Bien­tôt des im­plants élec­tro­niques au bout de vos doigts

3.500 Sué­dois sont dé­jà équi­pés d’un im­plant élec­tro­nique sous la peau

La République du Centre (Dimanche) - - La Une - Do­mi­nique Ga­ran­det do­mi­nique.ga­ran­det@cen­tre­france.com

Un im­plant in­sé­ré sous la peau pour rem­pla­cer clés, cartes de vi­site ou billets de train, c’est au­jourd’hui une réa­li­té pour quelque 3.500 Sué­dois qui ont fran­chi le pas. Une ré­vo­lu­tion à saut de puces élec­tro­niques.

Non, ce n’est pas de la science­fic­tion. La puce RFID (Ra­dio Fre­quen­cy Iden­ti­fi­ca­tion) im­plan­tée sur l’être hu­main est une réa­li­té. Georges Or­well peut se re­tour­ner dans sa tombe, son pire cau­che­mar est en train de se réa­li­ser. Avec cet im­plant dans la main, on s’ache­mine dou­ce­ment mais sû­re­ment vers un monde trans­pa­rent. Rien ne semble pou­voir échap­per au re­gard in­qui­si­teur de Big Brother.

Des mil­liers de Sué­dois sont dé­jà équi­pés. À peine plus grande qu’un grain de riz, la puce est im­plan­tée sous la peau. L’in­ci­sion se fait entre le pouce et l’in­dex, à l’aide d’une sorte de se­ringue. La puce fonc­tionne grâce à la tech­no­lo­gie NFC (Near Field Com­mu­ni­ca­tion). Elle re­pose sur l’émis­sion d’une onde à courte dis­tance qui lui per­met d’être re­pé­rée et lue par les ap­pa­reils équi­pés de dé­tec­teurs adap­tés.

La puce sous­cu­ta­née contient des in­for­ma­tions re­la­tives à l’iden­ti­té de son pro­prié­taire. Elle per­met d’ou­vrir des portes sé­cu­ri­sées, de payer ses courses, son plein d’es­sence ou ses billets de train. Bref, tout pour nous fa­ci­li­ter la vie… Fi­ni l’an­goisse de perdre ses clés ou d’ou­blier le code de sa carte ban­caire. Et tout ça pour moins de 300 eu­ros, une au­baine !

Ac­ces­soire in­of­fen­sif pour ses dé­fen­seurs, elle re­pré­sente une « avan­cée in­évi­table » pour Todd West­by, di­rec­teur de l’en­tre­prise amé­ri­caine Th­ree Square Mar­ket, spé­cia­li­sée dans les lo­gi­ciels de dis­tri­bu­teurs au­to­ma­tiques et qui pro­pose de­puis le 1er août son im­plan­ta­tion à ses em­ployés.

At­ten­tion, dan­ger

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si cer­tains Cas­sandre ne com­men­çaient à émettre quelques ré­serves et n’hé­si­taient pas à nous mettre la puce à l’oreille… Se­lon eux, l’im­plant élec­tro­nique ne se­rait pas la pa­na­cée uni­ver­selle mais com­por­te­rait de réels dan­gers pour ses usa­gers.

Ben Lib­ber­ton, mi­cro­bio­lo­giste à l’Ins­ti­tut Ka­ro­lins­ka de Stock­holm pré­cise que l’im­plan­ta­tion peut cau­ser des in­fec­tions et des ré­ac­tions du sys­tème im­mu­ni­taire. Se­lon lui, ces puces élec­tro­niques « peuvent col­lec­ter des don­nées sur votre san­té, votre lo­ca­li­sa­tion, vos ho­raires de tra­vail, le temps que vous pas­sez aux toi­lettes. Que se passe­t­il en­suite ? Pour quoi son­telles uti­li­sées ? Qui peut y avoir ac­cès ? »

« Si un im­plant un jour peut dé­tec­ter un pro­blème mé­di­cal chez son por­teur, qui va être mis au cou­rant et quand ? Est­ ce que les com­pa­gnies d’as­su­rance vont ob­te­nir des in­for­ma­tions sur votre san­té ? », s’in­ter­roge le cher­cheur.

Autre risque, le pi­ra­tage. Les ondes étant ra­re­ment cryp­tées, il est fa­cile de les in­ter­cep­ter et de les co­pier sur un autre sup­port et ain­si d’usur­per l’iden­ti­té du por­teur.

En­fin, que pen­ser d’une so­cié­té pla­cée sous l’oeil des puces ? Le RFID pour­rait de­ve­nir un re­dou­table ins­tru­ment de contrôle so­cial et ser­vir le pro­jet to­ta­li­taire d’une so­cié­té dans la­quelle toute no­tion de vie pri­vée au­rait été abo­lie. Un pas de plus vers la dys­to­pie ima­gi­née par Or­well. Il est urgent de se se­couer les puces !

Cer­tains Cas­sandre n’hé­sitent pas à nous mettre la puce à l’oreille

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