Y a-t-il une is­sue pos­sible au conflit sa­la­rial à Air France ?

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La ques­tion vaut plu­sieurs mil­lions d’eu­ros et? pour l’heure? Air France, qui af­fron­tait une cin­quième jour­née de grève hier n’a pas de ré­ponse.

Les syn­di­cats pré­viennent : seul un « geste » de la di­rec­tion per­met­trait de le­ver « toutes les grèves, tout de suite ». Le feuilleton des grèves à Air France – onze pro­gram­mées entre le 22 fé­vrier et le 24 avril – semble loin de son épi­logue, en rai­son de désac­cords per­sis­tants sur le fond (les re­ven­di­ca­tions) et la forme (la mé­thode de né­go­cia­tion).

L’in­ter­syn­di­cale ré­clame une re­va­lo­ri­sa­tion des grilles de sa­laire de 6 % pour tous, à la­quelle s’ajoute 4,7 % pour les pi­lotes. « Pas pos­sible », ré­pond la di­rec­tion, en ar­guant d’un équi­libre fi­nan­cier en­core fra­gile. Toutes ses ten­ta­tives de sor­tie de crise ont échoué.

À l’in­ter­syn­di­cale, elle a pro­po­sé de né­go­cier un « mé­ca­nisme com­plé­men­taire d’ajus­te­ment sa­la­rial » pour ceux qui ont su­bi une perte de pou­voir d’achat de­puis 2011, date de la der­nière aug­men­ta­tion gé­né­rale. Mais elle n’est « pas ca­pable » de don­ner le mon­tant de l’en­ve­loppe dé­diée, sou­pire Jé­rôme Beau­rain de SUD­Aé­rien. « Ils viennent en né­go­cia­tion les poches vides, sans man­dat pour né­go­cier », dit­il. Avec les syn­di­cats de pi­lotes, elle s’est mon­trée ou­verte à des re­va­lo­ri­sa­tions sa­la­riales, mais à condi­tion de né­go­cier des contre­par­ties… et de le­ver les pré­avis. « Comment ima­gi­ner qu’on va le­ver la grève sans avoir rien du tout ? », in­ter­roge Gré­goire Aplin­court du Spaf, le deuxième syn­di­cat de pi­lotes pour qui, si elle veut sor­tir du conflit, la di­rec­tion doit d’abord « faire un geste ». Dans ce cas, « on lève toutes les grèves, tout de suite », pro­met­il. Et en­suite « on dis­cute » des su­jets que l’en­tre­prise sou­haite abor­der, comme l’aug­men­ta­tion de la flotte d’avions de Tran­sa­via, la fi­liale low­cost.

Chèque en blanc

En somme, chaque camp re­doute, en fai­sant le pre­mier pas, de si­gner un chèque en blanc à la par­tie ad­verse, qui l’en­cais­se­ra sans contre­par­tie. « La di­rec­tion ne nous fait pas confiance » pour par­ve­nir à un ac­cord pos­té­rieur, « c’est là que ré­side le conflit », ré­sume Gré­goire Aplin­court.

La guerre des nerfs se double d’une guerre des chiffres. « Comment peut­on se per­mettre de lais­ser par­tir ain­si 100 mil­lions d’eu­ros en fu­mée ? », s’est in­sur­gé au­près de

Li­bé­ra­tion le pré­sident du SNPL (syn­di­cat de pi­lotes ma­jo­ri­taire), Philippe Evain, sa­chant que chaque jour de grève coûte 25 mil­lions d’eu­ros en moyenne. Il s’agit d’une perte sur une an­née, ré­pond la di­rec­tion, pour qui re­le­ver les grilles sa­la­riales de 6 % condui­rait à en­ché­rir les coûts de l’en­tre­prise à hau­teur de 240 mil­lions d’eu­ros par an. L’aug­men­ta­tion ré­cla­mée « re­met­trait en cause les ef­forts » pas­sés et em­pê­che­rait « de pré­pa­rer l’ave­nir, c’est­à­dire d’ache­ter des avions, créer des em­plois », a dé­ve­lop­pé le PDG d’Air France­KLM, Jean­Marc Ja­naillac, ven­dre­di sur RTL.

Dans cette épreuve de force – et de com­mu­ni­ca­tion –, au­cun camp n’a pour l’heure pro­po­sé de trou­ver une voie mé­diane entre l’aug­men­ta­tion gé­né­rale dé­ci­dée en 2018 par la di­rec­tion (0,6 % au 1er avril et 0,4 % au 1er oc­tobre) et les 6 % exi­gés par l’in­ter­syn­di­cale. L’es­pace est pour­tant suf­fi­sam­ment grand pour y lo­ger la clé du conflit.

PHOTO AFP

AVIONS AU SOL. Le feuilleton semble loin de son épi­logue.

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