Dossier

Eau po­table : ré­duire les consom­ma­tions

La Revue des Collectivités Locales - - Sommaire - Dossier réa­li­sé par Ch­loé Con­si­gny

Ré­duire les consom­ma­tions en eau po­table est au­jourd’hui de­ve­nu une né­ces­si­té en­vi­ron­ne­men­tale, mais éga­le­ment éco­no­mique. Dans cette chasse au gas­pi, les col­lec­ti­vi­tés lo­cales sont au pre­mier rang.

Ré­duire les consom­ma­tions en eau po­table est au­jourd’hui de­ve­nu une né­ces­si­té en­vi­ron­ne­men­tale, mais éga­le­ment éco­no­mique. Dans cette chasse au gas­pi, les col­lec­ti­vi­tés lo­cales sont au pre­mier rang. Outre des exi­gences de sur­veillance et de ren­de­ment des ré­seaux, elles doivent se faire le re­lais au­près de la po­pu­la­tion lo­cale, en mon­trant l’exemple d’une uti­li­sa­tion rai­son­née de la res­source. Réa­li­sa­tion de diag­nos­tics, sui­vi des consom­ma­tions, dé­tec­tion de fuites dans les ré­seaux ain­si qu’in­for­ma­tion et com­mu­ni­ca­tion au­près du grand pu­blic sont au­tant de mis­sions qui in­combent aux ser­vices « eau » des col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Avec à la clé, une meilleure dé­marche ci­toyenne et des éco­no­mies de coûts sou­vent non né­gli­geables.

Deux-mille, tel est le nombre quo­ti­dien de litres d’eau né­ces­saires pour faire vivre un être hu­main. Un chiffre qui com­prend no­tam­ment l’eau né­ces­saire à la chaîne agroa­li­men­taire qui le nour­rit. Par ailleurs et se­lon les chiffres de l’ONU, 89 % de la po­pu­la­tion mon­diale a ac­tuel­le­ment ac­cès à l’eau po­table, soit 6,1 mil­liards d’ha­bi­tants. Avec l’ac­crois­se­ment dé­mo­gra­phique, les ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales plaident pour une uti­li­sa­tion de la res­source en eau po­table plus rai­son­née. En France, c’est le Gre­nelle de l’en­vi­ron­ne­ment, sui­vi de la loi re­la­tive à la tran­si­tion éner­gé­tique pour la crois­sance verte qui portent ces exi­gences en ma­tière d’un usage rai­son­né de la res­source en eau po­table.

Agir sur les ré­seaux pour li­mi­ter les dé­per­di­tions

La loi Gre­nelle II im­pose ain­si aux col­lec­ti­vi­tés or­ga­ni­sa­trices des ser­vices d’eau po­table de nou­velles obli­ga­tions, tout en ins­tau­rant des in­ci­ta­tions fis­cales. Ain­si, au 31 dé­cembre 2013, l’en­semble des or­ga­nismes en charge des ser­vices eau ont l’obli­ga­tion de dis­po­ser d’un des­crip­tif dé­taillé des ou­vrages de trans­port et de dis­tri­bu­tion d’eau po­table. La loi sti­pule éga­le­ment la né­ces­si­té d’éta­blir un plan d’ac­tions en cas de ren­de­ment du ré­seau de dis­tri­bu­tion in­fé­rieur aux seuils fixés par dé­cret. Et de fait, de nom­breuses col­lec­ti­vi­tés sont concer­nées par cette amé- lio­ra­tion : se­lon les don­nées com­pi­lées par les agences de l’eau, un quart de l’eau pré­le­vée pour l’eau po­table n’ar­rive pas jus­qu’à l’usa­ger : elle est perdue à cause des fuites dans les ré­seaux.

Ain­si, por­tés par le cadre lé­gis­la­tif, les dif­fé­rents or­ga­nismes en charge de la dis­tri­bu­tion en eau po­table ont réa­li­sé leurs des­crip­tifs dé­taillés. À par­tir des dif­fé­rentes in­for­ma­tions col­lec­tées, les ser­vices ont éta­bli un plan d’en­semble ain­si qu’un in­ven­taire des ré­seaux (ma­té­riaux des ca­na­li­sa­tions, li­néaire to­tal et par tron­çon des ca­na­li­sa­tions, nombre de bran­che­ments de par­ti­cu­liers, ca­rac- té­ris­tiques de la res­source en eau mo­bi­li­sée…). Se­lon les textes, le des­crip­tif ne doit pas se can­ton­ner à un état des lieux, mais doit être an­nuel­le­ment com­plé­té et mis à jour en men­tion­nant les tra­vaux réa­li­sés sur les ré­seaux ain­si que les don­nées ac­quises du­rant l’an­née. La lé­gis­la­tion obli­geait éga­le­ment à réa­li­ser un plan d’ac­tion contre les fuites, avant la fin de l’an­née 2016. Ce plan d’ac­tion com­prend la liste des ac­tions en­vi­sa­gées : mise en oeuvre d’opé­ra­tions de ges­tion des fuites, cam­pagne de re­cherche, ges­tion des pres­sions, ré­no­va­tion ou rem­pla­ce­ment des ca­na­li­sa­tions, les plus fuyards… À la clé

pour les col­lec­ti­vi­tés, un meilleur ren­de­ment des ré­seaux et consé­quem­ment, des coûts moindres dans la ges­tion au quo­ti­dien. « Au­cune col­lec­ti­vi­té ne peut se per­mettre de tout chan­ger ! Pour au­tant, ne rien faire n’est pas la bonne ap­proche » , ex-

plique Jacques Mal­rieu, di­rec­teur ad­joint de l’Of­fice In­ter­na­tio­nal de l’eau, qui pour­suit : « Les ren­de­ments bas sont sou­vent liés à une mau­vaise ap­proche de dé­part. Par exemple, il n’est pas rare de voir des col­lec­ti­vi­tés qui, chaque an­née, in­ves­tissent dans le chan­ge­ment d’une ca­na­li­sa­tion sans pour au­tant ob­te­nir de meilleur ren­de­ment, sim­ple­ment parce que leur stra­té­gie glo­bale n’est pas ap­pro­priée. La mise en place d’une stra­té­gie de sur­veillance des ré­seaux va

Un quart de l’eau pré­le­vée pour l’eau po­table n’ar­rive pas jus­qu’à l’usa­ger.

per­mettre d’aug­men­ter les ren­de­ments de fa­çon très si­gni­fi­ca­tive, sans pour au­tant de­voir in­ves­tir da­van­tage ». Ain­si, sur des ré­seaux dont le ren­de­ment est in­fé­rieur à 60 %, une stra­té­gie de sur­veillance et de dé­tec­tion des fuites peut per­mettre d’at­teindre ra­pi­de­ment un ren­de­ment de l’ordre de 75, voire 85 %. Une sur­veillance qui, cou­plée à un in­ves­tis­se­ment pa­tri­mo­nial, peut abou­tir à des ré­sul­tats très pro­bants : « nous avons at­teint 89 % de ren­de­ments sur nos ré­seaux », ex­plique Jé­rôme Bor­to­li, di­rec­teur gé­né­ral de Ven­dée Eau, le ser­vice pu­blic qui or­ga­nise la dis­tri­bu­tion d’eau po­table en Ven­dée. Il ex­plique : « il s’agit là du meilleur ren­de­ment dé­par­te­men­tal fran­çais. Pour ce faire, nous me­nons une po­li­tique pa­tri­mo­niale très forte, avec 15 mil­lions d’eu­ros d’in­ves­tis­se­ments an­nuels des­ti­nés au re­nou­vel­le­ment du ré­seau ».

Le di­gi­tal au ser­vice d’une meilleure sur­veillance des ré­seaux

Sur la pro­blé­ma­tique de sur­veillance des ré­seaux, l’im­mer­sion du di­gi­tal per- met à pré­sent d’im­por­tantes avan­cées aux ser­vices tech­niques. « Les pertes d’eau viennent sou­vent du fait que les sys­tèmes de dis­tri­bu­tion ne sont pas sur­veillés. Le di­gi­tal va per­mettre d’ap­por­ter une ana­lyse en­core plus fine et plus adap­tée de ces me­sures. Au­jourd’hui, les smart grids font clai­re­ment par­tie de la so­lu­tion ! Ils sont de­ve­nus des équi­pe­ments in­dis­pen­sables » , ex­plique Jacques Mal­rieu. Un constat éga­le­ment par­ta­gé par les groupes dé­po­si­taires de dé­lé­ga­tions de ser­vices pu­blics : « sur l’eau, nous avons gé­né­ra­li­sé l’uti­li­sa­tion de comp­teurs in­tel­li­gents. Ceux-ci per­mettent le

sui­vi de la con­som­ma­tion en temps réel. Au to­tal, nous avons équi­pé plus de deux mil­lions de comp­teurs en Eu­rope. Ces dis­po­si­tifs nous per­mettent d’être beau­coup plus per­for­mants sur la ges­tion des ren­de­ments du ré­seau », pré­cise Phi­lippe Maillard, di­rec­teur gé­né­ral France Re­cy­clage et va­lo­ri­sa­tion chez Suez. Reste que la tech­no­lo­gie ne peut agir seule. Si une bonne sur­veillance des ré­seaux, cou­plée à la mise en place d’ou­tils spé­ci­fiques (mi­ti­geurs, double chasse et ré­glage des pres­sions) peuvent per­mettre de ré­duire les consom­ma­tions en eau po­table, le fac­teur hu­main de­meure dé­ter­mi­nant. Dans ce contexte, les vo­lets in­for­ma­tion et com­mu­ni­ca­tion sont par­tie in­té­grante d’une po­li­tique de ra­tio­na­li­sa­tion de la con­som­ma­tion d’eau po­table.

L’hu­main, au coeur de la dé­marche

C’est ain­si que le ter­ri­toire de la Ven­dée, via son ser­vice Ven­dée Eau, a mis en place une stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion à 360 de­grés : « nous avons re­cen­sé l’en­semble de nos connais­sances dans un guide pra­tique. Par ailleurs, l’opé­ra­tion “chaque goutte compte” (voir in­ter­view ci-contre, ndlr) a per­mis de sen­si­bi­li­ser les ac­teurs pu­blics à une ges­tion rai­son­née de la res­source. Nous avons par ailleurs mis en place une com­mu­ni­ca­tion à des­ti­na­tion du grand pu­blic par le biais de spots ra­dios. En­fin, nous sen­si­bi­li­sons les sco­laires via des jour­nées de for­ma­tion. Ain­si, en 2017, 150 écoles se­ront concer­nées par ce pro­gramme. Nous pro­po­sons éga­le­ment des cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion à des­ti­na­tion des ac­tifs et des agents com­mu­naux », ex­plique Jé­rôme Bor­to­li. Un tra­vail de fond, per­met­tant d’as­so­cier chaque ci­toyen à l’ef­fort col­lec­tif, mais qui a un coût : 100 000 € an­nuels dé­bour­sés par le dé­par­te­ment ven­déen. Ce né­ces­saire be­soin de pédagogie et de com­mu­ni­ca­tion est éga­le­ment par­ta­gé par l’Of­fice in­ter­na­tio­nal de l’eau qui est au­jourd’hui do­té de plu­sieurs mis­sions, par­mi les­quelles l’in­for­ma­tion et la for­ma­tion au­près des ser­vices tech­niques. « Nous réa­li­sons des mis­sions de for­ma­tion au­près des ser­vices tech­niques des col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Il s’agit de sen­si­bi­li­ser les agents à une ré­duc­tion des pertes en eau po­table. Ce type de jour­nées de for­ma­tions est dé­li­vré aux ser­vices et ré­seaux pu­blics, mais éga­le­ment aux en­tre­prises. Nous leur pro­po­sons de les ai­der à mettre en place des ac­tions concrètes afin de ré­duire les pertes en eau », ex­plique Jacques Mal­rieu. Des for­ma­tions qui peuvent s’étendre à trois quatre jours, se­lon les de­mandes des dif­fé­rents ac­teurs. À la clé pour les col­lec­ti­vi­tés : un in­ves­tis­se­ment glo­bal éche­lon­né dans le temps, per­met­tant in fine de ré­duire les coûts. •

In­ter­ven­tion sur un ré­seau d’eau po­table.

Des sys­tèmes de ges­tion per­mettent de li­mi­ter les consom­ma­tions d’eau liées à l’ar­ro­sage des es­paces verts.

Une fon­taine à eau dans un jar­din pu­blic pa­ri­sien.

Jé­rôme Bor­to­li, di­rec­teur gé­né­ral de Ven­dée Eau.

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