­fé­rée avait re­trou­vé toute sa quié­tude.

Les hommes re­ve­naient un à un vers l’ha­bi­ta­tion où Ra­chel at­ten­dait pour les ser­vir quand une voi­ture stop­pa sou­dain de­vant la bar­rière de l’en­trée. Mathias, qui ar­ri­vait le der­nier, s’ap­pro­cha pour ou­vrir à ce vi­si­teur tar­dif. Ce­lui-ci ga­ra son vé­hi­cule, une pe­tite au­to­mo­bile vé­tuste de couleur grise à l’im­ma­tri­cu­la­tion in­con­nue du jeune homme, de­vant la mai­son.

« Bon­soir, dit-il en ou­vrant sa por­tière, je suis bien au centre des Bruyères, chez mon­sieur Lu­kas Hoff­man ?

– Tout à fait. Bon­soir mon­sieur. C’est mon beau-père, vous vou­lez le voir en ur­gence ? Nous al­lions pas­ser à table mais…

– Il est pré­ve­nu de ma vi­site. En réa­li­té, je pen­sais ar­ri­ver ici beau­coup plus tôt, mais j’ai es­suyé un très violent orage et j’ai dû cher­cher un abri pour m’ar­rê­ter, sous les trombes d’eau je ne voyais plus la route. »

L’homme sou­riait comme pour s’ex­cu­ser de son re­tard in­vo­lon­taire. Mathias l’ob­ser­vait dis­crè­te­ment. Il sem­blait avoir en­vi­ron une soixan­taine d’an­nées, grand, les che­veux blonds par­se­més de fils ar­gen­tés sur les tempes. Le ma­ri d’Éli­na cher­chait en vain à qui res­sem­blait cet étran­ger ; il était cer­tain de ne l’avoir ja­mais ren­con­tré et pour­tant, dans son port de tête, dans sa fa­çon de se te­nir très droit, il y avait quelque chose de fa­mi­lier et en même temps d’in­dé­fi­nis­sable. À cet ins­tant, Luc dé­bou­la en cou­rant, à son ha­bi­tude il était en re­tard pour le dî­ner et ne je­ta pas même un coup d’oeil aux deux hommes.

« Luc ! cria Mathias. Dis à ton grand-père qu’il a une vi­site et de­mande-lui de ve­nir nous re­joindre. »

Le gar­çon tour­na à peine la tête et pous­sa aus­si­tôt la porte d’en­trée avec un signe du men­ton ap­pro­ba­tif. Peu après, Lu­kas sor­tit, fit deux pas et s’ar­rê­ta, fi­gé. L’étran­ger et lui se dé­vi­sa­gèrent du­rant quelques se­condes avant de tom­ber dans les bras l’un de l’autre.

« Tho­mas, mon Dieu ! J’ai tel­le­ment cru ne ja­mais te re­voir ! »

Les deux hommes s’écar­tèrent en­fin pour se re­gar­der in­ten­sé­ment. In­ter­dit, Mathias ne com­pre­nait rien à cette scène de re­trou­vailles. Alors Lu­kas se tour­na vers lui, le vi­sage ir­ra­dié de bon­heur, pour an­non­cer :

« Voi­ci Tho­mas, mon frère. Nous ne nous sommes pas re­vus de­puis…

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