Al­ler­gique, un éco­lier vic­time du manque de mé­de­cins sco­laires

La République du Centre (Loiret) - - La Une - Jean-Bap­tiste Dos Ra­mos jean-bap­tiste.dos­ra­mos@cen­tre­france.com

Si la si­tua­tion à l’école de Mel­le­roy de­vrait bien­tôt trou­ver une is­sue po­si­tive, elle met en lu­mière le manque criant de mé­de­cins sco­laires à l’échelle du Loi­ret.

Na­than va­t­il pou­voir re­prendre une vie nor­male à l’école de Mel­le­roy ? Al­ler­gique à l’ara­chide, l’élève, âgé de 9 ans, bé­né­fi­ciait jus­qu’à cette an­née d’un amé­na­ge­ment dans le mi­lieu sco­laire. Ce Pro­jet d’ac­cueil per­son­na­li­sé (PAI) per­met­tait de mettre en place un pro­to­cole en cas d’in­ges­tion in­opi­née. Car la si­tua­tion peut en ef­fet vite dé­gé­né­rer : crise d’ur­ti­caire, en­fle­ment, gêne res­pi­ra­toire et, dans les cas de ré­ac­tion gé­né­ra­li­sée, un choc ana­phy­lac­tique pou­vant en­traî­ner la mort.

Pour évi­ter ces ex­tré­mi­tés, des com­pri­més an­ti­his­ta­mi­niques, de la ven­to­line et une se­ringue d’adré­na­line sont à la dis­po­si­tion de l’école. Sauf que cette an­née, le PAI de Na­than n’est pas en­core va­li­dé. Ce qui, d’un point de vue ju­ri­dique, pour­rait mettre son en­sei­gnant dans une pos­ture in­con­for­table puis­qu’en temps nor­mal, les per­son­nels sco­laires ne sont pas au­to­ri­sés à ad­mi­nis­trer le moindre trai­te­ment à un élève (voir en­ca­dré).

C’est ce qui a don­né lieu à des ten­sions entre la fa­mille de Na­ than et l’ins­ti­tu­teur, qui re­fu­sait d’en­ga­ger sa res­pon­sa­bi­li­té en cas d’ur­gence. Ju­lie, sa ma­man, a un temps craint que l’an­née sco­laire du gar­çon soit com­pro­ mise à cause d’un dif­fé­rend entre l’Édu­ca­tion na­tio­nale et l’en­sei­gnant. « On est une mau­vaise cible. C’est l’en­fant qui se re­trouve au mi­lieu de tout ça », se dé­sole­t­elle.

Alors même qu’il y a, de l’avis gé­né­ral, très peu de risques que Na­than se re­trouve dans une si­tua­tion d’ur­gence : comme l’ins­taure son PAI, il ap­porte chaque mi­di son pa­nier­re­pas à la can­tine.

Seuls quatre postes de mé­de­cins sur dix pour­vus

Le me­nu est confec­tion­né avec mi­nu­tie par la fa­mille : « De l’ara­chide, il y en a par­tout, dans tous les ali­ments pré­pa­rés. Les in­dus­triels se couvrent en in­di­quant que le pro­duit peut conte­nir des traces d’oeuf, d’ara­chide, ou de fruits à coque. On a ap­pris à lire les éti­quettes at­ten­ti­ve­ment », ex­plique la mère de fa­mille.

L’Ins­pec­tion d’aca­dé­mie re­con­naît un dé­lai « très long » pour la va­li­da­tion du PAI cette an­née, dû à la pé­nu­rie de mé­de­cins sco­laires dans le Loi­ret : « On a dix postes sur le dé­par­te­ment mais ac­tuel­le­ment seuls quatre sont pour­vus », ex­plique Sé­ve­rine Jégouzo, du se­cré­ta­riat gé­né­ral de l’ins­pec­tion d’aca­dé­mie Or­léans­Tours. Un centre mé­di­co­sco­laire existe à Mon­ tar­gis, tan­dis que ce­lui de Gien s’ap­prête à fer­mer ses portes. Cette pé­nu­rie est conforme à celle ob­ser­vée en France : il n’y au­rait qu’un mil­lier de mé­de­cins pour douze mil­lions d’éco­liers, col­lé­giens et ly­céens. La moi­tié des postes ne se­rait pas pour­vue.

Na­than, lui, de­vrait voir son pro­blème se ré­gler « dans les pro­chains jours », in­dique le se­cré­ta­riat gé­né­ral. Il au­ra fal­lu près de cinq mois de­puis le dé­but de l’an­née, pour que son dos­sier par­vienne dans les mains d’un mé­de­cin sco­laire.

PHO­TO D’ILLUSTRATION

ALI­MENTS. Comme de nombreux en­fants souf­frant d’al­ler­gie, Na­than doit ve­nir à la can­tine avec son pa­nier-re­pas ga­ran­ti « sans ara­chide ».

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