AL­TI­MÈTRES

La Revue des Montres - - RDM / SOMMAIRE - Texte : Joël Du­val

L’hor­lo­ge­rie prend de la hau­teur

Simples ins­tru­ments de poche avant la Pre­mière Guerre mon­diale, les pre­miers al­ti­mètres d’aé­ro­nefs ont par­ti­ci­pé à l’his­toire tré­pi­dante de l’avia­tion. Ces ins­tru­ments ont su évo­luer au gré des pro­grès aé­ro­nau­tiques et leur pré­ci­sion n’a rien à en­vier aux ac­tuels ap­pa­reils élec­tro­niques. Re­tour sur une conquête hor­lo­gère.

L’al­ti­mètre est l’ins­tru­ment de pré­ci­sion es­sen­tiel au pi­lote. L’his­toire de l’avia­tion a com­men­cé par le sou­ci de me­su­rer l’al­ti­tude prise.

La pré­ci­sion à la croi­sée des che­mins

La pré­ci­sion dans la me­sure du temps est de­ve­nue la préoc­cu­pa­tion ma­jeure du monde de l’hor­lo­ge­rie dès que la fa­bri­ca­tion in­dus­trielle s’est or­ga­ni­sée au­tour de ma­nu­fac­tures hor­lo­gères qui ont re­le­vé le double dé­fi de l’in­ter­chan­gea­bi­li­té des pièces et de la montre à ancre. Dès le mi­lieu du xixe siècle, les ma­nu­fac­tures pros­pèrent. En 1865, Georges Favre-ja­cot crée la sienne, et il n’a pas en­core idée, en le­vant les yeux vers les étoiles, que l’homme va phy­si­que­ment s’en rap­pro­cher et qu’il en se­ra l’un des ar­ti­sans les plus per­for­mants. Pa­ral­lè­le­ment à l’évo­lu­tion de l’in­dus­trie hor­lo­gère, l’homme s’in­té­resse à l’es­pace, et si son rêve ne re­joint pas en­core les pla­nètes et étoiles qu’ex­plorent les as­tro­nomes, ce sont dé­jà les pre­miers bal­bu­tie­ments de l’avia­tion. Après de nom­breux es­sais et re­cherches mé­ca­niques, les avions, on parle plu­tôt d’aé­ro­nefs après quelques cen­taines de mètres au-des­sus du sol, per­mettent, en 1909, à Louis Blé­riot de tra­ver­ser la Manche. Ze­nith ac­com­pagne l’évo­lu­tion de la conquête de l’air. Le su­jet in­té­resse per­son­nel­le­ment Georges Favre-ja­cot, tou­jours à l’af­fût de mo­der­ni­té, et son ne­veu James Favre qui lui suc­cède en 1911 sai­sit, comme son oncle, l’in­té­rêt à être pré­sent sur ce ter­rain. Rien d’éton­nant à ce que les pre­miers avia­teurs aient pu por­ter des montres Ze­nith ou vu sur le ta­bleau de bord de leurs avions, la marque s’af­fi­cher sur le ca­dran d’une hor­loge de bord. Louis Blé­riot di­ra même tout le bien qu’il pense de la marque du Locle. Très tôt, l’hor­lo­ge­rie ne se li­mite plus au seul be­soin en ins­tru­ments de pré­ci­sion, in­dis­pen­sables à l’évo­lu­tion de l’avia­tion. La grande guerre va ac­cé­lé­rer les pro­grammes mi­li­taires d’équi­pe­ment et Ze­nith ouvre alors un ate­lier dé­dié à la fa­bri­ca­tion des ba­ro­mètres et al­ti­mètres.

Des al­ti­mètres pour les ar­mées

Sou­vent en­core au dé­but de la guerre, les pi­lotes ont avec eux un al­ti­mètre de poche, dit « com­pen­sé », qui leur per­met, après avoir ajus­té au sol l’al­ti­tude de l’ins­tru­ment à celle de leur point de dé­part, de connaître en­suite leur al­ti­tude en vol à condi­tion que la pres­sion at­mo­sphé­rique de­meure stable. Ces pe­tits al­ti­mètres, ho­mo­lo­gués ou non par les ar­mées et gra­vés ou non du sceau du mi­nis­tère de la Guerre, ont va­leur d’ins­tru­ments de pré­ci­sion in­dis­pen­sables. Alors que les tout pre­miers al­ti­mètres sont fa­bri­qués par des op­ti­ciens ou des so­cié­tés très spé­cia­li­sées dans les ba­ro­mètres, les hor­lo­gers, au tout dé­but des an­nées 1910, voient dans ces ins­tru­ments de bord un dé­bou­ché in­té­res­sant. Le cré­neau s’avère d’au­tant plus pros­père que ce sont les ar­mées elles-mêmes qui, en­ga­geant de très nom­breux avions dans la guerre d’abord en re­pé­rage puis en com­bat, créent une de­mande ex­po­nen­tielle à la­quelle seuls des in­dus­triels peuvent ré­pondre. Conforme aux ca­hiers des charges des ar­mées, le ca­ta­logue Ze­nith pro­pose trois mo­dèles d’al­ti­mètres se­lon qu’ils sont des­ti­nés à l’ar­mée ou l’avia­tion ci­vile fran­çaise, an­glaise ou amé­ri­caine. Les al­ti­mètres Ze­nith et ceux de son concur­rent Ty­cos vont prendre place à bord de la plu­part des avions de la Royale Air Force lors de la Pre­mière Guerre mon­diale. La ver­sion des­ti­née à l’ar­mée an­glaise est do­tée, sur le fond, de la Broad Ar­row qui en signe la pro­prié­té. À la dif­fé­rence des pe­tits al­ti­mètres de poche, tout est étu­dié sur ces al­ti­mètres pour un

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