La Sé­ré­nis­sime du mus­cat

Par­ta­gé entre deux ter­roirs de Beaumes-de-Ve­nise, ce do­maine his­to­rique est un spé­cia­liste du mus­cat. La fa­mille Cas­taud-Hall en tire un grand vin, au style struc­tu­ré mais per­son­nel, grâce à la part im­por­tante de mus­cat à pe­tits grains noirs.

La Revue du Vin de France - - ART DE VIVRE - Re­por­tage et dé­gus­ta­tion de Pierre Ca­sa­mayor. Pho­tos : Ch­ris­tophe Gril­hé

De l’an­ti­qui­té à nos jours... Bien­ve­nue au do­maine des Ber­nar­dins, an­cien vi­gnoble mo­nas­tique qui tire son nom de l’ordre épo­nyme. La tra­di­tion du mus­cat plonge ici pro­fon­dé­ment ses ra­cines dans notre his­toire, de Pline l’An­cien (23-79), qui en fai­sait dé­jà l’éloge, à Henri IV, qui n’hé­si­ta pas à com­mettre en son hon­neur quelques in­fi­dé­li­tés au ju­ran­çon, en pas­sant par les papes d’Avi­gnon qui en ser­vaient à leur table. Dans un monde mé­di­ter­ra­néen qui met­tait à l’hon­neur ce cé­page aro­ma­tique, ce­lui de “Balmes” était un des plus ré­pu­tés.

Au dé­but du XIXe siècle, c’est la fa­mille Cas­taud qui re­prend le flam­beau. La pro­prié­té est res­tée dans son gi­ron jus­qu’à nos jours. Par­mi les membres illustres de la fa­mille, il faut évi­dem­ment ci­ter Louis Cas­taud, l’ar­ti­san du clas­se­ment en AOC du mus­cat de Beaumes-de-Ve­nise en 1945. Suc­cé­dant à sa fille Re­née, sa pe­tite-fille Eli­sa­beth et son ma­ri An­drew Hall, au dé­li­cieux ac­cent bri­tish, pré­sident dé­sor­mais aux des­ti­nées du do­maine. Leur fils Ro­main, ar­rière-pe­tit-fils de Louis Cas­taud, en est l’oe­no­logue : l’ave­nir du mus­cat des Ber­nar­dins est sur les rails.

Deux vi­gnobles, deux ré­coltes

Le vi­gnoble est di­vi­sé en deux par­ties : une près du vil­lage de Beaumes, l’autre à Saint-Vé­ran. À Beaumes, le vi­gnoble des Ber­nar­dins est si­tué dans un am­phi­théâtre, sous les Den­telles de Mont­mi­rail. L’in­fluence de ce mas­sif sur le cli­mat est ma­jeure : les Den­telles ar­rêtent le mis­tral, ren­dant ce ter­roir par­ti­cu­liè­re­ment chaud pro­pice à la ma­tu­ra­tion des mus­cats. Ajou­tons qu’une ri­vière passe en son fond, la Sa­lette, à l’ori­gine d’un mi­cro­cli­mat par­ti­cu­lier qui oriente l’en­cé­pa­ge­ment. Les bois des col­lines ne peuvent être dé­fri­chés, car ils par­ti­cipent à l’éco­sys­tème cli­ma­to-bio­lo­gique de l’ap­pel­la­tion. De sur­croît, un grand nombre de haies a été plan­té, ain­si que des arbres frui­tiers (aman­diers ou câ­priers). L’ob­jec­tif de cet amé­na­ge­ment en bord de par­celle : re­cons­ti­tuer un bio­tope fa­vo­rable aux pré­da­teurs na­tu­rels. De­puis les ro­chers es­car­pés qui do­minent ce cirque, la vue sur ce pe­tit monde à part est im­pres­sion­nante. Rien d’éton­nant donc si cette ap­pel­la­tion pos­sède une telle iden­ti­té.

Le vi­gnoble de Saint-Vé­ran, lui, est ins­tal­lé sur une an­cienne ex­ploi­ta­tion de vers à soie (ma­gna­ne­rie). La sé­ri­cul­ture a pro­gres­si­ve­ment dis­pa­ru après la Se­conde Guerre mon­diale, et avec elle le mar­ché spé­cia­li­sé d’Avi­gnon, où les éle­veurs ven­daient leurs co­cons. Les sols du vi­gnoble de Saint-Vé­ran sont da­van­tage fer­ru­gi­neux, la roche mère plus proche. Les cal­caires y sont riches en fos­siles la­custres, et des sources amènent une fraî­cheur qui rend ce sec­teur plus tar­dif. Le sol ori­gi­nal, is­su d’une an­cienne dune sous-ma­rine du Mio­cène, com­porte des cal­caires tendres, les “saffres”, des sa­blo-cal­caires et des mol­lasses gré­seuses. Les ra­cines des vignes tra­versent fa­ci­le­ment ces couches pour at­teindre les marnes plus hu­mides du sous-sol, et ain­si s’ali­men­ter en eau, même en pé­riode de sé­che­resse.

Quant à l’en­cé­pa­ge­ment, contrai­re­ment aux mus­cats et au gre­nache, la sy­rah ou le mour­vèdre souffrent des pé­riodes sèches. Ces deux cé­pages ont donc été plan­tés près de la Sa­lette, sur une zone plus fraîche et hu­mide. La dif­fé­rence de pré­co­ci­té entre les deux vi­gnobles per­met d’éta­ler les ma­tu­ri­tés, et donc les ré­coltes.

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