La vigne, un thème cher aux ar­tistes co­réens

La Revue du Vin de France - - PLANÈTE VIN -

’ a n n é e Fr a n c e - Co­rée 2015-2016 cé­lèbre en beau­té les 130 ans de re­la­tions di­plo­ma­tiques entre les deux pays. Le pu­blic dé­couvre, au Mu­sée Gui­met à Pa­ris et dans bien d’autres villes, la ri­chesse an­ces­trale et contem­po­raine des arts du “Pays du ma­tin calme”.

Éton­nante sur­prise que de pou­voir y contem­pler de nom­breuses re­pré­sen­ta­tions de sar­ments de vignes et de grappes de raisins, plus vrais que na­ture, su­jets de dé­cors d’an­tiques rou­leaux ou pan­neaux de pa­piers de soie, élé­ments cen­traux de des­sins à l’encre ou simples pour­tours d’es­tampes naï­ve­ment co­lo­rées. Pour les ar­tistes co­réens d’hier et d’au­jourd’hui, la vigne est un thème fé­dé­ra­teur.

LLes prix grimpent !

Long­temps chasse gar­dée des seuls col­lec­tion­neurs ou voya­geurs loin­tains, cette ci­vi­li­sa­tion asia­tique sé­duit un nou­veau pu­blic et ce­la n’a pas échap­pé aux com­mis­saires-pri­seurs. De­puis dix ans, les prix des cé­ra­miques et oeuvres pic­tu­rales co­réennes ne cessent de grim­per. Par­ti­cu­liè­re­ment celles pré­sen­tant des pay­sages na­tu­rels ou de simples élé­ments du règne vé­gé­tal, dont la feuille de vigne et la grappe de rai­sin.

En juin 2015, l’étude de maître Le Fur à Pa­ris of­frait l’oc­ca­sion d’ac­qué­rir un très jo­li pa­ravent si­gné à quatre feuilles de la pé­riode Jo­seon (1392-1897) pour 2 500 €, un prix en­core rai­son­nable. Bien que pré­sen­tant quelques pe­tits ac­ci­dents, le dé­cor peint de fleurs de lo­tus et de vignes grim­pantes lui fit trou­ver ai­sé­ment ac­qué­reur.

La vigne n’est pas en reste dans l’art contem­po­rain co­réen. Le mo­tif Hwa­jo­do (fleurs et oiseaux) est cher aux Co­réens eux-mêmes. Plantes et ani­maux de toutes sortes y co­ha­bitent har­mo­nieu­se­ment. Vignes, pru­niers, pê­chers en fleurs, pins s’al­lient avec fai­sans, ca­nards, grues, pa­pillons, abeilles et carpes. Le peintre Kim Yong­jin (1882-1968) en avait fait un point d’iden­ti­té. Le prix de ses oeuvres dé­passe au­jourd’hui les 1 500 dol­lars.

Une ques­tion de­meure, pour­quoi la per­ma­nence d’un tel in­té­rêt cultu­rel pour la vigne ? Se­lon les his­to­riens, la des­crip­tion écrite et ar­tis­tique de la vigne sur la pé­nin­sule re­mon­te­rait au XVIIe siècle, sous l’in­fluence de ma­nuels émis par les jé­suites ins­tal­lés alors en Chine et au Ja­pon. Tan­dis que la pre­mière in­tro­duc­tion de vin de rai­sin au­rait eu lieu entre les XIIIe et XIVe siècles, à l’époque de l’Em­pire mon­gol. Bois­son éli­tiste, le vin ins­pi­ra poètes et ar­tistes. À no­ter, la vi­ti­cul­ture pré­sente au­jourd’hui en Co­rée du Sud au­rait été in­tro­duite en 1901 à An­song, au sud de Séoul, par le père An­toine Gom­bert, des Mis­sions étran­gères de Pa­ris. Pa­ris-Séoul 2016, la boucle est ain­si bou­clée.

Jean-Bap­tiste Thial de Bordenave

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.