Le roi du liège veut éra­di­quer le goût de bou­chon

Amorim, nu­mé­ro un mon­dial du liège, lance une ga­ran­tie 100 % an­ti-TCA pour ses bou­chons haut de gamme. Une ré­vo­lu­tion pour les grands crus ?

La Revue du Vin de France - - EN PRIMEUR - L. De­zeustre (avec B. S.)

En ce dé­but d’an­née, An­to­nio Rios de Amorim est d’ex­cel­lente hu­meur. Le pa­tron de la mul­ti­na­tio­nale por­tu­gaise por­tant son nom, lea­der mon­dial du liège, lance une offre ré­vo­lu­tion­naire, ré­sul­tat de dix an­nées de re­cherches et 10 mil­lions d’eu­ros d’in­ves­tis­se­ments. Ob­jec­tif : re­don­ner un coup d’avance à son ac­ti­vi­té phare, les bou­chons pour le vin.

50 puis 100 mil­lions

ND­tech, c’est son nom, s’adresse aux vi­gne­rons haut de gamme ache­tant des bou­chons 100 % liège na­tu­rel (non re­cons­ti­tués). Amorim ga­ran­tit que les cu­vées bou­chées ND­tech vieilli­ront sans ja­mais dé­ve­lop­per le si­nistre “goût de bou­chon”, dû à une mo­lé­cule ap­pe­lée TCA, que les ama­teurs per­çoivent à par­tir d’une concen­tra­tion de 1,5 na­no­gramme par litre.

« Nous of­frons la cer­ti­tude à nos clients d’être à moins de 0,5 ng/l, un ni­veau qui n’est pas per­cep­tible. Cer­tains ac­teurs des grands vins nous disent avoir be­soin de cette sé­cu­ri­té ad­di­tion­nelle » , pré­cise An­to­nio Amorim.

Dans son QG de Por­to, Amorim a dé­ve­lop­pé un la­bo­ra­toire au­to­ma­tique ca­pable d’ana­ly­ser en pro­fon­deur 50 mil­lions de bou­chons cette an­née, puis 100 mil­lions l’an­née pro­chaine. De quoi sa­tis­faire un tiers de sa clien­tèle de grands crus et de vins icônes ca­pables de payer un sur­coût d’en­vi­ron 15 cen­times par uni­té ga­ran­tie. La somme n’est pas ri­di­cule : ces do­maines paient dé­jà entre 30 cen­times et 2 eu­ros pièce un bou­chon 100 % liège de haute qua­li­té.

« Au­jourd’hui, ces do­maines exigent le zé­ro dé­faut » , ex­plique An­to­nio Amorim. Les ama­teurs dé­pensent en ef­fet des for­tunes pour ache­ter des bou­teilles et les éle­ver en cave plu­sieurs an­nées. Pas ques­tion de les dé­ce­voir.

Certes, l’ini­tia­tive ne concerne pas l’im­mense masse des bou­chons pro­po­sés par le lea­der sur les autres seg­ments : Amorim vend an­nuel­le­ment 4,2 mil­liards d’uni­tés (sur un mar­ché mon­dial es­ti­mé à 11,5 mil­liards). Mais l’en­tre­prise a in­ves­ti plus de 120 mil­lions d’eu­ros de­puis la fin des an­nées 90 pour amé­lio­rer le pro­ces­sus de pro­duc­tion.

C’est le pa­ra­doxe du liège : bous­cu­lé pen­dant dix ans par les néo­bou­chons en plas­tique ou à vis, il a re­trou­vé un rôle ma­jeur, no­tam­ment avec l’ar­ri­vée de nou­veaux ac­teurs in­no­vants comme Diam, pre­mier à ima­gi­ner une so­lu­tion an­ti-TCA ef­fi­cace avec une re­cette de liège mai­son. Amorim, lui, tient à sa stra­té­gie de “liège na­tu­rel”, car « plus le vin est qua­li­ta­tif, plus le bou­chage doit être com­plexe » .

Coût de cette pro­tec­tion : 15 cen­times par bou­chon

An­to­nio Rios de Amorim a dé­jà ven­du sa so­lu­tion ND­tech à plu­sieurs très grands châ­teaux bor­de­lais et in­ter­na­tio­naux.

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