À Hu­riel ils écrivent l’his­toire de leurs sol­dats pour ne pas ou­blier

La Montagne (Vichy) - - Grand Angle Région - Guillaume Bel­la­voine ➔ In­fo plus. Une ex­po­si­tion sur la Pre­mière Guerre mon­diale a lieu au­jourd’hui à la mai­rie d’Hu­riel, de 10 heures à 18 heures.

Des ha­bi­tants d’Hu­riel ont re­tra­cé avec pré­ci­sion le par­cours de 126 poi­lus de la com­mune morts à la guerre.

Cent ans après l’ar­mis­tice, la mé­moire de la Pre­mière Guerre mon­diale est tou­jours an­crée dans la mé­moire des fa­milles des bourgs et vil­lages de l’Al­lier. À Hu­riel, qui comp­tait près de trois mille ha­bi­tants à l’époque, plus de cent vingt hommes ne sont pas re­ve­nus des champs de ba­taille. Une grande par­tie de la jeu­nesse a été dé­ci­mée.

Sol­dat Ryan

« Quatre Hu­rié­lois sont morts dans une seule jour­née de sep­tembre 1915. En dé­cou­vrant ce­la, je me suis mise à la place des ha­bi­tants de l’époque. Ces sol­dats avaient l’âge de mon fils », ra­conte avec em­pa­thie Bri­gitte Pey­roux, une des quatre au­teurs de l’ou­vrage Le Der­nier Com­bat des poi­lus d’Hu­riel, par ailleurs phar­ma­cienne.

« On peut avoir une pen­sée pour le maire de l’époque, qui avait an­non­cé les dé­cès aux fa­milles, c’était ter­rible », souffle de son cô­té Ber­nard Du­plaix, pré­sident de l’as­so­cia­tion Hu­riel au fil des siècles, à l’ori­gine du livre.

« Ce maire est d’ailleurs dé­cé­dé à la fin de la guer­ re et on sup­pose qu’il n’a pas sup­por­té le poids mo­ral de cette tâche », ajoute Ro­bert Fa­var­din, an­cien prin­ci­pal de col­lège.

Ces pas­sion­nés d’his­toire ont pui­sé dans des sources of­fi­cielles et la mé­moire lo­cale la ma­tière pour nous faire re­vivre les der­ nières an­nées de cha­cun. « On a même re­trou­vé treize sol­dats qui n’étaient pas re­cen­sés sur les mo­nu­ments aux morts d’Hu­riel », re­marque Ma­rieT­hé­rèse Cha­let, an­cienne en­sei­gnante (*).

Une fa­mille de vi­gne­rons d’Hu­riel a per­du trois de ses quatre fils par­tis à la guerre, suc­ces­si­ve­ment en 1914, 1915 et 1916. L’his­toire tra­gique des Ber­ge­rat est com­pa­rable au scé­na­rio du film Il faut sau­ver le sol­dat Ryan. « Le qua­trième fils, Fran­çois, a en­suite été pro­té­gé et a été mis à l’ar­rière », ra­conte Ro­bert Fa­var­din.

Hu­riel a la par­ti­cu­la­ri­té de pos­sé­der par­mi ses morts un des six fu­sillés pour l’exemple de Vin­gré (Aisne). Le 4 dé­cembre 1914, ces hommes avaient été condam­nés à mort. Sans vraie rai­son. « À cause de su­pé­rieurs en­tê­tés, idiots », en­rage au­jourd’hui Ma­rie­Thé­rèse Cha­let.

Dans la der­nière lettre à son épouse, la veille de son exé­cu­tion, l’Hu­rié­lois Jean Qui­nault avait ex­pri­mé son dé­pit : « Der­nier adieu, chère pe­tite femme. C’est fi­ni pour moi. Der­nière lettre de moi, dé­cé­dé pour un mo­tif dont je ne sais pas bien la rai­son. Les of­fi­ciers ont tous les torts et c’est nous qui sommes condam­nés à payer pour eux. » Ces fu­sillés avaient été fi­na­le­ment ré­ha­bi­li­tés en 1921. « Sa fa­mille avait même été mise au ban de la so­cié­té », rap­porte Ro­bert Fa­var­din.

Dans les cent ans à ve­nir, le sou­ve­nir des sol­dats d’Hu­riel va conti­nuer de s’ef­fa­cer. « On a cette crainte que la mé­moire dis­pa­raisse, re­con­naît Ber­nard Du­plaix. C’est le pro­blème de la trans­mis­sion et l’in­té­rêt des do­cu­ments écrits. Il y a au­jourd’hui un do­cu­ment de ré­fé­rence, on ne pour­ra pas dire qu’on igno­rait tout ce­la. » ■

« À cause de su­pé­rieurs en­tê­tés, idiots »

(*) Le qua­trième au­teur du livre est Jean­Paul Guillau­min.

PHO­TO FLORIAN SALESSE

LIVRE. L’ou­vrage de 180 pages de l’as­so­cia­tion Hu­riel au fil des siècles est en vente à la Mai­son de la presse de la com­mune au prix de 15 eu­ros.

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