« Vous êtes trop gen­til avec la Bourgogne (et avec Bos­suet) ! »

La Revue du Vin de France - - L’ÉVÉNEMENT -

M. Pitte, je lis tou­jours avec at­ten­tion vos cri­tiques dans La RVF, mais j’ai­me­rais ici vous faire part de mes ob­ser­va­tions après lec­ture de votre Dic­tion­naire amou­reux de la Bourgogne (2015, Plon). S’agis­sant d’un “dic­tion­naire amou­reux”, il est par na­ture em­preint de fa­vo­ri­tisme et de par­tis-pris. Tou­te­fois, vous né­gli­gez que la Bourgogne a sou­vent tra­hi la France de­puis la Gaule et Jeanne d’Arc et ne s’est pas dis­tin­guée en 1939-1945 ! En re­vanche, vous avez l’avan­tage de mettre en avant la Ro­ma­née-Conti sans en faire “tout un plat”, re­con­nais­sant que la plu­part des Bour­gui­gnons et des Fran­çais n’en ont ja­mais bu et n’en boi­ront ja­mais. Je ne peux tou­te­fois pas vous suivre sur votre dé­ni­gre­ment du Mâ­con­nais, alors que vous ne dites mot sur la “pi­quette” d’Iran­cy ! Je vous soup­çonne d’être ca­tho­lique de tra­di­tion car vous sem­blez ai­mer le pom­peux, comme le dé­montrent vos louanges pour Bos­suet, ou­bliant qu’il a lut­té contre les Juifs, a re­fu­sé les pré­mices de la cri­tique his­to­rique et a confir­mé la mise à l’écart de l’An­cien Tes­ta­ment. Hen­ri Do­ron

do­ron.car­da­li­no@orange.fr

Cher mon­sieur, mer­ci de vos ai­mables re­marques et de vos pe­tits coups de griffe fi­na­le­ment sans mé­chan­ce­té. Je ne par­tage pas votre idée quant à la tra­hi­son de la France par les Bour­gui­gnons. Au mo­ment de la conquête ro­maine, il n’y avait pas de France et les Éduens ont ru­de­ment bien fait de se ral­lier à Rome après la dé­faite de cet aven­tu­rier de Ver­cin­gé­to­rix. Au Moyen Âge, ils ont cru pou­voir créer une autre construc­tion ter­ri­to­riale et un pays qui se­rait al­lé de l’At­lan­tique, de la Manche et de la Mer du Nord jus­qu’au Rhin, voire au-de­là. Elle au­rait d’ailleurs pu s’ap­pe­ler la France, puisque les ducs de Bourgogne étaient ca­pé­tiens, mais la ca­pi­tale en au­rait été Di­jon et ce pays au­rait pu pré­fi­gu­rer l’Eu­rope d’au­jourd’ hui. Le sort de Charles le Té­mé­raire et l’ ha­bi­le­té de Louis XI en ont dé­ci­dé au­tre­ment. Quant à la Se­conde Guerre mon­diale, vous êtes in­juste : il y a eu tant de ma­quis en Bourgogne (Hautes-Côtes, Mor­van, Mâ­con­nais…). Je dis par ailleurs grand bien de cer­tains vins du Mâ­con­nais, même si la ré­gion est pour moi une Belle au bois dor­mant qui reste à ré­veiller. Iran­cy ? Oui, il y en a de gou­leyants. Quant à Bos­suet, on ne touche pas au Mi­chel Ange de notre langue se­lon La­mar­tine, et on ne peut qu’ad­mi­rer un homme qui écrit : « Dieu se rit des hommes qui dé­plorent les ef­fets dont ils ché­rissent les causes » . À mé­di­ter dans la France d’au­jourd’ hui, y com­pris dans le monde vi­ti­cole. J.-R. Pitte

Au Moyen Âge, les Bour­gui­gnons ont cru pou­voir

créer une autre France.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.