De drôles de coques en Loire

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - PHO­TO CH­RIS­TELLE GAUJARD

PHÉ­NO­MÈNE. L’eau du fleuve, dans le Loi­ret, est de plus en plus claire de­puis une dé­cen­nie. L’ex­pli­ca­tion tient à la baisse des re­jets pol­lués et à la pré­sence d’un co­quillage asia­tique.

AVE­NIR. Les cor­bi­cules, mol­lusques bi­valves, filtrent les par­ti­cules en sus­pen­sion en ava­lant le phy­to­planc­ton. Reste à sa­voir s’ils dés­équi­li­bre­ront, à terme, l’éco­sys­tème.

Une eau claire, très claire… Plu­tôt agréable à l’oeil ! Mais est-ce nor­mal ? Et quel est l’im­pact en­vi­ron­ne­men­tal ?

Des pois­sons que l’on ob­serve comme dans un aquarium… Une eau trans­lu­cide à faire pâ­lir le plus per­ché des lacs de mon­tagne… La Loire est de plus en plus claire, de­puis quelques an­nées. Un phé­no­mène que La Rep’ a cher­ché à ex­pli­quer.

Pour ce­la, elle s’est tour­née vers Da­mien Hé­me­ray, conser­va­teur de la ré­serve na­tu­relle de Saint­Mes­min. Il parle d’une amé­lio­ra­tion de la lim­pi­di­té de la Loire ob­ser­vée « de­puis en­vi­ron dix ans » et avance deux rai­sons prin­ci­pales.

Il y a d’abord « l’évo­lu­tion des tech­niques d’as­sai­nis­se­ment de l’eau ». Et le spé­cia­liste de la faune et de la flore de Loire d’évo­quer, entre autres, les tra­vaux de la chambre à sable du quai Ma­de­leine qui ont per­mis d’avoir moins de re­jets.

La deuxième ex­pli­ca­tion est plus « exo­tique » : elle est liée au dé­ve­lop­pe­ment d’une pa­lourde asia­tique. Vous n’avez pro­ba­ble­ment ja­mais en­ten­du son nom, mais vous l’avez sû­re­ment dé­jà croi­sée lors de vos vi­rées en bords de Loire ; on l’ap­pelle la cor­bi­cule.

« Elles sont très pré­sentes. La plu­part du temps, on ob­serve sur­tout les co­quilles vides. C’est un mol­lusque qui s’en­terre dans les par­ties les plus meubles. Pour le trou­ver, il suf­fit de ra­cler quelques cen­ti­mètres de sable », ex­plique Da­mien Hé­me­ray.

L’im­plan­ta­tion de la cor­bi­cule en France da­te­rait des an­nées 80. C’est à cette pé­riode qu’elle au­rait été dé­cou­verte en basse Dor­dogne avant de, ra­pi­de­ment, co­lo­ni­ser le reste du pays. Ce crus­ta­cé au­rait été in­tro­duit par les voies de com­mu­ni­ca­tion flu­viales. Il se­rait ar­ri­vé via les bal­lasts d’eau douce des na­vires ayant vo­gué en mer et ve­nant de ré­gions où ce mol­lusque est pré­sent, ou se se­rait col­lé à la coque de pé­niches.

« Dans notre sec­teur, on a dé­nom­bré jus­qu’à 100 in­di­vi­dus au mètre car­ré. Les cor­bi­cules ont un im­pact réel, mais très dif­fi­cile à me­su­rer », sou­ligne le conser­va­teur de la ré­serve Saint­Mes­min. Un « im­pact réel » car ce bi­valve se nour­rit de phy­to­planc­ton. Il as­pire les par­ti­cules en sus­pen­sion et ain­si filtre et cla­ri­fie l’eau.

Se­lon le conser­va­teur, « le plus gê­nant, c’est que ce phy­to­planc­ton est éga­le­ment consom­mé par des es­pèces bien de chez nous, même si celles­ci sont peu nom­breuses… » Il com­plète : « Ce phy­to­planc­ton est à la base de la chaîne ali­men­taire. Si, à terme, il y a un éche­lon en moins dans cette chaîne, ce­la pour­rait gé­né­rer un dés­équi­libre de l’en­semble de l’éco­sys­tème. Mais il ne s’agit que d’une hy­po­thèse au­jourd’hui ».

Pleines de pol­luants

Les cor­bi­cules sont consom­mées par plu­sieurs es­pèces : les ra­gon­dins et les mouettes no­tam­ment. « Dans l’ab­so­lu, elles se­raient consom­mables par l’homme, mais elles filtrent l’eau et ac­cu­mulent tous les pol­luants… »

Leur dé­ve­lop­pe­ment in­quiè­tet­il les spé­cia­listes ? « Quoi qu’il en soit, c’est un phé­no­mène in­gé­rable hu­mai­ne­ment. On ne peut que consta­ter leur in­ter­ven­tion. Dif­fi­cile de pré­dire l’ave­nir, les équi­libres sont tel­le­ment com­plexes… », conclut Da­mien Hé­me­ray.

Dans notre sec­teur, on a dé­nom­bré jus­qu’à 100 in­di­vi­dus au mètre car­ré »

PHO­TOS CH­RIS­TELLE GAUJARD

PRÉ­SENCE. On trouve des cor­bi­cules – ces co­quillages ont une du­rée de vie d’en­vi­ron quatre ans – tout au long de la Loire (ci-des­sus, rive sud, vers Saint-Mar­ceau). L’eau chaude aux abords des cen­trales nu­cléaires, comme à Chi­non, leur per­met de se dé­ve­lop­per. Sauf que là-bas, elles bloquent les cir­cuits d’éva­cua­tion !

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