Les condi­tions de la dé­gus­ta­tion

La Revue du Vin de France - - MAGAZINE -

À l’ou­ver­ture, il prend une note de pru­neau et de fond de veau, presque de cas­so­nade. Il évolue sur la tarte à l’orange. Sa bouche gui­dée par la puis­sance est pleine et in­tense. La den­si­té de son fruit sur­prend pour un aus­si pe­tit mil­lé­sime. Sa bouche en­core ser­rée nous in­ter­pelle car nous at­ten­dions plus de fi­nesse d’un Clos Saint-De­nis. Il évolue ce­pen­dant avec harmonie vers une note men­tho­lée. Le par­fum sub­til de ce ma­gni­fique vin évoque ce­lui d’une confi­se­rie, à la fois par sa dou­ceur et sa di­ver­si­té ol­fac­tive. D’un grand raf­fi­ne­ment, son nez en­voûte. Au mi­lieu des par­fums ter­tiaires, le fruit re­jaillit mais mé­ta­mor­pho­sé par les an­nées pas­sées en bou­teille. La bouche a beau­coup de vi­gueur et mal­gré sa sève, garde la forme élan­cée des Lam­brays. Ci­se­lé, très long, il tient sur la vi­va­ci­té d’une an­née dans la­quelle l’aci­di­té reste un mar­queur es­sen­tiel. Le style Chan­son semble dé­ter­mi­né par une chair im­por­tante avec, comme contre­poids, la belle vi­va­ci­té du mil­lé­sime. Le nez prend ici un par­fum de bis­cuit et évolue vers le cuir fin, la can­nelle et le bois pré­cieux. Sa vis­co­si­té laisse res­sur­gir une ma­tière onc­tueuse. Un Clos Saint-De­nis plus char­nu que fin. En re­vanche, il confirme une vraie fi­lia­tion dans le style Chan­son entre ce cru ache­té par Paul Chan­son en 1966 et les vins de Jean-Pierre Con­fu­ron. En 1947, les vi­gne­rons uti­li­saient sou­vent des pains de glace pour ra­fraî­chir la ven­dange. Ce cru vi­ni­fié par Ro­dier en a sans doute ti­ré bé­né­fice. Sa cou­leur sombre sur­prend. Le nez ex­hale un ma­gni­fique par­fum de boîte à épices. Il nous em­mène vers l’Orient tout en don­nant l’im­pres­sion d’une jeu­nesse éter­nelle. La bouche in­tense garde la fi­nesse du Clos des Lam­brays mais avec l’am­pleur d’un mil­lé­sime à la ri­chesse peu com­mune. Il évolue sur le cuir fin puis à l’air, il dis­tille des nuances plus fines. L’élé­gance reste la marque de ce grand ter­roir. D’après Jean-Pierre Con­fu­ron et Laurent Ponsot, avant la créa­tion des ap­pel­la­tions d’ori­gine, le Clos Saint-De­nis était ven­du sous la dé­no­mi­na­tion Bon­nesMares. Est-ce à dire que ce 1947 en est un ? Pas sûr. Dans ce comparatif, c’est pro­ba­ble­ment l’un des plus beaux vins de la mai­son Chan­son. Fi­ne­ment épi­cé mal­gré la ri­chesse du mil­lé­sime, il dé­livre une touche men­tho­lée qui donne un sen­ti­ment de fraî­cheur. Laurent Ponsot res­sent une plus forte amer­tume dans ce qu’il reste de ta­nin que dans le Clos des Lam­brays. Nous ne par­ta­geons pas cet avis, car sa bouche souple et fine est le fruit d’une belle ma­tu­ri­té. Le Clos des Lam­brays est l’un des rares crus ex­po­sés au nord, il capte la fraî­cheur qui pro­vient de la combe. Sa robe dé­voile une pro­fon­deur in­at­ten­due au vu de son âge. D’après les vi­gne­rons pré­sents lors de cette dé­gus­ta­tion (lire ci-des­sous), en 1945, seuls les grands crus ont pro­duit du vin. Au nez, il dé­ploie des arômes de sous-bois, de cham­pi­gnons type mo­rille, ce qui lui confère une ma­gni­fique com­plexi­té. Fruit om­ni­pré­sent. La bouche se montre d’une sua­vi­té ma­gni­fique. Dif­fi­cile d’évo­quer en­core le ta­nin car par la sou­plesse de sa tex­ture, ce cru pos­sède une grâce ab­so­lue. Un mythe à la hau­teur de sa ré­pu­ta­tion. C’est un 1945, et pour­tant : ce n’est sans doute pas la bou­teille la plus par­faite. Ce Bon­nesMares dé­livre néan­moins un équi­libre re­mar­quable même si le ta­nin est res­té un peu plus ferme dans cette bouche dense et concen­trée. Avec une touche plus mé­ri­dio­nale dans ses arômes, il s’op­pose à la sou­plesse res­sen­tie dans le Clos des Lam­brays. Sa droi­ture lui confère beau­coup de te­nue. Les vins ont été dé­gus­tés au do­maine des Lam­brays par Ro­ber­to Pe­tro­nio pour La RVF, Tier­ry Brouin et Ber­nard De­cot­ti­gnies pour le groupe LVMH, Jean-Pierre Con­fu­ron pour Chan­son Père et fls, Laurent Ponsot du do­maine Ponsot, Marie-Élo­die Zi­ghe­ra, oe­no­logue et vi­gne­ronne, et Franck Tor­tiller, mu­si­cien de jazz.

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