Dans la chambre de tous les es­poirs

La République du Centre (Loiret) - - Orléans / Vivre Sa Ville -

De­puis le mois de juin, l’an­cien éta­blis­se­ment hô­te­lier est de­ve­nu un point d’étape des ré­fu­giés. Ils y sé­journent dans l’at­tente d’une vie meilleure.

Son ho­ri­zon se li­mite, le plus sou­vent, aux murs de son centre d’hé­ber­ge­ment. Une pe­tite chambre amé­na­gée dans l’an­cien hô­tel For­mule 1 à Saint­Jean­de­Braye en bor­dure de la D 2152. À un souffle de la tan­gen­tielle.

An­ge­li­na, 35 ans, s’ima­gine un ave­nir meilleur. Beau­coup moins dou­lou­reux qu’en An­go­la. Un pays afri­cain quit­té en 2017 avec ses quatre en­fants. Elle n’a vi­si­ble­ment pas en­vie de dé­rou­ler le film des der­nières an­nées de sa vie. Elle peine à se pro­je­ter. « C’est une longue his­toire… », élude­t­elle, as­sise sur le lit, avec l’une de ses filles, Ani­cia, deux ans et de­mi, dans ses bras.

Une quin­zaine de na­tio­na­li­tés

« Les jour­nées sont un peu longues ». Elles sont sim­ple­ment ryth­mées par les ho­raires des sor­ties sco­laires. « Mes en­fants sont à l’école. Ils ap­prennent le fran­çais. Ça se passe bien. » Sept mois qu’elle re­cons­truit sa vie à Saint­Jean­deB­raye.

Elle n’est pas la seule. Dans les cou­loirs du centre d’hé­berge­ ment, 101 de­man­deurs d’asile. Neuf fa­milles, des couples sans en­fant, des femmes et des hommes seuls. « De­puis l’ou­ver­ture en juin der­nier, nous avons re­çu 160 per­sonnes », es­time Hé­lène Lan­chon, di­rec­trice d’hé­ber­ge­ment Ado­ma. Une quin­zaine de na­tio­na­li­tés co­ha­bite dans les 70 chambres de l’éta­blis­se­ment. « Nous avons des Af­ghans, des Soudanais, des So­ma­liens, des Al­ba­nais, des Tcha­diens, des An­go­lais… » Tous ont for­mu­lé des de­mandes d’asile ; tous es­pèrent que le sta­tut de ré­fu­gié politique leur se­ra ac­cor­dé. « 80 % d’entre ­ eux sont en pro­cé­dure Du­blin. Ce­la si­gni­fie que la France les prend en charge avant qu’ils ne se rendent dans un autre pays où ils ont dé­jà dé­po­sé une autre de­mande d’asile politique. »

Ici, dans le centre d’hé­ber­ge­ment, la vie s’est ins­tal­lée. Des pous­settes sont ran­gées dans les cou­loirs ; dans les sept cui­sines som­mai­re­ment amé­na­gées, les ré­si­dents se croisent. Dans les chambres, de­vant la té­lé­vi­sion, des ré­fu­giés dis­cutent. Ils nour­rissent, sans doute, les rêves les plus fous, entre deux cours de fran­çais dis­pen­sés par des as­so­cia­tions.

D’autres pro­fitent d’aides ex­té­rieures pour les dé­marches ad­mi­nis­tra­tives. Cer­tains ré­fu­giés, en pro­cé­dure Du­blin, sont contraints de se rendre plu­sieurs fois par se­maine au com­mis­sa­riat. « Ils sont as­si­gnés à ré­si­dence. Ils doivent poin­ter au com­mis­sa­riat pour mon­trer qu’ils n’ont pas quit­té le ter­ri­toire », jus­ti­fie la di­rec­trice de l’hé­ber­ge­ment. « Ce­la leur prend pas mal de temps. »

Le temps, jus­te­ment, s’étire len­te­ment entre les murs du centre abray­sien. « D’une ma­nière gé­né­rale, ça se passe bien. On veille à ce qu’une com­mu­nau­té ne prenne pas le des­sus sur une autre. De la so­li­da­ri­té existe. No­tam­ment pour les gardes d’en­fants. Vrai­ment, il n’y a pas de pro­blème. »

Pas plus, d’ailleurs, avec le voi­si­nage. Hé­lène Lan­chon le cer­ti­fie. Pour­tant, les pre­mières se­maines, l’ou­ver­ture de ce centre d’hé­ber­ge­ment pour les de­man­deurs d’asile a in­quié­té les ri­ve­rains. Les craintes ont ra­pi­de­ment été le­vées. Si bien qu’au­jourd’hui, « des voi­sins viennent dé­po­ser des livres, des vê­te­ments. »

Un geste ré­con­for­tant pour qu’An­ge­li­na et ses quatre en­fants re­trouvent le sou­rire. En at­ten­dant une nou­velle vie…

Ni­co­las Da Cun­ha ni­co­las.dacun­ha@cen­tre­france.com

An­ge­li­na, d’ori­gine an­go­laise, vit dans ce centre d’hé­ber­ge­ment avec ses quatre en­fants dont sa plus jeune fille, Ani­cia. PHO­TO PAS­CAL PROUST RÉ­FU­GIÉS.

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