Que nous ré­serve la troupe d’Yvias?

Plus de 10 000 spec­ta­teurs par an

La Presse d'Armor - - LA UNE - Na­tha­lie Bot-Jaf­fray

Bourg de 661 âmes, Yvias n’a pas de bou­le­vard mais il a son théâtre. Et quelle troupe… A chaque re­pré­sen­ta­tion, em­bou­teillage, ac­cé­lé­ra­tions et coup de klaxons ga­ran­tis. Sans les ou­vreuses, ni le ve­lours rouge des salles pa­ri­siennes mais avec le même car­bu­rant : le rire.

Jouant souvent à gui­chets fer­més, dans les salles de la ré­gion, la troupe d’Yvias ra­vit son pu­blic (plus de 10 000 spec­ta­teurs par pièce) avec ses co­mé­dies ryth­mées et co­miques, écrites par des grands noms du genre ou par le créa­teur de la troupe, lui-même, Yvan Ma­hé (lire ci- contre). A l’ita­lienne

A quelques se­maines de la pre­mière de Dur, dur d’être maire le 28 oc­tobre à Yvias, le rythme des ré­pé­ti­tions s’accélère. « On se­ra prêt quand ça com­men­ce­ra à sen­tir un peu le bouc ici », plai­sante Jean-Fran­çois Mas­son, l’un des cinq co­mé­diens de la nou­velle pièce.

Ici, c’est un pe­tit lo­cal de 30 m2 dans l’an­cienne can­tine de l’école, au coeur du bourg d’Yvias. Les fe­nêtres sont oc­cul­tées, pour être dans les condi­tions de la scène, et une ré­plique du dé­cor plan­tée : deux pièces at­te­nantes, le bu­reau du maire et ce­lui de sa se­cré­taire de mai­rie, avec té­lé­phone à ca­dran, mi­ni­tel et pile de dos­siers.

« Bon, on com­mence par une ita­lienne sur l’acte 4 ». Il ne s’agit pas de cro­quer une glace, mais d’en­fi­ler textes et dé­pla­ce­ments en ac­cé­lé­ré pour se chauf­fer. Anne Motte (Pé­né­lope, la se­cré­taire de mai­rie), JeanF­ran­çois Mas­son (l’ins­pec­teur qui fait peur), Bru­no Bé­chec (le vil­la­geois), Ma­rie Du­ros (Sé­go­lène, la chef de file de l’op­po­si­tion), se lancent sous l’im­pul­sion d’Yvan Ma­hé (Fran­çois, le maire)… les ré­pliques fusent, la concen­tra­tion est de mise. Mais on n’en di­ra pas plus, pour ne rien ré­vé­ler avant les trois coups.

« Toute res­sem­blance… »

On peut juste dire que l’his­toire est celle d’une pe­tite com­mune ru­rale qui doit faire face à d’énormes dif­fi­cul­tés. Do­té d’un es­prit com­ba­tif, le maire est prêt à tout pour faire vivre son vil­lage. « C’est un Ro­bin des Bois ru­ral, un maire gé­né­reux… Mais

toute res­sem­blance avec des per­sonnes ou des si­tua­tions exis­tantes ou ayant exis­té ne sau­rait être que for­tuite… » pré­vient avec amu­se­ment l’au­teur.

Si tout n’est que pure fic­tion et exa­gé­ra­tion, Yvan Ma­hé s’est tout de même ins­pi­ré de son man­dat et de­mi d’ad­joint au maire d’Yvias (1995-2005) pour écrire « une pièce dé­ca­lée, dé­jan­tée et très ryth­mée ».

Après Il ne fal­lait pas re­ve­nir l’an der­nier, il signe là sa deuxième pièce sous le pseu­do Léo Loa­nen­zo, du nom de ses trois pe­tits-en­fants. « Ce n’est pas évident de se lan­cer. Mais, à force d’en lire, d’en jouer, on trouve les rouages. Le truc, c’est d’avoir la co­lonne ver­té­brale de la pièce. Après, on ha­bille. » Et écrire s’est presque im­po­sé au chef de troupe. « Nous n’avons pas beau­coup de jeunes avec nous car il leur est dif­fi­cile de se li­bé­rer en après-mi­di ou le soir. On doit donc trou­ver des pièces adap­tées à l’âge des co­mé­diens, ce n’est pas évident. Alors qu’en écri­vant moi-même, je fais du sur-me­sure. » « Toute une équipe »

Du sur-me­sure… Ex­pres­sion qui va comme un gant à cette troupe for­mi­dable qui de­puis 36 ans, du dé­cor à la pro­mo­tion, conçoit tout.

« La troupe d’Yvias, c’est une équipe de 25 per­sonnes : sur scène, à la lo­gis­tique, au blog, aux ré­ser­va­tions » énu­mère Yvan Ma­hé en ci­tant plus par­ti­cu­liè­re­ment wHen­ri Le Cain au son, Ni­co­las Guillou à la lu­mière, Mar­tine Quin­chon et Jean-Paul Hu­chet au dé­cor.

Tout ce pe­tit monde n’a plus que quelques jours pour se ca­ler avant la pre­mière. « Y’a

du bou­lot » pour être prêts ou presque… D’ailleurs, « on com­mence vrai­ment à se sen­tir bien au bout d’une di­zaine de re­pré­sen­ta­tions… Mais at­ten­tion, c’est à ce mo­ment-là que le dan­ger guette. On prend de l’as­su­rance, on lâche la garde et la conne­rie ar­rive », souffle Yvan Ma­hé. Pour Bru­no Bé­chec, la pa­rade : « On doit jouer chaque re­pré­sen­ta­tion comme si c’était la pre­mière… même la der­nière ».

Jean-Fran­çois Mas­son, Bru­no Bé­chec, Ma­rie Du­ros, Anne Motte et Yvan Ma­hé sont cette an­née en scène. La troupe d’Yvias est une com­pa­gnie à géo­mé­trie va­riable où de nom­breux co­mé­diens ama­teurs se sont illus­trés.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.