Un lis­trac griffŽ

La Revue du Vin de France - - MAGAZINE - Re­por­tage de Pierre Ca­sa­mayor

Ce cru bour­geois de Lis­trac dor­mait d’un som­meil pro­fond. Ja­dis ré­pu­té pour ses crus, le châ­teau Four­cas Hos­ten re­trouve éclat et am­bi­tion sous la hou­lette des frères Mom­mé­ja, grands ama­teurs de bor­deaux.

Le cru de Four­cas Hos­ten tire son nom du lieu-dit Four­cas et de ce­lui du sieur Hos­ten, pro­prié­taire des terres qui les cède en 1810 à la fa­mille de SaintAf­frique qui éta­bli­ra la no­to­rié­té du cru. Au gré des suc­ces­sions, les ac­tion­naires se mul­ti­plient, avec des né­go­ciants comme les Si­chel et de nom­breux Amé­ri­cains – 38 en 2006. À l’époque, le cru était gé­ré par Patrick Pa­gès de Four­cas Du­pré, son voi­sin, qui ai­de­ra les nou­veaux pro­prié­taires à prendre leurs marques.

Les frères Mom­mé­ja, Laurent et Renaud, re­pré­sentent la sixième gé­né­ra­tion de la fa­mille Her­mès. Nés dans la grande tra­di­tion du luxe, ils au­raient pu gé­rer tran­quille­ment une rente de si­tua­tion, mais c’était comp­ter sans leur vo­lon­té d’écrire leur propre his­toire. Grands ama­teurs de vins, éle­vés dans l’amour des grands bor­deaux – un amour ré­vé­lé en par­ti­cu­lier par un éblouis­sant Châ­teau Léoville Las Cases 1976 –, les deux frères cher­chaient à ache­ter un cru avec un bon po­ten­tiel de créa­tion. Non pas une de ces stars à la no­to­rié­té fgée dans le marbre, mais un do­maine avec un vrai chal­lenge. Sé­duits par la belle char­treuse du XVIIIe siècle et son parc clas­sé au coeur du vil­lage de Lis­trac, et tout près de son église ro­mane, ils per­çoivent son po­ten­tiel et s’en portent ac­qué­reurs en 2006. Le déf est de taille, Four­cas Hos­ten doit être re­struc­tu­ré. Après une phase d’ob­ser­va­tion, c’est le vi­gnoble qui fe­ra l’ob­jet de leurs eforts, puis les bâ­ti­ments se­ront res­tau­rés et com­plé­tés, le chai et les ins­tal­la­tions tech­niques se­ront com­plè­te­ment re­pen­sés.

À par­tir de 2010, pre­mière ven­dange dans le nou­veau chai, Ca­ro­line Ar­taud prend la di­rec­tion tech­nique du cru. OE­no­logue for­mée au centre de l’En­sat de Tou­louse, elle a fait ses dé­buts au châ­teau La Garde (Dourthe), à Pes­sac-Léo­gnan. Elle y vi­ni­fe­ra des rouges et des blancs sur les conseils de Michel Rol­land et Jean-Phi­lippe Faure. Après Émile Pey­naud, c’est Éric Bois­se­not qui conseille Four­cas Hos­ten, un gage de grand clas­si­cisme. Ca­ro­line a ain­si l’oc­ca­sion de faire une syn­thèse per­son­nelle entre les deux écoles, en par­ti­cu­lier sur le choix de la date de ven­dange.

Un ter­roir mé­ta­mor­pho­sé

Le ter­roir est bi­cé­phale, à parts égales : les 47 hec­tares se di­visent entre la zone du pla­teau de Lis­trac, sur des sols ar­gi­lo-cal­caires près de châ­teau Clarke, et le sec­teur du Four­cas, sur des graves fnes py­ré­néennes. L’en­cé­pa­ge­ment suit cette sec­to­ri­sa­tion : les mer­lots trou­ve­ront leur bon­heur sur le pla­teau, les ca­ber­net-sau­vi­gnon sur le Four­cas.

À l’ar­ri­vée des frères Mom­mé­ja, une étude pré­cise des sols du vi­gnoble a été ini­tiée avec le creu­se­ment de 65 fosses pour une ca­rac­té­ri­sa­tion par­cel­laire plus dé­taillée. Le vi­gnoble était vieillis­sant par en­droits, avec des vi­roses, de nom­breux man­quants, des

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