Le sou­ve­nir ému de son père sol­dat

La Montagne (Vichy) - - Allier Actualité - Ju­lia Cas­taing ju­lia.cas­taing@cen­tre­france.com

Âgée de 85 ans, Si­mone Ron­gère, Thier­noise ori­gi­naire de Mont­lu­çon, re­vient sur les sou­ve­nirs de son père pen­dant la Guerre 14-18.

S’il ne reste plus de té­moins di­rects de la Grande Guerre, les des­cen­dants peuvent en­core ré­per­cu­ter l’écho des sou­ve­nirs de leurs aïeux. Si­mone Ron­gère, Thier­noise ori­gi­naire de Mont­lu­çon, fouille dans les re­liques de son père, sol­dat pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale. À 85 ans, elle se re­plonge avec émo­tion dans les anec­dotes qu’il lui ra­con­tait lors­qu’elle était pe­tite.

« Il avait de la pu­deur, il n’osait pas ra­con­ter de peur qu’on ne le croit pas »

Du­rant la Se­conde Guerre mon­diale, son père, Louis Cre­non, par­lait de la Pre­mière Guerre comme de « sa guerre ». « Il ré­pé­tait sans ar­rêt “Ce n’est rien à cô­té de ce que j’ai vé­cu”, alors que Mont­lu­çon se fai­sait bom­bar­der », se sou­vient Si­mone, la seule de ses quatre filles qui puisse en­core té­moi­gner au­jourd’hui.

Ori­gi­naire de la ci­té mé­dié­vale, où elle a ha­bi­té, rue des Conches, jus­qu’à ses 25 ans, Si­mone Ron­gère est en­sei­gnante à la re­traite. Lors de l’es­sor éco­no­mique d’après­guerre, son père s’est di­ri­gé vers la comp­ta­bi­li­té dans l’usine des Hauts Four­neaux. Elle a en­suite po­sé ses va­lises à Thiers, en 1975, alors que son ma­ri était mu­té pour tra­vailler dans l’in­dus­trie aé­ro­nau­tique.

« Mon père était à Ver­dun et sû­re­ment d’autres en­droits. Il avait beau­coup de pu­deur et n’osait pas ra­con­ter les dé­tails de peur qu’on ne le croit pas, re­grette­t­elle. Par contre, il en par­lait beau­coup avec d’autres hommes, qui le com­pre­naient. »

S’il a te­nu quatre ans sans se bles­ser, Louis Cre­non a été tou­ché à la tête par une balle en­ne­mie en août 1918. « Il te­nait tou­jours à dire que les pre­miers soins lui ont été pro­di­gués par un mé­de­cin al­le­mand », sou­ligne sa fille. À cause de cet ac­ci­dent, il au­rait pu bé­né­fi­cier du sta­tut de « Gueule cas­sée ». Il re­groupe les sur­vi­vants de la guerre tou­chés gra­ve­ment au vi­ sage et très mar­qués psy­cho­lo­gi­que­ment. « Il avait même un mor­ceau de langue cou­pé et pei­nait par­fois à par­ler, mais il n’a ja­mais vou­lu de ce sta­tut par fier­té. »

Gueules cas­sées

« Par­fois, à table, il at­tra­pait des bou­teilles pour nous mon­trer comment il re­lan­çait les obus à la main avant qu’ils ne tombent par terre », ra­conte Si­mone avec émo­tion. « C’est vrai que nous n’en pou­vions plus de ses his­toires, se sou­vient sa fille. Et 14­18 a conti­nué à la mai­son. Ma mère di­sait tou­jours “tu as fait quatre ans de guerre, moi j’ai fait quatre en­fants, on est quitte”. »

Avec beau­coup d’hu­mi­li­té, Si­mon s’ex­cuse d’avoir si peu de sou­ve­nirs et d’anec­dotes à ra­con­ter. Son père l’a quit­tée en 1959. « Avec le re­cul, il en vou­lait sur­tout à l’État fran­çais de lui avoir gâ­ché quatre ans de sa jeu­nesse », ra­conte­t­elle les larmes aux yeux et la voix trem­blo­tante.

Le 11 no­vembre, la France en­tière com­mé­more l’Ar­mis­tice pour ne pas ou­blier. « Ce se­ra cer­tai­ne­ment le jour où je pen­se­rai le moins à mon père de l’an­née, ra­conte Si­mone. J’ai tous les autres jours pour pen­ser à lui. » ■

PHO­TO FRAN­ÇOIS JAULHAC

SOU­VE­NIRS. Si­mone garde pré­cieu­se­ment les pho­tos de ma­riage de ses pa­rents et les croix de guerre et de com­bat­tant de son père.

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