Pas de cer­veau, pas de sys­tème ner­veux cen­tral… et pour­tant, elles dorment?

Des tra­vaux me­nés en Ca­li­for­nie sur des mé­duses in­vitent la com­mu­nau­té scien­ti­fique à re­pen­ser le concept de som­meil.

La Recherche - - Actualités - Agnès Ver­net

Et si les mé­duses pou­vaient dor­mir ? Voi­là la ques­tion sur­pre­nante à la­quelle a ré­pon­du l’équipe de Lea Goen­to­ro, de l’Ins­ti­tut de tech­no­lo­gie de Ca­li­for­nie (1). On ré­serve gé­né­ra­le­ment le terme de som­meil aux ver­té­brés et à leur sys­tème ner­veux cen­tral. Les mé­duses n’en ont pas : elles pré­sentent un ré­seau de neu­rones dif­fus, sans noyau sus­cep­tible de contrô­ler l’en­semble. Pour­tant, leur com­por­te­ment de quies­cence laisse son­geur. En en­re­gis­trant les pul­sa­tions ver­ti­cales de l’om­brelle de mé­duses du genre Cas­sio­pea, les cher­cheurs amé­ri­cains ont me­su­ré, en moyenne, une contrac­tion par se­conde le jour. Ce mou­ve­ment par­ti­cipe à la cir­cu­la­tion des mé­ta­bo­lites ou au fil­trage ali­men­taire. Or, la nuit, sa fré­quence baisse d’en­vi­ron un tiers. Les mé­duses fonc­tionnent au ra­len­ti. De là à croire qu’elles dorment… Si c’est le cas, il est pos­sible de les réveiller. Pour le vé­ri­fier, un pro­to­cole ex­pé­ri­men­tal a été ima­gi­né. Les mé­duses sont pla­cées dans un cy­lindre de verre, fer­mé en bas par une grille sur la­quelle elles aiment se po­ser. Quand on abaisse brus­que­ment le cy­lindre, la mé­duse reste en sus­pen­sion à la même pro­fon­deur. On peut alors me­su­rer le temps qu’il lui faut pour re­trou­ver sa po­si­tion pré­fé­rée sur la grille. Ce temps est plus long la nuit que le jour. Du moins la pre­mière fois, car si on ré­itère l’opé­ra­tion, les temps sont si­mi­laires la nuit et le jour. En­fin, si les mé­duses dorment, les pri­ver de som­meil au­rait un ef­fet. En per­tur­bant cette phase noc­turne avec un pe­tit jet d’eau toutes les vingt mi­nutes, les mé­duses sont moins ac­tives le len­de­main ma­tin (d’en­vi­ron 17 %). Se­raient-elles fa­ti­guées ?

Ac­tion de la mé­la­to­nine

Mine de rien, cette ap­proche est ré­vo­lu­tion­naire. « Gé­né­ra­le­ment, on uti­lise les termes “phase de re­pos ” ou “d’in­ac­ti­vi­té” chez les in­ver­té­brés ma­rins », ex­plique Da­mien Tran, chro­no­bio­lo­giste à la sta­tion ma­rine d’Ar­ca­chon (CNRS, uni­ver­si­té de Bor­deaux). « Mais les cher­cheurs éta­blissent bien des com­por­te­ments as­so­ciés au som­meil. En plus, ils montrent une ac­tion de la mé­la­to­nine dans cette phase de quies­cence. C’est une mo­lé­cule clé pour la chro­no­bio­lo­gie des ver­té­brés. Ce­la va dans le sens du som­meil et d’un lien avec une hor­loge bio­lo­gique. » Cette dé­cou­verte d’un phé­no­mène res­sem­blant au­tant à du som­meil chez des ani­maux aus­si pri­mi­tifs que les mé­duses in­ter­roge. Qu’est-ce que le som­meil ? Quelle est sa fonc­tion sur les ani­maux aus­si an­ciens sur le plan évo­lu­tif ? Com­ment a-t-il évo­lué ? Quel est l’équi­pe­ment neu­ral mi­ni­mal re­quis pour dor­mir ? Tant de nou­velles ques­tions à ex­plo­rer… un rêve de scien­ti­fique !

Une mé­duse sur la voie de ce qui res­semble à du som­meil.

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