L’his­toire de la Mer­cedes Benz d’Al­do

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Dans sa robe bleu dra­gée, Mer­cedes Benz 220 D fait ron­ron­ner ses his­toires sous le ca­pot. D’Al­do à la Cie Pro­cé­dé Zèbre. Star­ter !

Je suis gour­mande, 10 à 12 litres. C’est qu’il faut nour­rir mes 9 CV. Pas d’avoine, mais du die­sel. En tant que Mer­cedes Benz 220 D, an­née 1976, je suis spa­cieuse. J’ai sillon­né les routes du Bour­bon­nais du­rant de nom­breuses an­nées.

Sous ma robe bleu dra­gée, de la car­ros­se­rie jus­qu’aux jantes, si­glées du lo­go de mon cons­truc­teur, je n’ai pas à rou­gir de mes 900.000 km au comp­teur. Bref, je reste frin­gante mal­gré les an­nées et sur­tout je mène une se­conde vie éton­nante, voire in­so­lite, de­puis 2007, avec la Cie Pro­cé­dé Zèbre.

Pis­tard et vé­lo taxi

Mais au­pa­ra­vant je dois évo­quer Al­do Mo­cel­lin, mon pre­mier pro­prié­taire. Avant de pro­fi­ter ai­sé­ment de mes qua­li­tés, cet homme, grand­père du co­mé­dien et met­teur en scène Fa­brice Du­bus­set, a été chauf­feur de taxi à Vi­chy. Il ai­mait me conter sa car­rière qu’il dé­bute dans les an­nées 1940 comme vé­lo taxi. La pe­tite reine, il ado­rait ça. Il était pis­tard et même cham­pion.

D’ailleurs, c’est à l’is­sue d’une course au vé­lo­drome de Vi­chy qu’il a ren­con­tré sa femme, An­drée, qui dan­sait avec le groupe folk­lo­rique Vi­chy et ses sources. Pri­son­nier de guerre, ce chas­seur al­pin s’évade en 1942. Du vé­lo taxi, Al­do est pas­sé à la trac­tion. Il est alors ré­qui­si­tion­né pour trans­por­ter Jo­sée La­val, fille de Pierre La­val, de Cha­tel­don à Vi­chy et vice ver­sa.

Après la guerre, il pour­suit son mé­tier de chauf­feur de taxi à bord d’une DS. Classe ! Et sa der­nière voi­ture ce fut moi, la Mer­cedes Benz. Après le dé­cès de Al­do Mo­cel­lin, je crai­gnais de ter­mi­ner dans un ga­rage, étouf­fant sous les toiles d’arai­gnée et la pous­sière. Mais c’était sans comp­ter sur Fa­brice, le pe­tit­fils qui a tou­jours des idées étranges. Mais, il pa­raît que c’est ain­si les ar­tistes.

En 2007, il m’ex­trait de ma longue tor­peur et là ce fut éblouis­sant. Il m’a fal­lu ac­cep­ter d’être mé­ta­mor­pho­sée pour te­nir le rôle­titre dans la per­for­mance théâ­trale de ce drôle de zèbre de Fa­brice, « Plage à Vi­chy » en 2007. Car, la Ville inau­gu­rait sa plage, re­nou­ve­lant ain­si avec les plai­sirs dignes d’une Reine des villes d’eaux. Je suis de­ve­nue une voi­ture plage, dans le style des an­nées soixante, à l’ita­lienne. Fa­brice et son com­plice Syl­vain Des­plagnes m’ont trans­for­mé en cou­pé.

L’opé­ra­tion a été dé­li­cate, mais le duo a du ta­lent. À l’ar­rière, une plage en bois pour une su­perbe pin­up. Je ne me sou­viens plus de son pré­nom mais de sa sil­houette, si ! À l’avant, un pas­sa­ger per­ché sur une drôle de chaise, c’est le maître na­geur. Et, entre la pin­up et le vo­lant, à la place du siège ar­rière, un ja­cuz­zi avec un na­geur qui bul­lait tant qu’il pou­vait. Cet été­là, moi la Mer­cedes Benz d’Al­do, j’ai épa­té les ba­dauds. Et de­puis, je cir­cule pour les spec­tacles du Pro­cé­dé Zèbre.

Ma nou­velle ligne et mes atouts n’ont pas épa­té la po­lice qui, un jour, à Mou­lins, a de­man­dé mon contrôle tech­nique.

En douce, j’écoute la ver­sion de

Ma Benz par Bri­gitte. Et là, « ça m’rend dingue, dingue, dingue… »

Alors, que vrai­ment, je n’ai plus rien d’une rou­tière. Il suf­fit d’ob­ser­ver mon in­té­rieur en in­ox, mon ven­ti­la­teur pi­qué sur le ta­bleau de bord, la sé­rie de klaxons ita­liens à trois notes sur mon ca­pot, mes haut­par­leurs sur les ailes…

Ce n’est pas un lif­ting, c’est une mu­ta­tion. Mais le pe­tit­fils d’Al­do n’a pas tou­ché à ma pein­ture bleu dra­gée ; c’est ma fier­té, mon ADN. En douce, j’écoute la ver­sion de Ma Benz de Bri­gitte. Et, là « ça m’rend dingue, dingue… » !

Si­non, de­puis dix ans, je me ba­lade au fil des spec­tacles du Pro­cé­dé Zèbre, La Pe­tite boucle, la Bro­cante cultu­relle. Le pu­blic reste sou­vent mé­du­sé par ma car­ros­se­rie. Les gens rient. Je crois que j’ap­porte un souffle de bon­heur, de li­ber­té. Avec moi, y’a de la joie ! ■

PHO­TO EMERIC ENAUD

À MON BORD. « Je crois que j’ap­porte un souffle de bon­heur, de li­ber­té. Avec moi, y a de la joie ! »

AR­CHIVE RÉ­MI DUGNE

BENZ ET SABLE. Chauf­feur, maître na­geur, na­geur et pin-up pour inau­gu­rer la plage de Vi­chy.

PHO­TO COL­LEC­TION PRI­VÉE

AL­DO MO­CEL­LIN. Benz. Vé­lo taxi, puis taxi à Vi­chy. Sa der­nière voi­ture une Mer­cedes

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