L’an­cêtre des oi­seaux

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En re­cons­ti­tuant l’évo­lu­tion de la plume chez les di­no­saures, les pa­léon­to­logues dé­crivent éga­le­ment l’émer­gence des oi­seaux. Car cette idée n’est dé­sor­mais plus guère dis­cu­tée : l’an­cêtre des oi­seaux était bien un di­no­saure. Un di­no­saure à plumes, donc. Mais si la plume n’est plus l’apa­nage des oi­seaux, qu’est-ce qui les dis­tingue donc des di­no­saures ? « Leur ca­rac­té­ris­tique prin­ci­pale n’est pas la plume, mais plu­tôt la ca­pa­ci­té à vo­ler en bat­tant des ailes », pré­cise Éric Buf­fe­taut, pa­léon­to­logue à l’École nor­male su­pé­rieure de Paris. Cer­tains di­no­saures de­vaient sa­voir pla­ner, mais battre des ailes né­ces­site de nom­breuses adap­ta­tions. En 2014, l’équipe de Michael Lee, pa­léon­to­logue à l’uni­ver­si­té d’Adé­laïde, en Aus­tra­lie, a re­cen­sé toutes les adap­ta­tions né­ces­saires pour per­mettre aux di­no­saures de vo­ler (1). Elle en a comp­té… 1 549 ! Si l’al­lon­ge­ment des membres et l’ap­pa­ri­tion de plumes dignes de ce nom y fi­gurent en bonne place, on y trouve éga­le­ment de nom­breuses adap­ta­tions du sque­lette (un pied plus long et une che­ville plus souple pour al­lon­ger sa fou­lée, des os creux pour al­lé­ger le sque­lette, une queue plus courte et plus ri­gide, etc.) ; des adap­ta­tions mus­cu­laires (muscles pour battre les ailes, orien­ter la queue, etc.). Mais pour l’Aus­tra­lien, l’adap­ta­tion la plus ma­gis­trale fut la ré­duc­tion de taille. Car sans elle, ja­mais les pe­tits di­no­saures n’au­raient pu cou­rir avec lé­gè­re­té, grim­per aux arbres, glis­ser, tom­ber, pla­ner, et fi­na­le­ment… vo­ler. Le pre­mier oi­seau au­jourd’hui ré­per­to­rié dans les fos­siles est Ar­chaeop­te­ryx, un ani­mal me­su­rant en­vi­ron 60 cen­ti­mètres de long, ayant vécu à la fin du Ju­ras­sique, il y a 156 à 150 millions d’an­nées. Mais il était en­core très proche des di­no­saures. On se de­mande donc à quoi pou­vait res­sem­bler le vol de ces oi­seaux pri­mi­tifs. En 2014, Ch­ris­tian Foth, de l’uni­ver­si­té Lud­wig-Maxi­mi­lians de Mu­nich, a exa­mi­né les ailes d’un fos­sile d’ Ar­chaeop­te­ryx très bien conser­vé (2). Il montre que tout le corps, y com­pris les pattes, était cou­vert de plumes res­sem­blant à des plumes d’oi­seau mo­derne. La forme aé­ro­dy­na­mique des plumes de la queue semble co­hé­rente avec le vol, et le ra­chis des plumes des ailes se­rait suf­fi­sam­ment ri­gide pour ré­sis­ter aux forces exer­cées par l’air lorsque l’oi­seau bat des ailes. Mais bien loin des cli­chés vé­hi­cu­lés par les films et les des­sins ani­més, le vol de l’ Ar­chaeop­te­ryx était sans doute plus proche de la poule que de l’aigle ! (1) M.S.Y. Lee et al., Science, 345, 562, 2014. (2) C. Foth et al., Na­ture, 511, 79, 2014.

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