« Je rends ce que la vie m’a don­né »

La cham­pionne du monde de na­ta­tion syn­chro­ni­sée tend la main à ceux qui ont cou­lé dans le sys­tème sco­laire tra­di­tion­nel. Mu­riel Her­mine crée son école.

La République du Centre (Dimanche) - - LEMAG’ - Oli­vier Bo­hin oli­vier.bo­hin@cen­tre­france.com

Il y a une grande dif­fé­rence entre ta­lents et com­pé­tences

Elle ne fait rien sans pas­sion. Ce n’est donc pas un ha­sard si son école porte le nom d’Aca­dé­mie des pas­sions. Avec ce pro­jet, pré­vu à l’au­tomne à Garges­lès­Go­nesse, il y a la vo­lon­té de tendre la main aux 18­25 ans, fâ­chés avec l’école. Mu­riel Her­mine y met de son vé­cu. « J’ai en­vie de rendre ce que la vie m’a ap­por­té ». ■ Avez-vous dé­cro­ché à

l’école ? À 15 ans, j’ai dû choi­sir entre l’école et le sport. En classe de se­conde, le pro­vi­seur m’a dit que je ne pou­vais pas res­ter dans son éta­blis­se­ment si je conti­nuais la com­pé­ti­tion de na­ta­tion. Ma grande chance, c’est que mes pa­rents m’ont lais­sé choi­sir, et j’ai choi­si la voie spor­tive… Mais en pre­nant cette dé­ci­sion, vous gar­dez long­temps un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té que n’ef­facent ni les mé­dailles ni les spec­tacles, ni la no­to­rié­té. ■ Ce trau­ma­tisme est-il tou­jours là ? Je ne m’en suis gué­rie que lorsque j’ai re­pris la com­pé­ti­tion, il y a 2 ans, après 17 ans d’ar­rêt. J’ai dé­cro­ché le titre mon­dial de na­ta­tion mas­ter. Je vou­lais mon­trer qu’il n’y a pas d’âge pour réa­li­ser de grands pro­jets. Tout reste pos­sible avec la ma­tu­ri­té, on ar­rive à le­ver des mon­tagnes. ■ À l’école, vous ne na­giez pas dans le bon­heur. L’école a tou­jours été une souf­france. Sauf en CE2 car j’avais une maî­tresse qui avait com­pris que je ne pou­vais pas res­ter as­sise. Elle m’avait mis deux bu­reaux dans la classe. Quand je n’en pou­vais plus, j’avais le droit de me le­ver et de re­joindre l’autre bu­reau. Mon sen­ti­ment de mal­être est sans doute né d’être en­fer­mée, coin­cée dans un en­droit. Être tou­jours pas­sif. Si j’ai réus­si dans le sport et dans le spec­tacle, c’est que j’ai trou­vé l’eau comme élé­ment de mon ex­pres­sion. Étant une en­fant très ti­mide, l’ex­pres­sion phy­sique m’a per­mis de dé­ve­lop­per ma per­son­na­li­té. ■ Votre pre­mier plon­geon ? J’avais 6 ans, j’étais avec mon grand­père, à Pa­la­vas­les­Flots. Pa­py me je­tait dans l’eau et il me mon­trait, as­sis sur un pé­da­lo, com­ment faire les mou­ve­ments de brasse… Du coup, mes pa­rents m’ont ins­crit à un club de na­ta­tion. À 12 ans, un en­traî­neur est ve­nu et a mon­té une sec­tion de na­ta­tion syn­chro­ni­sée…

■ Après toutes ces an­nées de suc­cès dans le grand bain, vous avez donc dé­ci­dé de “re­pê­cher” les re­ca­lés du

sys­tème sco­laire. L’Édu­ca­tion na­tio­nale n’est pas la seule école qui per­met de se pré­pa­rer à la vie. Il y en a d’autres, l’école du sport, l’école des arts, etc. Je crois pro­fon­dé­ment que c’est la connais­sance de ses ta­lents na­tu­rels qui peut per­mettre à cha­cun de s’épa­nouir, de s’in­sé­rer dans une so­cié­té en quête d’ex­cel­lence et de per­for­mance. Il y a une grande dif­fé­rence entre ta­lents et com­pé­tences. Les ta­lents sont in­nés, les com­pé­tences sont ac­quises. ■ En quoi votre aca­dé­mie se­ra-t-elle dif­fé­rente ? Mon école uti­li­se­ra le sport, la cul­ture et les nou­velles tech­no­lo­gies comme ou­til pé­da­go­gique. L’en­jeu est le dé­ve­lop­pe­ment de la per­son­na­li­té à tra­vers des pro­grammes in­di­vi­dua­li­sés sur le thème : “Com­ment dé­ve­lop­per sa fra­gi­li­té en force”. Tout pas­se­ra par des ac­ti­vi­tés lu­diques. Il n’y au­ra pas d’en­sei­gnants mais des ar­tistes, des coaches, des PDG d’en­tre­prises.

■ Et après ? On pro­po­se­ra une pré­qua­li­fi­ca­tion de plu­sieurs se­maines ou plu­sieurs mois. Après, les jeunes pour­ront re­prendre une fi­lière, re­tour­ner dans une struc­ture ou se­ront pla­cés dans des en­tre­prises. ■ Pour­quoi cette en­vie de

tendre la main à l’autre ? Je porte ce­la de­puis très long­temps, ma vie m’a por­tée jusque­là. Je ne cours pas après la no­to­rié­té. Vous ne pou­vez pas à la fois at­ti­rer la lu­mière et faire gran­dir les jeunes au­près de vous car, si­non, ils n’écoutent que le mes­sa­ger et non le mes­sage. Il

PHO­TO DR

LE DI­MANCHE. « Ce jour-là, je suis très fa­mille. J’aime me faire plai­sir, être avec mes en­fants, al­ler au ci­né avec l’homme que j’aime ».

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