Le contour­ne­ment nord d’Or­léans est ap­pe­lé la tan­gen­tielle ?

La tan­gen­tielle, qui as­sure le contour­ne­ment nord d’Or­léans, porte­t­elle ce drôle de nom ?

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - Alexandre Char­rier alexandre.char­rier@cen­tre­france.com

C’est un mot qu’on uti­li­sait tout sim­ple­ment parce que cette route “tan­gen­tait” Or­léans », ex­plique Mi­chel Gué­rin.

Pen­sée dans les an­nées 60 pour tour­ner tout au­tour d’Or­léans, la tan­gen­tielle n’a fi­na­le­ment pas fran­chi la Loire. C’est pour cette boucle ja­mais bou­clée que les élus ont ima­gi­né un nom ori­gi­nal.

E n moyenne, quelque 40.000 à 50.000 vé­hi­cules l’em­pruntent chaque jour. Mais faites le test avec quel­qu’un qui n’a ja­mais mis les pieds à Or­léans et vous en se­rez quitte pour un gros fron­ce­ment de sour­cil. « Moi, je passe par la tan­gen­tielle, c’est plus court ? » « ? ! ? La quoi ? »

La tan­gen­tielle fait par­tie du vo­ca­bu­laire quo­ti­dien des Or­ léa­nais mais pas­sé les fron­tières du dé­par­te­ment, le terme est exo­tique. Des ro­cades, des pé­ri­phé­riques, des contour­ne­ments, oui, mais des tan­gen­tielles, on n’en trouve dans au­cune autre ag­glo­mé­ra­tion fran­çaise. Ou alors si, en ré­gion pa­ri­sienne, mais il est ques­tion de lignes de trans­ports en com­mun.

Un pont entre Com­bleux et Saint-Denis-en Val

La tan­gen­tielle d’Or­léans, c’est l’his­toire d’une ro­cade qui s’est ar­rê­tée en che­min. Les ré­flexions au­tour de la créa­tion d’une route per­met­tant de tra­ver­ser la ville sans en­trer dans son centre, naissent dans l’entre­deux­guerres. Mais c’est dans les an­nées 60, avec la dé­mo­cra­ti­sa­tion de l’au­to­mo­bile, que le pro­jet prend réel­le­ment corps.

Mi­chel Gué­rin, l’an­cien maire PCF de Saran, est alors un tout jeune élu. Il est au­jourd’hui la der­nière mé­moire vi­vante des dis­cus­sions de l’époque. « Dans le cadre du sché­ma di­rec­teur 1966­1974, nous avions dé­fi­ni avec le Si­vom (ndlr : an­cêtre de

la Mé­tro­pole) et le con­seil gé­né­ral, la créa­tion d’une ro­cade qui pro­lon­geait la N60 à Saint­Jeande­Braye jus­qu’à Saint­Jean­de­la­Ruelle et qui fran­chis­sait la Loire à Saint­Pry­vé­Saint­Mes­min pour al­ler jus­qu’à Oli­vet. De l’autre cô­té, un autre pont était pré­vu entre Com­bleux et Saint­Denis­en­Val. »

Or­léans se se­rait ain­si re­trou­vé cein­tu­ré, du nord au sud. Mais seule la pre­mière par­tie du cir­cuit va fi­na­le­ment être va­li­dée. « Les maires de Saint­Pry­vé, d’Oli­vet et de Com­bleux n’étaient pas d’ac­cord et se sont dé­pê­chés de construire sur les ter­rains qui au­raient pu être uti­li­sés », croit sa­voir Mi­chel Gué­rin.

Vingt ans de tra­vaux

Le pé­ri­phé­rique or­léa­nais ne ver­ra ja­mais le jour. Reste la tan­gen­tielle. Un terme qui s’est im­po­sé dans les réunions de tra­vail et qui fait au­jourd’hui par­tie du lan­gage po­pu­laire or­léa­nais. « C’est un mot qu’on uti­li­sait tout sim­ple­ment parce que cette route “tan­gen­tait” Or­léans », ex­plique Mi­chel Gué­rin.

Cette boucle nord qui frôle la ville centre sur une di­zaine de ki­lo­mètres se­ra ache­vée en 1994, après plus de vingt ans de tra­vaux, di­vi­sés en plu­sieurs tron­çons. Le pre­mier d’entre eux a vu le jour en 1974, à Saint­Jean­de­la­Ruelle, en pleine ef­fer­ves­cence rou­tière : au même mo­ment, l’A 10 ouvre ses portes et la construc­tion du pont Thi­nat débute. Dans les an­nées 70, on parle en­core d’une tan­gen­tielle est (entre Saran et Saint­Jean­de­la­Ruelle) et d’une tan­gen­tielle ouest (entre Saran et l’ave­nue des Droitsde­l’Homme). La por­tion de voie – toute droite – me­nant de Saint­Jean­de­Braye à Or­léans est ap­pe­lée « pé­né­trante ». Au­jourd’hui, signe de son suc­cès, de nom­breux automobilistes confondent la tan­gen­tielle avec la RD 2060 et consi­dèrent qu’elle s’étend jus­qu’à Châteauneuf. « Au dé­but des an­nées 2000, on a ren­for­cé la si­gna­li­sa­tion rou­tière et on a ins­crit le mot “ro­cade” sur les pan­neaux pour que ce soit plus uni­ver­sel. Mais ça n’a pas pris, constate Re­né Dau­din, an­cien élu de Saint­Jean­de­la­Ruelle. C’est un terme très lo­cal mais chan­ger les ha­bi­tudes des gens, ce n’est pas com­mode. »

PHOTO PAS­CAL PROUST

TRA­VAUX. Construite tron­çon par tron­çon, la tan­gen­tielle telle qu’on la connaît au­jourd’hui a été ache­vée en 1994. Long de plus de 3 ki­lo­mètres, le der­nier tron­çon a été mis en ser­vice à Saint-Jean-de-la-Ruelle.

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