LA GOUR­MAN­DISE DES ROUGES DU RHÔNE SUD

Vins de gas­tro­no­mie très ap­pré­ciés pour leur gour­man­dise, les meilleurs rouges du Rhône mé­ri­dio­nal sont au­jourd’hui re­con­nus pour leur fi­nesse. Aban­don­nant la tra­di­tion­nelle quête de puis­sance, de nom­breux vi­gne­rons prônent l’élé­gance et livrent des cu­vée

La Revue du Vin de France - - SUMMAIRE - Une en­quête et une dé­gus­ta­tion de Ro­ber­to Pe­tro­nio

Les ma­gni­fiques vins du sud de la val­lée du Rhône, gor­gés d’un fruit char­nel, s’in­vitent ai­sé­ment à nos re­pas quo­ti­diens tout en sa­chant briller sur des mets plus fes­tifs. En plus d’être pro­po­sés à des prix très at­trac­tifs, les vins du Rhône mé­ri­dio­nal ont ga­gné en qua­li­té de­puis les an­nées 90. Ce vaste vi­gnoble s’étend de­puis le sud de Mon­té­li­mar jus­qu’aux portes de Nîmes. Ici, les vins rouges naissent es­sen­tiel­le­ment du gre­nache. Ja­mais pur, il est as­sem­blé avec des cé­pages ré­pan­dus comme le mour­vèdre (ferme et droit), la sy­rah (au fruit frais et gé­né­reux), le cin­sault (cé­page d’une grande fi­nesse long­temps dé­lais­sé), et en­fin le ca­ri­gnan (rus­tique mais so­lide).

Les vins du Rhône sont of­fi­ciel­le­ment hié­rar­chi­sés en trois ca­té­go­ries. En ordre crois­sant, il y a le côtes-du-rhône, le côtes-du-rhône-villages (lire La RVF n° 578) et les crus. Pour ce dos­sier, nous nous sommes concen­trés sur cette der­nière ca­té­go­rie réunis­sant Gi­gon­das, Vac­quey­ras, Li­rac, hors Châ­teau­neuf-du-Pape. Nous y avons as­so­cié des villages d’ex­cep­tion, comme Cai­ranne, n’ayant pas en­core le titre de cru mais qui vous sur­pren­dront par leur belle per­son­na­li­té, ain­si qu’un vaste vi­gnoble au ca­rac­tère sin­gu­lier, le Lu­be­ron. Un mas­sif taillé pour les grands vins Non loin de Car­pen­tras se trouve l’un des plus beaux pay­sages vi­ti­coles de France : les Den­telles de Mont­mi­rail. Au pied de ce mas­sif, le vi­gnoble de Vac­quey­ras oc­cupe

une place de pre­mier plan. Nous avons dé­bu­té notre dé­gus­ta­tion par ce cru.

Sur ce ter­roir, les pro­duc­teurs ont mi­sé pen­dant long­temps sur des vins puis­sants, lais­sant par­fois de cô­té la fi­nesse. Seul le ma­gni­fique châ­teau des Tours d’Em­ma­nuel Reynaud (élu Vi­gne­ron de l’an­née 2015 par La RVF), im­plan­té dans le sec­teur de Sar­rians, livre une co­pie aus­si par­faite que ré­gu­lière. Mais au­jourd’hui, on constate avec bon­heur que ce vi­gnoble pro­duit des vins plus gra­cieux, sans perdre leur so­li­di­té ori­gi­nelle.

Notre dé­gus­ta­tion se pour­suit en tra­ver­sant l’Ou­vèze. Elle nous amène à Cai­ranne, un ter­roir hé­té­ro­gène qui ne bé­né­fi­cie pas en­core du titre de cru. Et pour­tant, la fi­nesse de ses vins est no­toire. Nous re­ve­nons en­suite vers les Den­telles où Gi­gon­das est pro­ba­ble­ment, après Châ­teau­neuf-duPape, le cru le plus pres­ti­gieux et le plus com­plexe du Rhône sud. Les dif­fé­rents ter­roirs iden­ti­fiés y sont re­mar­quables. Aux puis­sants vins is­sus du bas du vil­lage s’op­posent avec éclat les crus plus fins et dé­li­cats per­chés dans les hau­teurs des Den­telles, et ce même lorsque les vi­gne­rons pos­sèdent des par­celles du haut et du bas.

Puis, en lon­geant les Den­telles vers le nord, à Sa­blet et Sé­gu­ret, on voit émer­ger de grands vi­gne­rons dans les do­maines Jean Da­vid, Mour­chon, ou en­core au do­maine Fon­taine des Fées pour la jeune gé­né­ra­tion, avec des vins pos­sé­dant la car­rure de bien des crus, même s’ils n’en ont pas le titre.

2012, mil­lé­sime frais Conti­gu à Rasteau, Roaix est un ma­gni­fique ter­roir mé­con­nu, où les vins pos­sèdent une vraie per­son­na­li­té. Avec peu de caves par­ti­cu­lières, ce vi­gnoble a du mal à se faire un nom, la ma­jeure par­tie des rai­sins étant ven­due à la cave co­opé­ra­tive.

Mais là en­core, les choses évo­luent. For­mée au­près du cé­lèbre Mar­cel Ri­chaud (Cai­ranne) et im­plan­tée à Rasteau, Élo­die Balme contri­bue à la no­to­rié­té des vins de Roaix où elle pos­sède de belles vignes. Cette ta­len­tueuse vi­gne­ronne pense d’ailleurs que le vin de Roaix est plus ten­du et moins lourd que le rasteau pour le re­pas. Eh oui, même dans le sud, la jeune gé­né­ra­tion a soif de vins plus aé­riens !

Comme pour lui faire écho, Vincent De­lu­bac, vi­gne­ron à Cai­ranne, qui se ré­ga­lait au­tre­fois de vins so­lides et puis­sants, s’oriente au­jourd’hui vers la fi­nesse et l’in­ten­si­té. Il se pas­sionne même pour les bour­gognes ! Au Mou­lin de la Gar­dette, à 50 ans, Jean-Bap­tiste Meu­nier a éga­le­ment amor­cé un vi­rage à 180 de­grés suite au mil­lé­sime 2009 dont la ri­chesse lui était ap­pa­rue ex­ces­sive. Ses gra­cieux 2012 nous ont lit­té­ra­le­ment sé­duits alors qu’il a long­temps mi­sé sur des vins puis­sants et riches.

Notre dé­gus­ta­tion nous conduit en­suite vers Rasteau, ré­cem­ment pro­mu au rang de cru. Ce sont des vins très so­laires les an­nées chaudes, dont la so­li­di­té semble mise en avant avec la fraî­cheur du mil­lé­sime 2012.

En re­mon­tant vers le nord, on s’ache­mine à Vin­sobres, où les vins sont frais,

LES CONDI­TIONS

DE LA DÉ­GUS­TA­TION

Les vins, tous is­sus du mil­lé­sime 2012, ont été dé­gus­tés à Avi­gnon par Ro­ber­to Pe­tro­nio en dé­cembre 2014 pen­dant quatre jours, dans l’ordre pré­sen­té dans les pages sui­vantes. avec un fruit cro­quant. Les an­nées fraîches comme 2012, ils af­firment un ca­rac­tère en­core plus sep­ten­trio­nal, la sy­rah y étant très présente.

En pas­sant sur la rive droite du Rhône, non loin d’Avi­gnon, se trouve Li­rac. Une ap­pel­la­tion qui souffre à tort d’un dé­fi­cit d’image : c’est un cru élé­gant, avec des prix com­pé­ti­tifs, qui progresse d’an­née en an­née.

Nous avons choi­si de ter­mi­ner notre tour d’ho­ri­zon par le Lu­be­ron, un vi­gnoble qui at­tire au­jourd’hui de riches in­ves­tis­seurs, mais aus­si de ta­len­tueux vi­gne­rons comme Guillaume Gros, un an­cien som­me­lier, Syl­vain Mo­rey, ori­gi­naire de Chas­sagne-Mon­tra­chet, ou en­core l’his­to­rique châ­teau La Canorgue. Leurs vins ex­priment da­van­tage la pe­tite ri­gi­di­té de cer­tains crus pro­ven­çaux que la sen­sua­li­té rho­da­nienne, mais ils sont à suivre.

Quant au mil­lé­sime 2012, il donne des vins frais et di­gestes. C’est une an­née ra­fraî­chis­sante qui se bo­ni­fie­ra en cave pen­dant une bonne di­zaine d’an­nées sans sou­cis. Bonne dé­gus­ta­tion !

LE ROI GI­GON­DAS. Cer­né par les Den­telles de Mont­mi­rail, ce noble ter­roir offre cer­tai­ne­ment l’un des vins les plus com­plexes du

Rhône mé­ri­dio­nal.

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