Des ta­lents à dé­cou­vrir

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - Au­ré­lie Ri­chard au­re­lie.ri­chard@cen­tre­france.com

Au Sa­lon ré­gio­nal des mé­tiers d’art, il est des ar­ti­sans qui étonnent par­ti­cu­liè­re­ment avec leurs créa­tions. Ren­contre avec une fac­teur de flûtes en pa­pier re­cy­clé, une créa­trice de lu­mi­naires avec de la vais­selle et un ar­ti­san qui fait chauf­fer des bou­teilles en verre pour les dé­for­mer.

Dans son ate­lier à Baule, Vé­ro­nique Gar­dy ma­nie la scie et la per­ceuse. Au mi­lieu de caisses rem­plies de pa­pier jour­nal, de bouts de bois, l’ar­ti­san donne nais­sance à des ins­tru­ments un peu par­ti­cu­liers : des flûtes en pa­pier re­cy­clé. De­puis dix ans, celle qui a sui­vi des études de comp­ta­bi­li­té­ges­tion vit de ses créa­tions. Si elle n’était pas pré­des­ti­née à un tra­vail ma­nuel, elle joue tout de même de la flûte tra­ver­sière de­puis l’âge de 9 ans.

« Tout est par­ti du fait que je vou­lais créer ma flûte tra­ver­sière », ex­plique la Bau­loise. « Un jour, alors que je don­nais des cours à un élève, sa ma­man, prof dans un ly­cée, est re­ve­nue avec plein de jour­naux. » C’est là qu’est née l’idée de les uti­li­ser. Il a fal­lu une di­zaine d’an­nées à Vé­ro­nique Gar­dy pour mettre en place le pro­cé­dé, avant de se mettre à son compte. « En 1997, on par­lait peu du re­cy­clage », se sou­vient celle qui a pas­sé, par la suite, un CAP de res­tau­ra­tion d’ins­tru­ments de mu­sique au Mans (Sarthe), no­tam­ment pour ap­prendre les ru­di­ments en terme d’acous­tique. « Je me suis dit” pour­quoi pas don­ner une autre vie à ces jour­naux ?” »

Des ins­tru­ments en pa­pier et so­lides

Sans en­trer dans les dé­tails, l’ar­ti­san dé­marre par l’âme, qui donne la forme in­terne de l’ins­tru­ment. Il s’agit sou­vent d’un tou­rillon de bois. Elle en­roule au­tour plu­sieurs épais­seurs de pa­pier jour­nal avec de la colle de riz. Vient en­suite la phase de sé­chage. Puis le tra­vail de « fac­teur » à pro­pre­ment par­ler, où elle tra­vaille sur le tube « tou­jours à l’ac­cor­deur ». En l’écou­tant jouer de la flûte, on réa­lise que le son est bon. Pour fi­nir, elle pro­cède à la mise en cou­leur avec de l’encre d’aqua­relle. Grâce à sa tech­nique, elle donne nais­sance à des flûtes de pan, des flûtes et des xun, des flûtes glo­bu­laires (comme l’oca­ri­na) ori­gi­naires d’Asie.

Ces ins­tru­ments aty­piques « ques­tionnent tou­jours ». Le son est­il bon ? Sont­ils so­lides ? La Bau­loise l’as­sure : « Dans la fac­ture de la flûte, le ma­té­riau n’a au­cune es­pèce d’im­por­tance. On a tou­jours un tuyau so­nore. La note se­ra iden­tique. C’est la cou­leur du son qui va être dif­fé­rente. » Quand à la so­li­di­té, on réa­lise, en pre­nant ses ins­tru­ments en main, qu’ils ne vont pas se bri­ser comme ça.

« Je suis d’une ré­gion de vi­ti­cul­teurs, donc j’uti­lise des bou­teilles ! »

Un peu plus loin au Sa­lon des mé­tiers d’art, le stand de Sté­pha­nie Le­mont ne passe pas in­aper­çu. L’ar­ti­san de La Co­lombe, dans le Loir­et­Cher, crée des lu­mi­naires avec… de la vais­selle. Les bols et tasses trouvent une nou­velle fonc­tion : pied de lampe. « La ma­jo­ri­té de ces ob­jets sont ache­tés chez Em­maüs, à La Croix­Rouge. Des gens m’ap­portent leur vais­selle », ra­conte­t­elle. « Une chose est sûre, mes lu­mi­naires ne sont ja­mais droits. » D’où le nom de sa so­cié­té « Un pas de tra­verse ». « Quand je vois toute la vais­selle qui peut al­ler en dé­chet­te­rie, ça fait mal au coeur. Je trouve que ce pro­cé­dé a un in­té­rêt en terme de dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Je suis aus­si une amou­reuse d’Alice au pays des mer­veilles, du thé. On re­trouve cet uni­vers dans mes créa­tions », ajoute­t­elle.

Avec ces ar­ti­sans, rien ne se perd, tout se trans­forme ! C’est aus­si le cre­do de Jean­Mi­chel Da­lu­zeau. « Je suis d’une ré­gion de vi­ti­cul­teurs, donc j’uti­lise des bou­teilles », ri­gole ce­lui qui vient du sec­teur de Mont­louis­ sur­Loire (Indre­et­Loire).

Vi­trailliste à la base, il a com­men­cé à créer son pe­tit monde au­tour des bou­teilles en 2009. « C’est ve­nu par ac­ci­dent », sou­rit­il. « J’avais ache­té un four. Je fai­sais des tests avec des bou­

teilles. Un ami est ve­nu et m’a dit “pour­quoi ne pas te lan­cer ?” » Il a com­men­cé à vendre ses créa­tions sur des sa­lons et ça a car­ton­né. « J’ai l’ha­bi­tude de dire que c’est la gra­vi­té qui fait le tra­vail », ra­conte Jean­Mi­ chel Da­lu­zeau. Il ins­talle les bou­teilles, qu’il achète ou ré­cu­père chez des vi­ti­cul­teurs, dans son four qu’il peut faire mon­ter à 750 ° C pour des formes com­plè­te­ment plates, ou pour les dé­for­mer et en faire par exem­ ple des vases. Il crée aus­si des fleurs de verre. Son uni­vers est poé­tique, co­lo­ré, dé­ca­lé. Comme ce­lui de nom­breux ar­ti­sans pré­sents à Or­léans ce week­end, et dont l’ima­gi­na­tion n’a pas de li­mites.

PHO­TO E. MALOT

INS­TRU­MENT. Des flûtes en bois ? Non mais en pa­pier re­cy­clé grâce à la tech­nique de Vé­ro­nique Gar­dy.

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