Un ar­chi­pel de vignes aux portes de la Sologne

Des vins qui illus­trent les va­ria­tions du pay­sage et la per­son­na­li­té des dix cé­pages au­to­ri­sés, un illustre château royal qui s’ap­prête à re­joindre la famille. Au­tant de rai­sons de sa­tis­faire sa cu­rio­si­té…

La Revue du Vin de France - - ART DE VIVRE - Par So­phie de Sa­lettes

Les aires d’ap­pel­la­tion de Che­ver­ny et de Cour Che­ver­ny (1) s’étendent sur un pla­teau lé­gè­re­ment on­du­lé sur la rive gauche de la Loire, drai­né d’est en ouest par le Cos­son, le Beu­vron et leurs af­fluents. Mais pour dé­cou­vrir le vi­gnoble, il faut presque cher­cher les par­celles de vignes qui n’oc­cupent que cer­taines zones dis­per­sées entre les ri­vières et les mas­sifs fo­res­tiers.

Ces cours d’eau et ces fo­rêts ont une in­fluence sur le cli­mat océa­nique dé­gra­dé de la ré­gion. Il ap­pa­raît plus conti­nen­tal, plus sec et frais, no­tam­ment au cours de la pé­riode vé­gé­ta­tive de la vigne ( 2). Pa­ral­lè­le­ment, la fer­me­ture des pay­sages par des bois per­met de pro­té­ger les par­celles des vents du nord et de l’est, aug­men­tant ain­si la tem­pé­ra­ture am­biante au sein des îlots vi­ti­coles et fa­vo­ri­sant la ma­tu­ra­tion des baies.

Au nord de l’aire, le vi­gnoble est plan­té sur les sols fil­trants des hautes ter­rasses de la Loire. Au sud, il est présent sur les for­ma­tions de Sologne (sols sa­bleux à ar­gi­lo-sa­bleux sur ar­giles) et le cal­caire de Beauce (sols bruns cal­caires).

Du sable au cal­caire

Le pay­sage est pro­fon­dé­ment mar­qué par l’éro­sion de la Loire mais aus­si par celle des ri­vières so­lo­gnotes qui en­tame les sables jus­qu’à faire ponc­tuel­le­ment ap­pa­raître le cal­caire (Thou­ry, Bra­cieux,

Cour Che­ver­ny…). « Dans la ré­gion de Huis­seau-sur-Cos­son et Cel­lettes, les pla­teaux voi­sins du Cos­son et du Beu­vron ne sont plus que des tables cal­caires re­vê­tues de minces couches de sables de Sologne » , écri­vait le géo­graphe Ro­ger Dion, spé­cia­liste des pay­sages vi­ti­coles.

Ain­si, se­lon le de­gré d’éro­sion des for­ma­tions géo­lo­giques, le po­ten­tiel vi­ti­cole des par­celles et no­tam­ment leur ca­pa­ci­té de ré­serve hy­drique et de drai­nage va­rient de fa­çon im­por­tante. Les plus belles par­celles de l’AOP sont sou­vent as­so­ciées à des som­mets de croupes, des pentes bien ex­po­sées ou des af­fleu­re­ments lo­ca­li­sés. Elles peuvent pré­sen­ter des sols de si­lex, des sables gra­ve­leux de ter­rasses, des sols ar­gi­lo-cal­caires, ou en­core des sols ar­gi­lo-li­mo­neux bien drai­nés.

Cette mo­saïque de ter­roirs per­met d’im­plan­ter plu­sieurs cé­pages et d’en ré­vé­ler di­verses ex­pres­sions. Le ro­mo­ran­tin est un cé­page fer­tile qui af­fec­tionne les sols sa­bleux et pauvres de Sologne. Pour au­tant, ils ne doivent pas être trop secs sous peine de voir la ma­tu­ra­tion des rai­sins se blo­quer. Ce cé­page à l’aci­di­té mar­quée donne les vins blancs de Cour Che­ver­ny. « C’est un cé­page dont il faut maî­tri­ser le ren­de­ment et un vin qu’il faut sa­voir at­tendre, sou­ligne Mi­chel Gen­drier (Do­maine des Huards), vi­gne­ron et pré­sident de l’ODG. Ses arômes pri­maires sont simples, mais ses arômes se­con­daires marquent sa per­son­na­li­té. C’est un vin in­tro­ver­ti qui se ré­vèle avec le temps ! »

Le ro­mo­ran­tin, un cé­page rare

La pa­lette de par­celles et les di­verses gé­né­ra­tions de vignes du do­maine des Huards per­mettent à Mi­chel Gen­drier d’éla­bo­rer trois vins de ro­mo­ran­tin, deux secs et un de­mi-sec. Un cé­page rare qui lui tient par­ti­cu­liè­re­ment à coeur. « L’his­toire de notre do­maine est étroi­te­ment liée à ce cé­page comme en té­moignent nos plus vieilles vignes qui datent de 1922. »

ICI, LA MO­SAÏQUE DES TER­ROIRS A PER­MIS D’IM­PLAN­TER DIX CÉ­PAGES.

Les vins blancs de l’ap­pel­la­tion Che­ver­ny sont is­sus des cé­pages prin­ci­paux (60 à 84 % de l’en­cé­pa­ge­ment) sau­vi­gnons blanc et gris et des cé­pages com­plé­men­taires char­don­nay, che­nin et or­bois. Les vins rouges et ro­sés sont is­sus du cé­page prin­ci­pal pi­not noir (60 à 84 % de l’en­cé­pa­ge­ment), du cé­page com­plé­men­taire ga­may (16 % mi­ni­mum) et des cé­pages ac­ces­soires ca­ber­net franc et cot (moins de 10 % pour les rouges et moins de 25 % pour les ro­sés). Les vins blancs de l’ap­pel­la­tion Cour Che­ver­ny sont ex­clu­si­ve­ment is­sus du cé­page ro­mo­ran­tin.

l’en­cé­pa­ge­ment et ce­la de­vrait pro­chai­ne­ment mon­ter à 95 %.

L’his­toire du vi­gnoble de Che­ver­ny conti­nue à s’écrire. Et de­puis quelques an­nées, elle s’écrit aus­si à Cham­bord… Le vi­gnoble du clos his­to­rique de l’Or­me­trou est re­plan­té de­puis 2005 tan­dis que l’Inao se pré­pare à of­fi­cia­li­ser l’en­trée de cette zone dans l’ap­pel­la­tion Che­ver­ny (2019). Ro­mo­ran­tin, pi­not noir, or­bois, ga­may et sau­vi­gnon ont dé­jà trou­vé leur place dans le jar­din du cé­lèbre château : quatre hec­tares de pi­not noir sur la par­tie la plus ar­gi­leuse du clos, quatre hec­tares de ro­mo­ran­tin sur une bande plus sa­bleuse, grâce, no­tam­ment, à l’in­sis­tance d’un cer­tain Hen­ry Ma­rion­net, ar­dent dé­fen­seur du ro­mo­ran­tin ! « Nous au­rons plan­té 14 hec­tares cette an­née : les six hec­tares du clos his­to­rique et les huit hec­tares qui l’en­tourent. Dans un deuxième temps, nous plan­te­rons quatre hec­tares si­tués au sud du clos » , ex­plique Pascal Thé­vard, di­rec­teur des bâ­ti­ments et jar­dins et res­pon­sable de l’ex­ploi­ta­tion vi­ti­cole de Cham­bord.

Mais si cette aven­ture royale montre que les AOP sont vi­vantes, elle sou­ligne aus­si à quel point elles sont ri­gides ! Car si un vin blanc de ro­mo­ran­tin, ain­si qu’un vin blanc et un vin rouge d’as­sem­blage ver­ront bien le jour à Cham­bord en 2019, seuls les vins d’as­sem­blage au­ront droit à une AOP. En ef­fet, n’ont été clas­sées au mo­ment de la créa­tion de l’AOC Cour Che­ver­ny que les par­celles plan­tées en ro­mo­ran­tin et non toutes les par­celles sa­bleuses de Che­ver­ny. Ain­si, au­jourd’hui, Cham­bord ne peut ob­te­nir l’AOP Cour Che­ver­ny. Le château va donc se re­trou­ver dans la même si­tua­tion que cer­tains vi­gne­rons de Che­ver­ny qui font de leur ro­mo­ran­tin un vin de France.

Pour ne pas perdre le fil, rap­pe­lons que le ro­mo­ran­tin, cé­page unique de l’AOP Cour Che­ver­ny, n’est pas au­to­ri­sé en AOP Che­ver­ny. On peut éven­tuel­le­ment com­prendre l’exis­tence de deux ap­pel­la­tions qui doit per­mettre de dis­tin­guer les vins blancs de Che­ver­ny et ceux de Cour Che­ver­ny, aux ca­rac­tères bien dis­tincts. Mais com­ment com­prendre que de belles par­celles sa­bleuses de Che­ver­ny ne puissent don­ner du ro­mo­ran­tin Cour Che­ver­ny ? Pas de lo­gique de ter­roir ici, mais plu­tôt un noeud ad­mi­nis­tra­tif. Es­pé­rons qu’il se dé­lie. En at­ten­dant, le ro­mo­ran­tin de Cham­bord comme ce­lui de Mi­chel Que­nioux se­ra un vin de France. Tant mieux pour les VDF. Tant pis pour l’AOP Cour Che­ver­ny !

(1) L’AOP Cour Che­ver­ny ré­ser­vée au cé­page ro­mo­ran­tin est plus ré­duite que la zone Che­ver­ny dans la­quelle sont plan­tés les autres cé­pages du vi­gnoble.

(2) Plu­vio­mé­trie an­nuelle moyenne : 640 mm.

L’HIS­TOIRE DU VI­GNOBLE DE CHE­VER­NY CONTI­NUE À S’ÉCRIRE AVEC CHAM­BORD.

Sau­vi­gnon blanc

En 2019, le château de Cham­bord fê­te­ra ses 500 ans, ain­si que ses premières ven­danges de­puis la re­plan­ta­tion de son clos his­to­rique.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.