Pour­quoi la base de loi­sirs or­léa­naise porte le nom d’île Char­le­magne…

Il faut re­mon­ter au Moyen Âge pour com­prendre ce qui a conduit à don­ner un nom d’em­pe­reur à ce site des bords de Loire.

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - Cin­dy Rou­dier-Va­laud

La phy­sio­no­mie de la Loire a chan­gé au cours du temps. Au fil des sai­sons, des bancs de sable se sont dé­pla­cés, des duits ont été construits par l’homme au Moyen Âge. C’est à cette époque qu’il faut re­mon­ter pour com­prendre l’ori­gine du nom de l’île Char­le­magne.

« D’après les do­cu­ments an­ciens, plu­sieurs îles co­exis­taient entre la pointe Saint­Loup (Saint­Jean­de­Braye) et la rue de la Tour­Neuve (Or­léans). Puis, trois d’entre elles – l’Île Saint­Ai­gnan, l’Île­aux­Boeufs et l’Île­aux­Toiles – se soudent pour n’en for­mer qu’une », écrivent Ch­ris­telle Bruand et Vé­ro­nique Mi­gnan, sur le site des ar­chives mu­ni­ci­pales de la ville.

Se­lon Anne­Ma­rie Royer­Pan­tin, au­teur et his­to­rienne : « L’Île­aux­Toiles était presque conti­guë à la tur­cie (ndlr : un ou­vrage de pro­tec­tion contre les crues). Elle était dé­si­gnée sous ce nom parce qu’on y éten­dait les toiles pour les faire blan­chir […] Quant à la grande Îleaux­Boeufs, si­tuée un peu plus en amont, elle ap­par­te­nait en grande par­tie au cha­pitre de Saint­Ai­gnan, mais la par­tie mé­ri­dio­nale re­le­vait de la sei­gneu­ rie de Saint­Jean­le­Blanc. En­fin, en­core un peu plus en amont, la Grande île Char­le­magne se trou­vait alors du cô­té de Saint­Loup. »

En re­mer­cie­ment

Pas­sons en­suite au contexte po­li­tique de la ville au VIIIe siècle. On peut lire dans la bro­chure « Lais­sez­vous conter Or­léans » édi­té par la mu­ni­ci­pa­li­té dans le cadre du la­bel Villes et pays d’art et d’his­toire : « Sous le règne des fils de Clo­vis, Or­léans de­vient le centre d’un des quatre royaumes qui consti­tuent le ter­ri­toire franc. La ville est en­suite l’une des ca­pi­tales de la Neus­trie ca­ro­lin­gienne. L’évêque Théo­dulfe, mi­nistre de Char­le­magne, joue alors un rôle im­por­tant pour la ville : il dé­ve­loppe l’en­sei­gne­ment pour les clercs et fait construire un hos­pice. »

C’est pour re­mer­cier le roi des Francs et em­pe­reur Char­le­magne de leur avoir fait do­na­tion de ce grou­pe­ment d’îles que les moines et cha­noines de SaintAi­gnan dé­cident de nom­mer ain­si ces îles. Cette do­na­tion est at­tes­tée par l’in­ven­taire des ar­chives du Cha­pitre de SaintAi­gnan.

Au fil des mou­ve­ments de la Loire et sur­tout d’une crue au XVIIIe siècle, les trois îles ne font plus qu’une. L’île Char­le­magne est d’abord rat­ta­chée pour moi­tié à Saint­Jean­de­Braye, à la Ré­vo­lu­tion, puis à Saint­Jean­le­Blanc, par le biais d’une loi, le 1er juin 1911.

Le lieu, qui n’est sé­pa­ré de la terre que par un mince bras de Loire, de­vient un point de loi­sirs pour les ha­bi­tants de SaintJean­le­Blanc. Les pa­roisses y conduisent les en­fants pour qu’ils y fassent de l’ac­ti­vi­té phy­sique. Dans les an­nées 1950, l’île Char­le­magne est en­suite uti­li­sée pour l’ex­trac­tion des gra­viers.

La mai­rie d’Or­léans, qui était dé­jà pro­prié­taire d’un ter­rain de 10 hec­tares là­bas, sur le­quel sont amé­na­gés des ter­rains de sport, dé­cide d’ac­qué­rir l’île Char­le­magne, en la ra­che­tant à la so­cié­té d’ex­ploi­ta­tion de car­rières Les Sables de Loire. Ce se­ra chose faite en 1975. les tra­vaux d’amé­na­ge­ment pour trans­for­mer les an­ciennes car­rières en vé­ri­table base de loi­sirs dé­butent au dé­but des an­nées 1980. Elle est inau­gu­rée le 14 juin 1987.

Le roi des Francs et em­pe­reur Char­le­magne joue, à Or­léans, un rôle im­por­tant. »

PHO­TO D’AR­CHIVES THIER­RY BOUGOT

ÉVO­LU­TION. Au fil du temps, les trois îles qui ja­lon­naient le cours de la Loire au Moyen Âge se sont réunies au XVIIIe siècle suite à des inon­da­tions.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.