DE BÉTHUNE : LE FU­TUR A UN NOM

Par­mi les créa­teurs in­dé­pen­dants réunis au sein de la ga­le­rie d’art hor­lo­ger Ek­so (*) fi­gure un nom quelque peu énig­ma­tique : De Béthune. Fon­dée en 2002, cette ma­nu­fac­ture s’est tou­jours at­ta­chée à bous­cu­ler l’ordre éta­bli et à dé­fri­cher de nou­velles pist

La Revue des Montres - - RDM WORLD / BOUTIQUES - Texte : Hervé Gallet

La for­mule est connue mais elle ré­sume par­fai­te­ment l’es­prit qui anime la mai­son De Béthune : « Ce n’est pas en cher­chant à amé­lio­rer la bou­gie que l’on a dé­cou­vert l’am­poule élec­trique. » De fait, c’est parce qu’ils rê­vaient d’ex­plo­rer de nou­velles pistes de ré­flexion horlogère que De­nis Fla­geol­let et Da­vid Za­net­ta ont fon­dé leur propre struc­ture en 2002. Le pre­mier avait quit­té la France pour s’ins­tal­ler en Suisse, où il avait sui­vi sa for­ma­tion avant de tra­vailler au cô­té de Mi­chel Par­mi­gia­ni. Pas­sion­né au­tant par les techniques an­ciennes que par les so­lu­tions qu’offre la haute tech­no­lo­gie, De­nis Fla­geol­let avait en­suite créé la so­cié­té Techniques hor­lo­gères ap­pli­quées, en com­pa­gnie d’un cer­tain Fran­çois-paul Journe. En­semble, ils avaient conçu nombre de pièces d’ex­cep­tion et dé­ve­lop­pé – ou re­mis au goût du jour – cer­taines complications my­thiques, comme les pen­dules sym­pa­thiques, les mouvements mys­té­rieux ou le ch­ro­no­graphe mo­no­pous­soir. Quand Fran­çois-paul Journe lance une mai­son por­tant son nom, De­nis Fla­geol­let suit, lui, une autre lo­gique. S’as­so­ciant cette fois avec Da­vid Za­net­ta, à la fois es­thète, vi­sion­naire et ex­pert en hor­lo­ge­rie an­cienne, il n’est plus ques­tion d’ac­co­ler leurs deux pa­tro­nymes, mais plu­tôt de trou­ver un nom ré­su­mant leurs va­leurs com­munes. Ils vont je­ter leur dé­vo­lu sur un

homme qui vé­cut de 1642 à 1732, Fran­çoi­san­ni­bal de Béthune, un aris­to­crate fran­çais, pe­tit-ne­veu de Sul­ly, en­tré dans l’his­toire comme mi­nistre d’hen­ri IV. À la fois of­fi­cier de la Ma­rine royale et pas­sion­né de mé­ca­nique, le che­va­lier de Béthune a lui aus­si lais­sé une trace his­to­rique, mais dans l’hor­lo­ge­rie cette fois, grâce à un sys­tème d’échap­pe­ment des­ti­né aux hor­loges. Par­mi ses autres faits d’arme fi­gure le fait d’avoir ac­cueilli Vol­taire en son châ­teau pen­dant la Ré­gence et de lui avoir in­cul­qué le goût de l’hor­lo­ge­rie.

Si­li­cium ou ti­tane po­li

Ain­si donc na­quit la ma­nu­fac­ture De Béthune en 2002, à L’au­ber­son, dans le Ju­ra suisse, à deux pas de la fron­tière fran­çaise. S’ils ne sont que trois col­la­bo­ra­teurs la pre­mière an­née, ils vont pas­ser à cinq douze mois plus tard pour se re­trou­ver à une quin­zaine au bout de deux ans. Un chiffre tou­jours d’ac­tua­li­té au­jourd’hui. « Nous avons été plus nom­breux à un mo­ment où nous pro­dui­sions 350 montres pas an, pré­cise De­nis Fla­geol­let. Mais nous avons vo­lon­tai­re­ment ra­me­né ce chiffre à une cen­taine de pièces an­nuelles, afin de nous concen­trer sur notre pro­jet ini­tial : créer des montres à par­tir de pages blanches, sur me­sure, en pe­tites quan­ti­tés, sans li­mites techniques ou es­thé­tiques. » Maî­tri­sant à la per­fec­tion toutes les complications hor­lo­gères, il ne dé­laisse son éta­bli que pour étu­dier de nou­velles so­lu­tions techniques ou tes­ter des ma­té­riaux in­édits. En quinze ans d’exis­tence, la mai­son De Béthune a conçu et réa­li­sé une tren­taine de mo­dèles de base dif­fé­rents, plus de 150 pièces uniques, sans ou­blier 24 ca­libres mai­son. « Notre force est de pou­voir ef­fec­tuer notre tra­vail de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment dans notre propre la­bo. Nous jux­ta­po­sons un tra­vail de ma­nu­fac­ture avec une or­ga­ni­sa­tion tech­nique ex­trême. » Uti­li­sa­tion du si­li­cium ou du ti­tane po­li, gra­vure côtes de Ge­nève sur le ca­dran, fa­bri­ca­tion de la cage de tourbillon la plus lé­gère du monde… De Béthune a joué les pionniers en de mul­tiples oc­ca­sions. De­nis Fla­geol­let a ain­si oeu­vré six an­nées pour conce­voir un tourbillon réel­le­ment adap­té à une montre-bra­ce­let, avec les contraintes de se­cousses et de mouvements qu’im­pose le por­ter au poi­gnet. Et sans se sou­cier du moindre as­pect mar­ke­ting. « Notre mis­sion est de dé­fri­cher de nou­velles pistes de ré­flexion pour l’hor­lo­ge­rie du fu­tur, même si nous sa­vons que d’autres mai­sons plus im­por­tantes nous imi­te­ront et les met­tront en oeuvre un jour. Mais ce rôle mo­teur nous plaît. Chez De Béthune, on cherche tou­jours, on teste tou­jours et on tra­vaille sur des pro­jets in­croyables. Ac­tuel­le­ment, nos ré­flexions portent sur une montre à son­ne­rie mais elles se si­tuent éga­le­ment dans le re­gistre de la re­cherche fon­da­men­tale, à pro­pos d’os­cil­la­teurs à haute fré­quence. » Ces mots sont du chi­nois pour vous ? Pour De­nis Fla­geol­let et son équipe, c’est du fu­tur. Ou plu­tôt du pré­sent…

DB25 World Tra­vel­ler / DB28 Maxi­chro­no

DB28 Kind of Blue / De­nis Fla­geol­let

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