REN­CONTRE

Ins­tal­lée à Sion, en Suisse, l’ar­tiste peintre Ca­ro­line De­cham­by ne cesse d’ex­plo­rer des pistes créa­tives qui l’ont me­née jus­qu’à l’hor­lo­ge­rie. Elle lance sa nou­velle col­lec­tion Ate­lier : des pièces uniques, dont les ca­drans peints à la main re­prennent se

La Revue des Montres - - RDM / SOMMAIRE - Col­lec­tion Ate­lier, série de 25 pièces uniques : ar­gent 925/1000 po­li rho­dié, car­rure ser­tie de dia­mants d’un to­tal de 5,5 ca­rats loop clean, cou­ronne ser­tie de ca­bo­chon en sa­phir bleu, mouvement ETA 2892 au­to­ma­tique, bra­ce­let blanc en al­li­ga­tor, swiss ma

Ca­ro­line De­cham­by: de la toile au ca­dran

Comment êtes-vous ar­ri­vée à l’hor­lo­ge­rie ?

« J’étais ar­ri­vée à un mo­ment de mon par­cours ar­tis­tique où j’avais en­vie de me di­ver­si­fier et de faire vivre mes pein­tures au­tre­ment. J’ai donc créé Art & Luxu­ry Concept, où la pein­ture se dé­tache de la toile pour se mettre aux bras des femmes sous la forme d’une gamme en série li­mi­tée de sacs à main por­tés comme des épreuves d’ar­tiste, et de montres uniques haute cou­ture. Ain­si mon art pou­vait se pro­me­ner dans le monde, de­ve­nant art no­made. Pour les montres, l’en­jeu était de créer de nou­velles pein­tures à l’huile mi­nia­tures. Ce fai­sant, je re­trou­vais une tech­nique fa­mi­liale – ma mère était une mi­nia­tu­riste re­nom­mée. »

Etiez-vous dé­jà une pas­sion­née de montres ?

« Pas né­ces­sai­re­ment, mais j’ai tou­jours été in­tri­guée par le mi­lieu de l’hor­lo­ge­rie. Ce qui me frappe, c’est qu’il s’agit d’un mi­lieu es­sen­tiel­le­ment mas­cu­lin, où les pièces fé­mi­nines sont la plu­part du temps dé­ri­vées de mo­dèles conçus pour les hommes. En fait, j’étais pas­sion­née par le chal­lenge que re­pré­sente la créa­tion d’une montre femme conçue en­tiè­re­ment par une femme, avec toutes ses émo­tions et sa sen­si­bi­li­té. »

Comment s’est fait le choix du mo­dèle ?

« J’ai tou­jours ai­mé la forme ton­neau. De plus, elle se rap­proche beau­coup des di­men­sions que j’aime peindre et cor­res­pond à l’ef­fet ar­tis­tique que je re­cherche, puisque mes montres se rap­prochent de mes pein­tures. La taille de la montre, grande, s’ex­plique du fait que mes pein­tures le sont aus­si. »

Quelle est votre tech­nique pour la pein­ture des ca­drans ?

« J’ai une table horlogère dans mon ate­lier, avec un mi­cro­scope et une bonne lu­mière. Je peins mi­nu­tieu­se­ment le ca­dran avec de la pein­ture à l’huile, à l’aide de pin­ceaux très fins do­tés de quelques poils seule­ment. Pour chaque ca­dran, je passe six à sept couches très fines de pein­ture. Un ca­dran peut me prendre jus­qu’à deux mois de tra­vail, car la pein­ture né­ces­site d’im­por­tants temps de sé­chage. La der­nière couche est consti­tuée d’une laque pro­tec­trice, an­ti-ul­tra-vio­lets, afin de ga­ran­tir la pé­ren­ni­té de la pein­ture pour les cent pro­chaines an­nées… »

Vos sources d’ins­pi­ra­tion ?

« Ma pro­me­nade ma­ti­nale quo­ti­dienne dans la nature. Je me vide la tête et j’ab­sorbe toute la beau­té des pay­sages qui m’en­tourent, leurs cou­leurs, leurs formes. »

Com­bien avez-vous dé­jà pro­duit de montres ?

« Ac­tuel­le­ment, je tra­vaille à une col­lec­tion de 25 montres, toutes des pièces uniques, dont les pre­mières sont dé­jà ven­dues. J’en as­sure l’en­tière pro­duc­tion : j’ai tous les com­po­sants horlogers dans mon ate­lier. Pen­dant que je tra­vaille le ca­dran, la car­rure est ser­tie par un dia­man­taire sur me­sure, et dès que le ca­dran est prêt, je fais mon­ter la montre par un hor­lo­ger. À ce jour, j’ai réa­li­sé la moi­tié des montres. L’an­cienne col­lec­tion « Au­dace » comp­tait douze montres, éga­le­ment des pièces uniques, que je consi­dère vrai­ment comme de la haute cou­ture. Cette col­lec­tion m’a per­mis de faire ce que je fais au­jourd’hui. J’en ai, du reste, conser­vé deux pour moi. »

Vos pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment ?

« J’ai­me­rais dé­jà ter­mi­ner la col­lec­tion « Ate­lier », qui né­ces­site un im­mense tra­vail ; les montres sont de vé­ri­tables oeuvres d’art mi­nia­tures. »

Por­tez-vous tou­jours une montre ?

« Je porte en gé­né­ral ma montre haute cou­ture Rêve d’en­fant, mais je l’en­lève pour tra­vailler. En fait, je porte très peu de bi­joux, seule­ment ma montre. C’est cer­tai­ne­ment mon cô­té un peu mas­cu­lin. »

Un ad­jec­tif pour dé­fi­nir le temps ?

« Pour une ar­tiste, c’est le seul moyen de vivre dans le fu­tur, donc je di­rais “éter­nel”.

Montre Le Re­gard, col­lec­tion Ate­lier

L’ar­tiste Ca­ro­line De­cham­by dans son ate­lier.

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