Dix ans d’ac­tions en­ga­gées en fa­veur des ho­mo­sexuels à Or­léans

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - Da­vid Creff

Le groupe ac­tion gay et les­bien a me­né 6.000 en­tre­tiens, de­puis 2008, dans son lo­cal.

1990. Le GAGL 45 (à l’ori­gine le GAG) voit le jour, à Or­léans. C’était il y a 28 ans et, à l’époque, presque hier, un sui­vi psy­chia­trique était, par exemple, en­core pré­co­ni­sé pour les per­sonnes ho­mo­sexuelles. C’était aus­si le temps « où l’on se bat­tait pour la re­con­nais­sance de la dé­por­ta­tion des ho­mo­sexuels du­rant la guerre 19391945 », rem­bo­bine le pré­sident du Groupe ac­tion gay et les­bien du Loi­ret.

Jeu­di, de­puis le pe­tit lo­cal or­léa­nais du 28 bis, rue Sainte­Anne( dont on fê­tait, hier, l’an­ni

ver­saire de dix ans), Ralph Sou­chet convient « qu’il est plus fa­cile de vivre son ho­mo­sexua­li­té au­jourd’hui ». Preuve en est : « De­puis 2016, le nombre d’ap­pels et d’en­tre­tiens a dou­blé ici », ob­serve An­tho­ny, le sa­la­rié de l’as­so­cia­tion. Ce qui ne tra­duit au­cu­ne­ment une flambée des actes ho­mo­phobes, plu­tôt un dé­sir de li­bé­ra­tion de la pa­role au­tour des ques­tions que l’on traite « au 28 bis ».

Aus­si, 6.000 en­tre­tiens in­di­vi­duels ont­ils été réa­li­sés de­puis 2008 au sein du lo­cal of­frant, de­puis, confi­den­tia­li­té et dis­cré­tion à ses vi­si­teurs. Et c’est An­tho­ny qui re­çoit. « Pas mal de per­sonnes trans, pas nées dans le bon corps, viennent ici concer­nant un chan­ge­ment de pré­nom ou d’état ci­vil. On connaît les dé­marches, on suit le dos­sier, et ça peut al­ler vite. Si, de­main, Marc veut s’ap­pe­ler Ma­rie, il le peut. » Mais on passe aus­si au GAGL pour des ques­tions au­tour de l’orien­ta­tion sexuelle (« Suis­je ho­mo, bi, hé­té­ro ? »), « pour sa­voir com­ment je fais mon co­ming out. Des hommes ma­riés peuvent se dé­cou­vrir ho­mos : com­ment je fais pour gé­rer ça ? »…

La liste d’An­tho­ny s’al­longe. Il lui ar­rive de re­ce­voir des pa­rents per­dus face à l’ho­mo­sexua­li­té de leur fils. De leur fille. « Je ne suis ni psy, ni avo­cat, aus­si m’ar­rive­t­il de re­di­ri­ger des per­sonnes vers ceux avec qui nous tra­vaillons. Ce qui peut va­loir dans le cas où l’on souffre d’avoir un voi­sin ho­mo­phobe. » Ou en cas de vio­lences phy­siques ? « De­puis dix ans, le GAGL s’est por­té par­tie ci­vile à quatre re­prises dans des af­faires d’agres­sions ho­mo­phobes. À chaque fois, la jus­tice a bien fait son tra­vail, et vite. » La der­nière af­faire re­monte à 2016 : un élè­ ve était agres­sé à la sor­tie de son ly­cée, à Or­léans, et la scène, fil­mée, pos­tée sur les ré­seaux so­ciaux. Deux condam­na­tions.

Mais Ralph Sou­chet le ré­pète : « On vit mieux au­jourd’hui que le Ma­riage pour tous est pas­sé (2013) ou que les per­sonnes dé­cé­dées du VIH ont droit comme tout le monde aux soins fu­né­raires (de­puis 2018) ».

Peu à peu pro­gressent ain­si les droits des per­sonnes les­biennes, gays, bi­sexuelles et trans­genres (LGBT). Et c’est là l’une des rai­sons d’être du GAGL, centre LGBT, qui opère aus­si sur les ter­rains de la pré­ven­tion. Ci­tons seule­ment la plage li­ber­tine de San­dillon, ou du dé­pis­tage VIH. Près de 320 tests ont ain­si été réa­li­sés, de­puis 2008 (« no­tam­ment au­près d’hé­té­ros »), au 28 bis, entre la bi­blio­thèque et les dra­peaux arc­en­ciel. Et l’ar­ri­vée du TROD en 2014, un test ul­tra­ra­pide (« ré­sul­tat en moins de dix mi­nutes »), a en­core per­mis « de mul­ti­plier par cinq le nombre de dé­pis­tages ».

La struc­ture compte au­jourd’hui « par­mi les dix plus po­ly­va­lentes de France, en ma­tière de dé­fense des droits, de san­té… », achève son pré­sident, qui de­meure en alerte. Car si, au­jourd’hui, deux per­sonnes du même sexe peuvent af­fi­cher leur ten­dresse, par exemple dans Or­léans, il sub­siste tou­jours « des re­gards de tra­vers, des re­lents ho­mo­phobes », se navre­t­il.

En cas d’agres­sion ho­mo­phobe, il y a tou­jours le GAGL

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.