Aux concours de pro­fes­seur, les femmes sont-elles avan­ta­gées?

La Recherche - - Actualités - Lu­cie Ron­dou

L’ana­lyse de ré­sul­tats de l’agré­ga­tion et du Capes montre qu’en ma­thé­ma­tiques, en phy­sique ou en phi­lo­so­phie, les can­di­dates ob­tiennent de meilleurs ré­sul­tats à l’oral qu’à l’écrit – où l’épreuve est ano­nyme.

n 1929, Si­mone de Beau­voir ar­rive deuxième au concours de l’agré­ga­tion de phi­lo­so­phie, der­rière Jean-Paul Sartre. Pour­tant, tout le monde s’ac­corde à dire que « LA phi­lo­sophe, c’était elle » (1). En 2015, les femmes ne re­pré­sentent tou­jours que 38 % des doc­teurs en sciences. Les ju­rys se­raient-ils plus sé­vères avec elles ? Une nou­velle étude (2) vient tordre le cou à cette idée re­çue. Tho­mas Bre­da et Mé­li­na Hillion, du CNRS et de l’École d’éco­no­mie de Paris, ont ana­ly­sé les ré­sul­tats de 100 000 can­di­dates aux concours du Capes et de l’agré­ga­tion, entre 2006 et 2013. Ré­sul­tat : dans les dis­ci­plines do­mi­nées par les hommes (sciences, tech­no­lo­gie et phi­lo­so­phie), les can­di­dates ob­tiennent en moyenne de meilleurs ré­sul­tats à l’oral (où leur iden­ti­té de genre est ap­pa­rente) qu’à l’écrit (où la co­pie est ano­nyme). Et plus elles sont sous-re­pré­sen­tées dans une dis­ci­pline, plus l’écart de notes entre l’écrit et l’oral est im­por­tant. En ma­thé­ma­tiques, où seule­ment 20 % des pro­fes­seurs agré­gés sont des femmes, « elles re­pré­sentent 27,9 % des re­cru­tés, mais leur pro­por­tion au­rait été en­core plus faible si le

Ere­cru­te­ment se fai­sait sur la base des seuls écrits (23,1 %) et plus éle­vée si seuls les oraux avaient été uti­li­sés pour éta­blir le clas­se­ment fi­nal (29,8 %) », rap­porte Tho­mas Bre­da. Comment ex­pli­quer ce biais ? « Les can­di­dates en phy­sique ou en ma­thé­ma­tiques vont à l’en­contre de l’ordre so­cial qui veut que les femmes soient en lit­té­ra­ture et les hommes en sciences. Peut-être les exa­mi­na­teurs ré­com­pensent-ils ce qu’ils iden­ti­fient comme le signe d’une mo­ti­va­tion su­pé­rieure. » Mais cette hy­po­thèse, nom­mée « ef­fet boo­me­rang », n’est pas pri­vi­lé­giée par les au­teurs. « Même s’il n’y a au­cune cer­ti­tude, nos ré­sul­tats sug­gèrent que c’est une vo­lon­té des exa­mi­na­teurs d’in­clure plus de femmes dans la dis­ci­pline, une sorte de vi­gi­lance ac­crue du fait de leur sous-re­pré­sen­ta­tion.»

GARE AUX FAUSSES PISTES

Et cet ef­fet se vé­ri­fie à tous les ni­veaux : lorsque les hommes oc­cupent la pre­mière place au clas­se­ment à l’is­sue des écrits, ils sont souvent dé­trô­nés par une femme aux oraux en ma­thé­ma­tiques, en phy­sique ou en phi­lo­so­phie, tan­dis que l’in­verse est vrai en lit­té­ra­ture et en langues étran­gères. « L’idée com­mune vou­drait que les femmes soient dis­cri­mi­nées de ma­nière ex­pli­cite et di­recte. C’est une fausse piste qui em­pêche d’iden­ti­fier les vrais pro­blèmes, mar­tèle Tho­mas Bre­da. Nous avons dé­mon­tré que les femmes ne sont pas dé­fa­vo­ri­sées par les ju­rys, c’est même l’in­verse ! » Se­lon les au­teurs, cette étude pour­rait ras­su­rer les jeunes femmes et les in­ci­ter à s’en­ga­ger da­van­tage dans les for­ma­tions scien­ti­fiques. Mais ils ont consta­té que ce biais est plus mar­qué au concours de l’agré­ga­tion qu’au Capes. Un éche­lon en des­sous, au concours de pro­fes­seur des écoles, il semble s’an­nu­ler. (1) (2)

Les ré­sul­tats de l’étude mettent en évi­dence une dis­cri­mi­na­tion po­si­tive à l’égard des can­di­dates, en sciences no­tam­ment.

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