En at­ten­dant les bor­deaux, le temps des ro­sés chics

DÈS QU’AF­FLEURENT LES NOTES DE BON­BON AN­GLAIS, DE GUI­MAUVE, D’APÉRICUBE, PAS­SEZ VOTRE CHE­MIN.

La Revue du Vin de France - - ÉDITO -

Le sou­rire d’Oli­vier Poels. La mine en­jouée de Phi­lippe Mau­range et de Pierre Ci­terne. Tous trois rentrent de Bor­deaux où ils ont ju­gé de la qua­li­té des 2015 en pri­meur. Le mil­lé­sime ef­face quatre an­nées maus­sades sur les berges de la Gi­ronde et de la Dor­dogne. En­fin !

Alexis Gou­jard et Pierre Vi­la Pal­le­ja, eux, rap­portent un pal­ma­rès sen­sa­tion­nel, les 60 plus beaux ro­sés de France.

Il y a des jours, comme ce­la, où l’on se sent guille­ret à La RVF. Fier des per­for­mances des vins fran­çais, de leur élé­gance, de leur ré­si­lience au fil des ans.

Les vins ro­sés par exemple, quel des­tin. Il y a quinze ans, ici même, le su­jet était éva­cué en dix lignes, avec le long sou­pir de l’in­for­tu­né ré­dac­teur char­gé de s’y col­ler. Au­jourd’hui, les ro­sés nous ap­prennent quelque chose d’es­sen­tiel sur le vin.

Qu’est-ce qu’un bon ro­sé ? Un vin qui sent le rai­sin. Comme pour toutes les choses im­por­tantes, la sim­pli­ci­té reste l’axe fon­da­men­tal. Un bon ro­sé, c’est d’abord du rai­sin avec des touches d’épices, de fruits rouges, de pe­tites baies.

À l’ama­teur exi­geant, le ro­sé offre une pa­lette d’ac­cords nuan­cés : un pou­let grillé et une bro­chette d’agneau n’ap­pellent pas le même ro­sé. Le pre­mier ré­clame un vin dé­li­cat, par exemple la cu­vée Co­rail de Ray­mond de Ville­neuve en Côtes de Pro­vence. Le gras de l’agneau ap­pelle, lui, un bandol ou un tavel au pro­fil plus puis­sant, plus vi­neux.

Le ro­sé a ses dé­fauts, l’hon­nête homme doit les connaître. La tech­no­lo­gie ne doit pas do­mi­ner dans le verre. Dès qu’af­fleurent au nez la si­gna­ture des vi­ni­fi­ca­tions à basse tem­pé­ra­ture et des le­vures exo­gènes, ces arômes de bon­bon an­glais, de gui­mauve, de pam­ple­mousse, de ba­nane sé­chée, « d’Apé

ri­cube » , s’amuse Oli­vier Pous­sier, mieux vaut pas­ser son tour. George Or­well l’a ra­con­té avec style, trop de tech­no­lo­gie tue le plai­sir. C’est aus­si va­lable pour le vin ro­sé. « Quand je pense que cer­tains pro­duc­teurs choi­sissent le pro­fil de leur ro­sé sur un nuan­cier de cou­leurs, ce­la me laisse pan­tois » , confie Oli­vier Pous­sier, in­las­sable pro­mo­teur des ca­ber­nets et ro­sés d’An­jou, ces de­mi-secs au na­tu­rel écla­tant.

En France, on a réus­si à faire croire au grand pu­blic que plus un ro­sé est pâle, moins il était al­coo­li­sé. C’est ri­di­cule. Les ro­sés à robe pâle ont une vo­ca­tion plus apé­ri­tive, mais ils sont aus­si riches en al­cool que les autres. À l’in­verse, comme le note Alexis Gou­jard, les ro­sés is­sus de ma­cé­ra­tion, plus co­lo­rés, offrent da­van­tage de ma­tière en bouche.

Le ro­sé ? Plus sa robe est claire, plus il craint la lu­mière dans sa bou­teille en verre non tein­té, comme le cham­pagne.

Le ro­sé ? On peut en dis­cu­ter à l’in­fi­ni, c’est aus­si à ce­la que l’on re­con­naît un grand vin.

À tous, bonnes dé­cou­vertes et ex­cel­lentes dé­gus­ta­tions.

DE­NIS SAVEROT di­rec­teur de la ré­dac­tion

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