Yo­hann Cim­ba­ro

Chef du ser­vice Lutte contre les pres­sions pol­luantes, Of­fice de l’eau Réunion

La Revue des Collectivités Locales - - Dossier -

Outre-mer, les col­lec­ti­vi­tés lo­cales font face à de fortes contraintes géo­gra­phiques et dé­mo­gra­phiques. Les Of­fices de l’eau jouent un rôle ac­tif sur le ter­rain pour éva­luer la qua­li­té de l’as­sai­nis­se­ment et iden­ti­fier les ou­vrages à op­ti­mi­ser, comme en té­moigne le ser­vice de Lutte contre les pres­sions pol­luantes de l’Of­fice de l’Eau Réunion.

Quelles sont les pro­blé­ma­tiques spé­ci­fiques de La Réunion quant à l’au­to­sur­veillance ?

L’iso­le­ment de l’île, la to­po­gra­phie, le cli­mat tro­pi­cal gé­nèrent des contraintes phy­siques qui contri­buent à sur­en­ché­rir le coût de mise en oeuvre de l’as­sai­nis­se­ment et de l’au­to­sur­veillance. Par ailleurs, bien que l’en­semble des ré­seaux de col­lecte soit sé­pa­ra­tif, de très forts dé­bits de pointe sont me­su­rés ré­gu­liè­re­ment lors d’épi­sodes plu­vieux. L’au­to­sur­veillance est glo­ba­le­ment à mettre en oeuvre sur la grande ma­jo­ri­té des ré­seaux exis­tants avec des contraintes d’H S (sul­fure d’hy­dro­gène) im­por­tantes et une qua­si ab­sence de ré­fé­rence et d’ex­pé­rience lo­cale en la ma­tière.

qui re­joint le Rhône. Son ré­seau est ma­jo­ri­tai­re­ment uni­taire, gra­vi­taire et très ré­ac­tif par temps de pluie ; la ra­pi­di­té et l’in­ten­si­té des évé­ne­ments plu­vieux s’as­so­cient à des risques d’inon­da­tion ci­blés. « À l’is­sue de la réa­li­sa­tion d’un im­por­tant pro­gramme d’as­sai­nis­se­ment sur la ville, deux né­ces­si­tés sont ap­pa­rues : op­ti­mi­ser le fonc­tion­ne­ment des ré­seaux et de la sta­tion d’épu­ra­tion, et an­ti­ci­per les épi­sodes plu­vieux in­tenses », pré­sente Da­mien Ja­nand, di­rec­teur as­sai­nis­se­ment et ri­vières SaintÉ­tienne Mé­tro­pole (SEM).

« En tant qu’ex­ploi­tant du ré­seau, nous avions à dis­po­si­tion l’en­semble des don­nées exis­tantes grâce aux équi­pe­ments de diag­nos­tic per­ma­nent. Mais il n’y avait au­cun échange, au­cun dia­logue entre elles. Notre ob­jec­tif étant d’amé­lio­rer le trans­fert

Quelle stra­té­gie avez-vous mise en place pour y ré­pondre ?

Nous avons ini­tié une re­la­tion de tra­vail avec les dif­fé­rents ac­teurs concer­nés pour ex­pli­quer les chan­ge­ments en ma­tière d’au­to­sur­veillance. En­suite, des échanges bi­la­té­raux avec chaque col­lec­ti­vi­té ont per­mis d’ex­pli­quer la mé­tho­do­lo­gie en­vi­sa­gée et de dé­fi­nir en­semble les points d’au­to­sur­veillance à équi­per aus­si bien sur le ré­seau que sur le sys­tème de trai­te­ment. Ces ré-

L’iso­le­ment de l’île, la to­po­gra­phie, le cli­mat tro­pi­cal gé­nèrent des contraintes phy­siques.

unions ont été très en­ri­chis­santes et ont per­mis vé­ri­ta­ble­ment de lan­cer la ré­flexion.

Quelles dif­fi­cul­tés avez-vous ren­con­trées ?

L’ab­sence pour le mo­ment de « com­men­taires tech­niques » re­la­tifs à l’ar­rê­té, de guide na­tio­nal sur l’au­to­sur­veillance, de lo­gi­ciel d’ex­per­tise et de qua­li­fi­ca­tion des don­nées d’au­to­sur­veillance a conduit l’Of­fice de l’eau à in­no­ver, à re­dou­bler d’ef­forts pour syn­thé­ti­ser ce qui se fai­sait dans les agences de l’eau et à dé­ve­lop­per des

des ef­fluents en di­rec­tion de la sta­tion et de li­mi­ter les dé­ver­se­ments en cas d’inon­da­tion, nous avons mis en place In­flux™, un sys­tème de ges­tion dy­na­mique, où sont in­jec­tées les don­nées mé­téo­ro­lo­giques pour mo­dé­li­ser en temps réel le fonc­tion­ne­ment du ré­seau. Nous pou­vons ain­si an­ti­ci­per l’évé­ne­ment au moins une heure avant qu’il ne survienne et confi­gu­rer de ma­nière adap­tée les dif­fé­rents or­ganes pré­sents sur le ré­seau » , ex­plique Ber­nard Pa­lenc, res­pon­sable ex­ploi­ta­tion Suez Sté­pha­noise des eaux. Con­crè­te­ment, les don­nées contex­tuelles re­le­vées sont as­so­ciées aux pré­vi­sions mé­téo­ro­lo­giques et aux ré­sul­tats de mo­dé­li­sa­tion hy­drau­lique, puis l’ou­til pro­pose une stra­té­gie de ges­tion adap­tée au contexte opé­ra­tion­nel. Une équipe dé­diée ana­lyse et in­ter­prète ces in­for­ma­tions, elle mé­tho­do­lo­gies et des lo­gi­ciels en in­terne. Sur le ter­rain, nous avons été sur­pris de consta­ter que les pré­co­ni­sa­tions usuelles de pose des dé­bit­mètres et des pré­le­veurs n’étaient pas sou­vent res­pec­tées, no­tam­ment sur des ou­vrages li­vrés ré­cem­ment. En­fin, l’éloi­gne­ment de notre ter­ri­toire rend très dif­fi­cile l’ap­pro­vi­sion­ne­ment d’équi­pe­ment dans des dé­lais rai­son­nables, ce qui est pré­ju­di­ciable pour la qua­li­té de l’au­to­sur­veillance.

Quels bé­né­fices les col­lec­ti­vi­tés en re­tirent-elles ?

Outre l’ap­pré­cia­tion an­nuelle quant à l’ex­per­tise et la va­li­da­tion de l’au­to­sur­veillance, il s’agit de par­ta­ger et d’ac­com­pa­gner les col­lec­ti­vi­tés pour une meilleure ré­ac­ti­vi­té quant aux ac­tions à me­ner. L’au­to­sur­veillance est sou­vent per­çue comme une contrainte ré­gle­men­taire qui a pour prin­ci­pale consé­quence la clas­si­fi­ca­tion « ad­mi­nis­tra­tive » de confor­mi­té ou non du ré­seau de col­lecte, de la sta­tion et de l’ag­glo­mé­ra­tion d’as­sai­nis­se­ment. Le ren­for­ce­ment de­man­dé de l’au­to­sur­veillance ap­porte des connais­sances nou­velles sur le fonc­tion­ne­ment des ou­vrages ou sur l’im­pact d’évé­ne­ments plu­vieux, ai­dant ain­si les col­lec­ti­vi­tés à prio­ri­ser en­core da­van­tage leurs tra­vaux. •

peut re­prendre la main et in­ter­ve­nir. Les consignes op­ti­males sont en­suite trans­mises au­to­ma­ti­que­ment sur les sites des équi­pe­ments contrôlés. Un sui­vi des évé­ne­ments en cours est alors réa­li­sé, puis une ana­lyse post-évé­ne­men­tielle à par­tir des fonc­tion­na­li­tés de re­por­ting ain­si qu’une in­té­gra­tion dans les pro­cé­dures d’as­treinte.

« Le pro­jet, sou­te­nu par l’Agence de l’eau Loire-Bre­tagne, a été ra­pi­de­ment me­né puisque seuls 14 mois se sont écou­lés entre la prise de dé­ci­sion et la mise en oeuvre. Le groupe Suez avait dé­jà mis en place un sys­tème ana­logue à Bor­deaux et nous avons pu bé­né­fi­cier de cette ex­pé­rience pour la ville de Saint-Étienne, qui pré­sen­tait l’avan­tage d’une pro­blé­ma­tique plus simple », pré­cise Da­mien Ja­nand. Après deux ans de fonc-

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