Un mour­vèdre écla­tant de na­tu­rel

La Revue du Vin de France - - DÉGUSTATION -

Di­dier Bar­ral, fervent dé­fen­seur de la vie du sol, a fait rayon­ner ses choix dans tout le Lan­gue­doc et bien au-de­là. Des choix af­fi­nés au fil des mil­lé­simes. Ce vi­gne­ron a sus­ci­té de nom­breuses vo­ca­tions, fait ré­flé­chir de nom­breux col­lègues. À Fau­gères, c’est cette ap­proche “na­ture” qui en­gendre au­jourd’hui les vins les plus pas­sion­nants, au Clos Fan­tine ou au Mas d’Ale­zon par exemple. Coïn­ci­dence ? En­core beau­coup de vie. La pré­sence en bouche est ma­gni­fique, por­tée par une pointe de CO . Un rouge d’une fi­nesse qui évoque les meilleurs ban­dols. Va­li­nière, ba­sée sur le mour­vèdre, s’ins­crit dans la du­rée, livre un mes­sage pro­fond et com­plexe, comme en 2012, réus­site ma­jeure. 40 € (ca­vistes) ; fait dé­jà beau­coup... Le temps l’a ma­gni­fi­que­ment pa­ti­née. Le nez os­cille entre ta­bac, ta­pe­nade et pi­ments confits ; la ma­tière se montre ju­teuse, tou­jours très ve­lou­tée, cha­leu­reuse mais af­fi­née. Une vo­lup­tueuse et dé­ca­dente ca­resse. Très co­lo­ré, hy­per-concen­tré dans son re­gistre ré­glisse/vio­lette mais por­tant aus­si une marque vé­gé­tale forte (pe­tit pois, pi­ment vert). L’ex­pres­sion aro­ma­tique de­meure va­rié­tale. Ma­tière très four­nie, pour ce “vin-prouesse” riche en tout mais d’un équi­libre irréprochable. 26 € ; mil­lé­sime, 1992, frap­pait d’em­blée un grand coup. Il était en­core dé­li­cieux à la fin des an­nées 2000. Rare, comme son créa­teur Laurent Vaillé, ce vin d’Aniane est de­ve­nu un ob­jet de convoi­tise, d’au­tant que son style est com­pré­hen­sible par les grands ama­teurs ha­bi­tués aux mo­dèles rho­da­niens ou pro­ven­çaux, voire bour­gui­gnons. Por­teur de cette pré­cieuse culture des grands vins, Laurent Vaillé ne s’ins­crit pas dans l’aven­ture col­lec­tive de l’AOC Ter­rasses du Lar­zac, pour­tant son in­fluence est là, pré­gnante, dans les styles et dans les fi­lia­tions vi­gne­ronnes. Belle évo­lu­tion dans ce vin pro­fond, ini­tia­le­ment ca­cao­té, bâ­ti sur un fruit sombre et brillant à la fois, évo­quant la mûre et le cas­sis. Avec l’âge, il a pris des in­flexions de thé fu­mé et d’épices dé­li­cates, qui agré­mentent une longue sa­veur so­laire, par­ti­cu­liè­re­ment cha­toyante mais d’un équi­libre par­fait. As­sem­blage de sy­rah, de mour­vèdre et de ca­ber­net-sau­vi­gnon. Pré­sen­ta­tion tendre, pre­mier con­tact épi­cé par d’in­ha­bi­tuelles notes de san­tal et de car­da­mome. Une in­ter­pré­ta­tion en dé­li­ca­tesse, moins so­laire et ju­bi­la­toire que celle du mil­lé­sime précédent mais dé­jà com­plexe et dis­tin­guée – plus bour­gui­gnonne que rho­da­nienne. Léger manque d’épaules, pointe her­ba­cée in­sis­tante ? La fi­nale ré­pond par une lon­gueur épu­rée. Un vin conscient de son ta­lent. 90 € ;

DI­DIER BAR­RAL. Son tra­vail a ins­pi­ré de nom­breux vi­gne­rons

lan­gue­do­ciens.

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