Châ­teau­neuf cé­lèbre Mau­rice Ge­ne­voix

Jus­qu’au 28 jan­vier, le Mu­sée de la ma­rine de Loire abrite l’ex­po­si­tion « Mau­rice Ge­ne­voix, un hymne à la vie ». Toutes les grandes sé­quences de l’exis­tence du plus illustre des en­fants de Châ­teau­neuf-sur-Loire ont été in­gé­nieu­se­ment pen­sées : sa jeu­nesse

La République du Centre (Dimanche) - - LA UNE - Da­vid Creff da­vid.creff@cen­tre­france.com

ÉVÉ­NE­MENT. Le Mu­sée de la ma­rine de Loire ac­cueille, jus­qu’au 28 jan­vier, l’ex­po­si­tion « Mau­rice Ge­ne­voix, un hymne à la vie » qui re­trace le par­cours de l’écri­vain.

DES­TIN. Le pu­blic y re­trouve son oeuvre, sa jeu­nesse dans la com­mune, sa dou­lou­reuse ex­pé­rience de la guerre et son in­dé­fec­tible amour pour la Loire.

Quelle ci­té plus pro­pice que celle de sa jeu­nesse, et qu’il au­ra tant ai­mée, pour cé­lé­brer l’oeuvre et la mé­moire de Mau­rice Ge­ne­voix ? L’en­fant du pays (1890­1980) est donc, quelque part, un peu de re­tour chez lui, à Châ­teau­neuf, le temps de l’ex­po­si­tion (ou­verte) que lui consacre le char­mant Mu­sée de la ma­rine de Loire, dont l’écri­vain par­rai­na par ailleurs la nais­sance, au dé­but des an­nées 1960. On re­tien­dra ain­si, là­bas, le sou­ve­nir du lau­réat du Gon­court 1925 (pour

Ra­bo­liot), par le ma­nus­crit, la cor­res­pon­dance, la pho­to de fa­mille ou l’ef­fet per­son­nel, jus­qu’au 28 jan­vier. Mais que pro­pose de dé­cou­vrir, au juste, l’ex­po­si­tion « Mau­rice Ge­ne­voix, un hymne à la vie » ?

« Elle est ryth­mée par les grandes sé­quences de son exis­tence, sa jeu­nesse à Châ­teau­neuf, ses études au ly­cée Po­thier d’Or­léans, ses huit mois pas­sés au front de la Guerre 1914­18… », liste la di­rec­trice Au­drey Ma­dec. Mais en­core la nais­sance de l’écri­vain, son oeuvre, ses an­nées à l’Aca­dé­mie fran­çaise, ses voyages… Sans ou­blier le cha­pi­ tre de l’amour, im­mense, qu’il vouait à celle qui avait fi­ni par in­car­ner l’image de cette mère qu’il per­dait trop tôt : la Loire qu’il au­ra tant cé­lé­brée, à tra­vers ses ro­mans, poèmes et chan­sons…

Entre les murs du pe­tit mu­sée, à tra­vers les­quels on en­ten­drait presque cou­ler le fleuve juste der­rière, se dé­ploie à pré­sent une fra­gile et cou­ra­geuse ten­ta­tive de res­ti­tuer l’es­sence d’une vie. Sa for­mi­dable den­si­té, et pas que lit­té­raire… Celle de Ge­ne­voix, qui ar­rive donc, bam­bin, à Châ­teau­neuf, en 1891­92. « Il va à la ma­ter­nelle, que l’on ap­pe­lait “l’asile” à l’époque, pour­suit à l’école com­mu­nale… C’est ici que ce­lui qui ai­mait se dé­fi­nir “de ga­min brillant, mais in­sup­por­table”, dit avoir connu ses pre­miers chocs es­thé­tiques », ajoute la di­rec­trice, de­puis la vaste salle, à la mu­séo­gra­phie éga­le­ment fa­ta­le­ment tour­née vers la Grande guerre.

L’au­teur du Ro­man de Re­nard en fit l’ex­pé­rience. Ef­froyable. « Il est mo­bi­li­sé en 1914. Après une hé­ca­tombe d’of­fi­ciers, il est vite pro­mu lieu­te­nant, et com­mande une com­pa­gnie près de Ver­dun. » Dans la fu­reur, le sang et les larmes, ja­mais Ge­ne­voix ne ces­se­ra pour­tant de te­nir ce car­net de route tout contre son coeur. Ce­lui dont il ti­re­ra, plus tard, ses grands ré­cits de guerre

(Sous Ver­dun, La Boue…), tous réu­nis dans le re­cueil Ceux de

14, en 1949. Il ne doit donc sa sur­vie à la grande bou­che­rie qu’à ces trois balles, qui, en 1915, échouent à le tuer. Le sur­vi­vant dé­cide donc de ra­con­ter, « jus­qu’aux mor­ceaux de ses ca­ma­rades sur lui, après qu’une bombe a ex­plo­sé. Mais, vou­lant être le plus hon­nête pos­sible, ne ja­mais men­tir, ni af­fa­dir la réa­li­té, il se­ra cen­su­ré ». Le ré­cit « de sol­dats qui se dé­binent, ou dans la ter­reur », n’est en ef­fet guère de na­ture à mo­ti­ver les troupes, tou­jours au front.

Reste que Ge­ne­voix re­vient vivre à Châ­teau­neuf en 1919. Là où coule son fleuve bien­ai­mé. Et il écrit. Tou­jours. « Il a le sen­ti­ment d’at­teindre l’uni­ver­sel en par­lant de sa pe­tite pa­trie. » Comme à tra­vers Ré­mi des Rau

ches (1922) ou la Boîte à pêche, son pre­mier ro­man­poème pa­ru en 1926. Soit vingt ans avant son en­trée à l’Aca­dé­mie fran­çaise. Mais Ge­ne­voix l’Im­mor­tel, et à la vie très pa­ri­sienne dès les an­nées 50, est tou­jours re­ve­nu en sa pro­prié­té des Ver­nelles. Celle qu’il ache­tait en 1927 à Saint­De­nis­de­l’Hô­tel, grâce à l’ar­gent ga­gné avec Ra­bo­liot . « Il y avait sa vue sur la Loire ». Lui, l’Im­mor­tel face à l’éter­nelle.

Les balles et la cen­sure le frappent

PHO­TO ÉRIC MALOT

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