Le pro­jet ré­gio­nal de san­té re­fu­sé en bloc !

■ Le fu­tur plan 2018­2022 de l’Agence ré­gio­nale de san­té semble faire l’una­ni­mi­té contre lui

La République du Centre (Orleans) - - La Une - Da­vid Creff

■ CENTRE-VAL DE LOIRE. L’Agence ré­gio­nale de san­té consulte les col­lec­ti­vi­tés sur les ob­jec­tifs à me­ner entre 2018 et 2022. Le manque de moyens est poin­té du doigt.

■ HOS­TI­LI­TÉ. Mai­sons de san­té, at­trac­ti­vi­té mé­di­cale, moyens à l’hô­pi­tal… Le pro­jet de l’État n’est pas ju­gé adap­té et fait l’una­ni­mi­té contre lui.

Hier, le conseil éco­no­mique, so­cial et en­vi­ron­ne­men­tal ré­gio­nal (Ce­ser) a vo­té à l’una­ni­mi­té contre le plan san­té 2018-2022. La Ré­gion dev­rait l’imi­ter jeudi. Mais pour­quoi donc un tel re­jet des tra­vaux de l’Agence ré­gio­nale de san­té ?

Hier, pa­ra­doxa­le­ment, le coeur ma­lade de la san­té en Centre­Val de Loire bat­tait pour­tant fort dans et de­vant les murs du conseil ré­gio­nal, à Or­léans.

À l’heure où, de­puis l’hé­mi­cycle, le Ce­ser (*) s’ap­prê­tait à dire « non » (vote consul­ta­tif) au Pro­jet ré­gio­nal de san­té 2018­2022 (PRS 2). Et à l’heure où la CGT ve­nait, elle aus­si, contes­ter les pro­po­si­tions de l’Agence ré­gio­nale de san­té (lire ci­des­sous).

« Son ana­lyse glo­bale de la si­tua­tion est très juste, rien à re­dire », ad­met le rap­por­teur du PRS2 pour le Ce­ser, Do­mi­nique Sa­cher. C’est au ni­veau des pré­co­ni­sa­tions que ça coince. Celles ap­pli­quées à une ré­gion se trou­vant « dans une si­tua­tion ca­tas­tro­phique en terme de dé­mo­gra­phie mé­di­cale » (lire ci­des­sous).

Deux exemples : rien que dans le Loiret, quatre ser­vices hos­pi­ta­liers de mé­de­cine se­raient dé­sor­mais me­na­cés de fer­me­ture, « deux à Pi­thi­viers, un à Sul­ly­sur­Loire et un autre à Neu­ville­aux­Bois », croit sa­voir la CGT. Face à la pé­nu­rie de pro­fes­sion­nels de san­té et à des exi­gences tou­jours plus grandes de l’ARS en ma­tière de sé­cu­ri­té, il de­vien­drait de plus en plus dif­fi­cile pour cer­tains ser­vices de se main­te­nir.

Hier, le pré­sident Fran­çois Bon­neau pro­met­tait, lui aus­si, un vote de dé­fiance de l’exé­cu­tif ré­gio­ nal, vis­à­vis du PRS 2. Le « non » (un avis consul­ta­tif) dev­rait lo­gi­que­ment l’em­por­ter, jeudi, lors du vote en séance plé­nière.

« Contre les dé­serts mé­di­caux, il n’y a pas de dis­po­si­tif plus puis­sant que ce­lui des mai­sons de san­té plu­ri­dis­ci­pli­naires (MSP) que nous met­tons en place », es­time Fran­çois Bon­neau.

L’ob­jec­tif est d’avoir créé cent MSP dans la ré­gion, d’ici 2020. Pro­blème : le PRS2 condi­tion­ne­rait à pré­sent la nais­sance d’une MSP au fait qu’elle abrite au moins quatre mé­de­cins gé­né­ra­listes. Contre seule­ment deux au­jourd’hui. « C’est ir­réa­li­sable, an­ti­cipe Do­mi­nique Sa­cher. Où va­t­on al­ler les cher­cher ? »

« Pour­quoi une telle contrainte, ce han­di­cap sup­plé­men­taire ? », in­ter­roge à son tour Fran­çois Bon­neau. Si celle qui s’édi­fie ac­tuel­le­ment à Pi­thi­viers ne dev­rait pas en souf­frir (quatre gé­né­ra­listes au­raient été trou­vés), com­bien d’autres pro­jets de MSP risquent de pas­ser à la trappe ?

La fac de mé­de­cine trop ex­cen­trée ?

« Si en­core on aug­men­tait le nu­me­rus clau­sus ré­gio­nal, le pas­sant de 255 à 350 », ajoute Do­mi­nique Sa­cher, au nom du Ce­ser, qui pré­co­nise cette pe­tite ré­vo­lu­tion. « Il fau­drait, en fait, pou­voir for­mer une cen­taine de mé­de­cins sup­plé­men­taires par an. Au mi­ni­mum. » Et qui ir­ri­gue­raient en­fin l’est de la ré­gion. Au­tre­ment dit, le Cher et le Loiret, par­ti­cu­liè­re­ment tou­chés par la pé­nu­rie de mé­de­cins. Pour­quoi ? Parce que la fa­cul­té de mé­de­cine de Tours, à l’ouest, est beau­coup trop « ex­cen­trée », sou­ligne l’ARS.

Mais le Ce­ser rap­pelle qu’un contin­gent ré­gio­nal plus im­por­tant de jeunes mé­de­cins passe par la créa­tion d’une Paces à Or­léans. Au­tre­ment dit, d’une Pre­mière an­née com­mune des études de san­té, à la­quelle la fa­cul­té de mé­de­cine de Tours s’op­pose. Les re­la­tions sont com­pli­quées. Mais il existe d’autres facs de mé­de­cine, après tout. En ré­gion pa­ri­sienne… Et l’uni­ver­si­té d’Or­léans se tourne au­jourd’hui vers elles. Pour ten­ter de­main d’amor­cer une sor­tie, celle du Centre­Val de Loire, du grand dé­sert mé­di­cal qui le ca­rac­té­rise. ■

(*) Conseil éco­no­mique, so­cial et en­vi­ron­ne­men­tal ré­gio­nal.

Les pro­jets de mai­sons de san­té sont­ils me­na­cés ?

PHO­TO ÉRIC MA­LOT

PHO­TO CHRIS­TELLE GAUJARD

TROP PEU. En 2016, 33 mé­de­cins s’ins­tal­laient dans le Loiret. Trop peu. Ils étaient, cette même an­née, 106 à choi­sir l’Indre-et-Loire, où se si­tue la fa­cul­té de mé­de­cine.

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