In­fox ou vé­ri­té? La presse en 1914-1918

La Montagne (Vichy) - - Vichy Vivre Sa Ville - Fa­bienne Fau­rie L’as­so­cia­tion Mai­son Al­bert-Londres, à Vi­chy, est l’or­ga­ni­sa­trice de cette avant-pre­mière du do­cu­men­taire La Presse en mis­sion,» de Xa­vier Pa­jot. Pro­jec­tion mar­di 13 no­vembre, à 18 heures, au Pôle Lar­dy, en pré­sence du réa­li­sa­teur (gra­tui

Être jour­na­liste, c’est aus­si se dé­tour­ner des lignes tra­cées, cher­cher une autre vé­ri­té. Comme en té­moigne le do­cu­men­taire La Presse en mis­sion, de Xa­vier Pa­jot.

In­fox ou fake news, ces termes mé­dia­tiques n’exis­taient pas du­rant la 1re Guerre mon­diale. C’était plu­tôt ce­lui de « bour­rage de crâne ». Le do­cu­men­taire de Xa­vier Pa­jot La Presse en mis­sion ne se borne pas à de la sé­man­tique. « Il s’agit de mettre en lu­mière le contexte en France, à par­tir de 14­18, d’une dé­on­to­lo­gie du jour­na­lisme », re­late le réa­li­sa­teur. (*)

Les tra­vaux uni­ver­si­taires de Jean­Louis Maurin ont dé­clen­ché la réa­li­sa­tion du do­cu­men­taire La Presse en mis­sion. Dans sa longue quête d’ar­chives et d’images (pho­tos et films muets), Xa­vier Pa­jot a cir­cons­crit ses re­cherches sur la presse fran­çaise en 14­18. Le do­cu­men­taire donne éga­le­ment la pa­role à Sa­muel Fo­rey, prix Al­bert­Londres 2017 pour son re­por­tage à Mos­soul (Irak). Échange avec le réa­li­sa­teur.

Une dé­marche. « Je me suis ap­pro­prié le su­jet. Il y a une

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sorte d’iden­ti­fi­ca­tion. Il y a la fier­té d’être choi­si et les contraintes qui font que l’on ne fait pas ce que l’on veut. On est au coeur d’un cer­tain pou­voir et à la fois l’ins­tru­ment d’une com­mu­ni­ca­tion. Un do­cu­men­taire, c’est une éla­bo­ra­tion et beau­coup de temps. J’ai la mis­sion de dire ob­jec­ti­ve­ment. Ce n’est pas de ba­lan­cer un texte et de l’illus­trer par des images. En 1418, la presse était quelque chose en train de s’in­ven­ter. En 1915 des ma­ga­zines lancent des concours pho­tos. Grâce aux images, on a des in­for­ma­tions sur la Grande Guerre que l’on n’a pas dans les textes qui sont en par­tie cen­su­rés par l’ar­mée. En re­gar­dant les pho­tos des of­fi­ciers ou des sol­dats, j’ai pen­sé aux sel­fies d’au­jourd’hui. Pen­dant la guerre de 14­18, l’image ex­plose. Des films sont réa­li­sés par l’ar­mée, où l’on peut voir les ca­davres des com­bat­tants. On est dans les an­nées où la ci­né­ma­to­gra­phie fran­çaise est la pre­mière au monde (re­por­tages et fic­ tions). J’ai croi­sé mes sources et je suis al­lé au plus près des car­nets des opé­ra­teurs. » 2

Al­bert Londres. « C’est à la fois le piège et l’in­té­rêt. Il est “né” en 1914 avec son pre­mier re­por­tage sur la ca­thé­drale de Reims en flammes. Al­bert Londres avait sa place dans ce do­cu­men­taire mais il ne fal­lait pas qu’il le can­ni­ba­lise.» 3 Dé­on­to­lo­gie des jour­na­listes.

« De cette pré­sence des re­por­ters sur le Front et des re­la­tions presse et ar­mée, sont nés, en 1918, le Syn­di­cat na­tio­nal des jour­na­listes (SNJ) et le code des droits et de­voirs des jour­na­listes. À comp­ter de cette date, la ré­flexion est concrète. En­voie­t­on des re­por­ters en mis­sion ? Qui les paye ? La presse écrite est puis­sante et riche. Elle est en très bonne san­té. La po­pu­la­tion lit beau­coup les jour­naux. Le ni­veau d’ins­truc­tion est im­por­tant. C’est dans ce contexte que naît la pro­fes­sion de jour­na­liste. Jusque­là, ce n’est pas un mé­tier. Ce sont des gens de plume comme Mau­rice Bar­rès ou Ed­mond Ros­tand. Cer­tains sont cu­rieux, opi­niâtres, d’autres vont dans le sens du poil. Une cer­taine presse de 14­18 peut écrire que les obus n’ex­plosent pas, qu’ils glissent sur les corps des sol­dats fran­çais. Ce sont des in­fox (fake news).

Il y a ceux qui re­cherchent une autre vé­ri­té comme Al­bert Londres et son ami Édouard Hel­sey. Ils vont au­de­là de leur rôle de jour­na­liste et peuvent par­fois bas­cu­ler dans l’ac­tion. C’est un peu les deux ex­trêmes. » ■

(*) « Bour­rage de crâne » fut le titre don­né au re­cueil d’ar­ticles, écrits de juillet 1917 à dé­cembre 1918, par Al­bert Londres, grand re­por­ter né à Vi­chy.

« Du­rant la Grande Guerre, la presse était quelque chose en train de s’in­ven­ter... » XA­VIER PA­JOT Réa­li­sa­teur

PHO­TOS DR

TÉ­MOI­GNAGE. Edouard Hel­sey, contem­po­rian d’Al­bert Londres, di­sait, en sub­stance, « Nous, jour­na­listes, nous nous sen­tions in­ves­tis d’une mis­sion. »

PHO­TO MAI­SON A. LONDRES

AL­BERT LONDRES. né à Vi­chy. Grand re­por­ter

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