« Il faut re­don­ner confiance aux maires »

La Montagne (Vichy) - - Allier Les Coulisses De L'actualité - Pro­pos re­cueillis par Oli­vier Re­zel

Le pré­sident du Sé­nat, Gé­rard Lar­cher, a écou­té le ras-le-bol des maires du dé­par­te­ment, hier, à la Mai­son des jeunes de Vi­chy, avant de rap­pe­ler son at­ta­che­ment pour les col­lec­ti­vi­tés lo­cales et de s’ex­pri­mer sur l’ac­tua­li­té des ré­formes. ■ Baisse des do­ta­tions, dé­mis­sions de maires, sen­ti­ment d’être dé­lais­sés… Les élus du Bour­bon­nais vous ont fait part de leur état d’es­prit. Vous at­ten­diez-vous à un tel ras-le-bol ?

Avant de ve­nir ici, les deux sé­na­teurs (Claude Mal­hu­ret et Gé­rard Dé­riot) m’avaient éclai­ré sur la si­tua­tion du dé­par­te­ment : la do­ta­tion, le nu­mé­rique, l’état des ser­vices pu­blics…

On sent une las­si­tude chez les maires mais on voit aus­si qu’ils res­tent pas­sion­nés par l’ad­mi­nis­tra­tion de leurs com­munes. Il y a eu une for­mi­dable dé­cep­tion entre la pre­mière Confé­rence na­tio­nale des ter­ri­toires, le 17 juillet 2017, où, au Sé­nat, le pré­sident de la Ré­pu­blique est ve­nu leur dire des choses, et ce qui s’est pas­sé réel­le­ment sur le ter­rain.

Mais « l’ap­pel de Mar­seille », des ré­gions des dé­par­te­ments et des com­munes (*), je crois que le pré­sident l’a en­ten­du. On doit pou­voir re­cons­truire un rap­port de confiance et de res­pect mu­tuel. Il faut qu’on change de mé­thode et qu’on fixe un ca­len­drier.

■ Quelles en sont les prin­ci­pales échéances ?

Il y a dé­jà eu le congrès des dé­par­te­ments. Le compte n’y est pas mais on a com­men­cé à se re­par­ler. Un cer­tain nombre de moyens d’ur­gence ont été mis en pla­ ce. Deuxième ren­dez­vous : le congrès des maires avec la mise en oeuvre d’un cer­tain nombre de pro­po­si­tions qui ont été faites, no­tam­ment par le sta­tut des élus, d’as­sou­plis­se­ment de la loi NOTRe et le prin­cipe de la sub­si­dia­ri­té. Il faut écou­ter ces maires qui ont le sen­ti­ment d’être par­fois étouf­fés dans les grandes in­ter­com­mu­na­li­tés, de ne pas pou­voir s’y ex­pri­mer, et en­core plus ce­lui des conseillers mu­ni­ci­paux qui ne sont pas conseillers com­mu­nau­taires et ont l’im­pres­sion d’être évin­cés.

■ Il y a aus­si le grand su­jet de la ré­forme de fis­ca­li­té ter­ri­to­riale…

Elle est an­non­cée au pre­mier se­mestre. Pour l’ins­tant, les scé­na­rios avan­cés ne sont pas sa­tis­fai­sants. On désha­bille Pierre pour ha­biller Paul. C’est un peu comme si l’on jouait au bon­ne­teau. Les trois as­so­cia­tions d’élus ont dit : « Il n’en est pas ques­tion ». Il faut se mettre au­tour de la table, re­gar­der les be­soins fi­nan­ciers. La taxe d’ha­bi­ta­tion avait des dé­fauts mais elle avait le mé­rite d’exis­ter. On a be­soin de 26 mil­liards par an à ho­ri­zon de 2022. Il faut gar­der un pou­voir de taux, il faut de l’au­to­no­mie fi­nan­cière et fis­cale. On ne peut pas ne pas ima­gi­ner un en­semble de taxes à la main des as­sem­blées dé­li­bé­rantes, qu’elles soient com­mu­nale ou dé­par­te­men­tale. Moi je ne conclus sur rien, je connais quelques pistes, mais il faut lais­ser ou­vert le dé­bat.

■ Vous dites que la com­mune est une pe­tite Ré­pu­blique dans la grande. Elle doit res­ter un éche­lon es­sen­tiel de ce pays ?

C’est un éche­lon de ci­toyen­ne­té en ac­tion. Ce ras­le­bol des élus m’in­quiète car c’est un symp­tôme du sen­ti­ment que res­sentent un cer­tain nombre de maires de ne ser­vir à rien, d’être par­fois un peu mé­pri­sé. Il faut re­don­ner confiance aux maires. L’État doit re­nour­rir la co­hé­sion de la Ré­pu­blique. Au­jourd’hui, par exemple, les frais d’es­sence pour un maire d’une pe­tite com­mune ont ex­plo­sé avec les in­ter­com­mu­na­li­tés. Les in­dem­ni­tés sont très mo­destes, les mises en cause fré­quentes. Il y a aus­si la ques­tion de re­con­ver­sion des élus. Tout ce­la est sur la table avec le pro­jet de sta­tut des élus. ■

(*) Fran­çois Ba­roin, pré­sident de l’As­so­cia­tion des maires de France, Do­mi­nique Bus­se­reau, pré­sident de l’As­sem­blée des dé­par­te­ments de France et Her­vé Mo­rin, pré­sident de ré­gions de France, ont lan­cé un ap­pel so­len­nel pour une re­lance de la dé­cen­tra­li­sa­tion, le 26 sep­tembre, à Mar­seille.

DO­MI­NIQUE PARAT PHO­TO

ORATEUR. « La com­mune est un éche­lon de ci­toyen­ne­té en ac­tion », es­time Gé­rard Lar­cher.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.