Le com­bat d’un fils pour ob­te­nir des in­for­ma­tions sur le dé­cès de sa mère

Un sexa­gé­naire veut sa­voir comment sa mère, ac­cueillie en mai­son de re­traite à Amilly, est morte

La République du Centre (Loiret) - - La Une - Pas­cale Au­di­teau pas­cale.au­di­teau@cen­tre­france.com

Jeanne Bar­bo­tin est dé­cé­dée le 25 dé­cembre 2017. Son fils, Jean-Pierre, ba­taille pour ob­te­nir des dé­tails sur la mort de la vieille dame.

Ré­vol­té. C’est ain­si que se dé­fi­nit au­jourd’hui JeanPierre Bar­bo­tin, un sexa­gé­naire qui vient d’écrire pour la se­conde fois, en oc­tobre, à Bri­gitte Ma­cron, l’épouse du pré­sident de la Ré­pu­blique. Il a éga­le­ment sai­si l’Agence ré­gio­nale de San­té, le mi­nis­tère de la San­té et por­té plainte au­près du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique pour dis­si­mu­la­tion d’in­for­ma­tions suite à un dé­cès. Mar­di, il a été en­ten­du par les po­li­ciers du com­mis­sa­riat de sa ville.

De­puis 10 mois, cet ha­bi­tant de ré­gion pa­ri­sienne ne sou­haite qu’une seule chose : sa­voir dans quelles condi­tions sa mère, Jeanne, est dé­cé­dée, le 25 dé­cembre der­nier.

Celle­ci, âgée de 95 ans, avait in­té­gré l’USLD (uni­té de soins de longue du­rée) des Che­minsF­leu­ris, dé­pen­dant du Centre hos­pi­ta­lier de l’ag­glo­mé­ra­tion mon­tar­goise (CHAM), en fé­vrier 2017.

« C’est un com­bat pour la di­gni­té de ma mère que je mène »

Dans la nuit du 24 au 25 dé­cembre, deux mes­sages, éma­nant d’une per­sonne qui n’a pas ju­gé bon de dé­cli­ner son iden­ti­té, sont lais­sés sur le té­lé­phone por­table de Jean­Pierre Bar­bo­tin. « Sur le pre­mier, à 3 heures du ma­tin, on me dit “votre mère est en dé­tresse res­pi­ra­toire”. Sur le deuxième, lais­sé quelques mi­nutes plus tard, “votre mère est dé­cé­dée”. De­puis ce jour­là, je n’ai pas pu sa­voir comment et dans quelles condi­tions exactes elle était dé­cé­dée », re­late JeanPierre Bar­bo­tin.

Très proche de sa mère, il l’ap­pe­lait chaque jour, ce qu’il avait évi­dem­ment fait la veille, soir de Noël. Rien ne lais­sait pré­sa­ger à ce mo­ment­là que Jeanne Bar­bo­tin vi­vait ses der­niè­ res heures.

« Je sais bien qu’elle avait 95 ans et qu’elle était à la fin de sa vie. Je sais aus­si que ça ne chan­ge­ra rien : elle est par­tie main­te­nant. La seule chose que j’ai de­man­dée, c’est d’avoir son dos­sier mé­di­cal pour sa­voir ce qui s’est passé au mo­ment fi­nal », mar­tèle Jean­Pierre Bar­bo­tin.

Ce­lui­ci a l’in­time convic­tion que la vieille dame a eu un pro­blème en pleine nuit, qu’elle a ap­pe­lé mais que per­sonne n’est ve­nu. « Per­sonne n’a dai­gné ré­pondre à mes ques­tions, à part un mé­de­cin, ex­cé­dé, trois à quatre mois après les faits, qui m’a dit : “Mon­sieur, il faut que vous com­pre­niez que nous étions en pé­riode de fêtes, que c’était Noël et que votre mère était quand même très ma­lade.” Ma mère était âgée, mais elle n’a ja­mais été ma­lade. »

Avant le dé­cès de sa mère, Jean­Pierre Bar­bo­tin dit avoir dé­jà sou­le­vé une sé­rie de pro­blèmes. Il avait d’ailleurs été re­çu par des membres de la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment de­vant les­quels il avait évo­qué des vê­te­ments dis­pa­rais­sant fré­quem­ment, de même que des pro­duits d’hy­giène ap­por­tés ré­gu­liè­re­ment par la fa­mille…

« Neuf per­sonnes âgées sur dix sont dé­po­sées dans ce type d’éta­blis­se­ment comme des chiens au re­fuge, par des fa­milles qui ne viennent ja­mais les voir. Nous, on dé­ton­nait : on ap­pe­lait, on ve­nait sou­vent, même si on ha­bi­tait en ré­gion pa­ri­sienne, on ap­por­tait des fleurs. Au­jourd’hui, c’est un com­bat pour la di­gni­té de ma mère que je mène, pour la di­gni­té des per­sonnes âgées qui vivent dans cette mai­son. On vit dans un monde où il n’y a plus d’em­pa­thie. Je ne de­mande pas la lune, je veux juste un do­cu­ment qui me dise comment elle est morte », mar­tèle le re­trai­té, qui an­nonce qu’il ne bais­se­ra pas les bras tant qu’il n’au­ra pas ob­te­nu de ré­ponse.

DIF­FÉ­REND. Jean-Pierre Bar­bo­tin es­time que le CHAM lui doit des ré­ponses. La di­rec­tion de l’hô­pi­tal, elle, af­firme avoir fait le né­ces­saire.

DE­MANDE. Jean-Pierre Bar­bo­tin a écrit à Bri­gitte Ma­cron.

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