À 16 et 17 ans, An­na et Tris­tan comptent par­mi les plus jeunes por­te­dra­peaux de France

La Ruche - - LA UNE - GÉ­RAL­DINE SELLÈS ge­ral­dine.selles@cen­tre­france.com

À res­pec­ti­ve­ment 17 et 16 ans, Tris­tan De­ma­ret et An­na Guer­re­ro font par­tie des plus jeunes porte-dra­peaux de France. À la veille du 11-No­vembre, ils ex­pliquent les mo­ti­va­tions qui les ont pous­sés à en­dos­ser ce rôle. Entre an­crage fa­mi­lial et de­voir de mé­moire.

Ils ont 33 ans à eux deux. Et au­cun n’a connu la guerre. Pour­tant, lors de chaque com­mé­mo­ra­tion, ils en­dossent leur uni­forme, coiffent leur ca­lot et s’har­nachent pour por­ter haut le bleu­blanc­rouge de leur dra­peau. An­na Gu e r re r o, tout juste 16 ans, est de­puis quelques mois la nou­velle porte­dra­peau de la Fna­ca du Bas­sin. Tris­tan De­ma­ret, à peine un an de plus qu’elle, as­sure cette mis­sion de­puis dé­jà trois ans pour la sec­tion Bas­sin mi­nier de l’Ufac.

Une vo­ca­tion qui trouve peut­être ses ra­cines dans leur his­toire fa­mi­liale. « Je suis ar­rière­pe­tite­fille de porte­dra­peau, ex­plique An­na. J’ai gran­di au MontMou­chet ! C’est un truc de fa­mille. » Le dé­clic, la jeune fille l’a eu à la mort de cet aïeul tant ad­mi­ré, en avril der­nier. « Je me suis dit qu’il fal­lait que je le fasse, pour rendre hon­neur à sa mé­moire, et pour ces gens qu’on ou­blie… » Tris­tan, lui, se sou­vient d’avoir dé­po­sé les gerbes au mo­nu­ment aux morts de­puis qu’il a l’âge de mar­cher. Aux cô­tés de son grand­père,

Ber­nard Pel­louin, dé­lé­gué de sec­teur de l’Ufac pour Ju­meaux et Au­zat­sur­Al­lier.

Si cette fré­quen­ta­tion des com­mé­mo­ra­tions peut pa­raître étrange, elle n’en a pas moins nour­ri la pas­sion du jeune homme pour l’his­toire, jus­qu’à lui faire en­vi­sa­ger une car­rière de pro­fes­seur d’his­toire.

Quand on s’étonne de voir de si jeunes gens em­bras­ser un rôle ha­bi­tuel­le­ment dé­vo­lu à des an­ciens

com­bat­tants, blan­chis sous le har­nais, An­na s’élève : « C’est presque triste que ça sur­prenne. On de­vrait tous avoir ce de­voir de mé­moire en nous. Mais ce n’est pas en­sei­gné à l’école. En troi­sième, on nous a don­né un poème, en nous di­sant “il fau­dra le lire à une cé­ré­mo­nie, c’ est pour la Guerre d’ Al­gé­rie .” Et quand j’ai po­sé des ques­tions, on m’a ré­pon­du que ce n’était pas au pro­gram­

me et qu’on ver­rait ça dans quatre ans… »

De­vant l’in­com­pré­hen­sion que sus­cite sa vo­ca­tion chez les jeunes de son âge, An­na s’in­quiète. « On fi­ni­ra par les ou­blier… » C’est pour évi­ter ce­la qu’elle et son ca­ma­rade Tris­tan ratent par­fois les cours, afin de por­ter les cou­leurs, à l’oc­ca­sion des fu­né­railles d’un an­cien com­bat­tant. Un geste qui émeut les « vieux » au plus haut point. « Ça fait du bien, ils sont mo­ti­vés », confie Mau­rice Du­chet, le pré­sident de la Fna­ca Bas­sin mi­nier. Cu­rieux de na­ture, les jeunes porte­dra­peaux har­cèlent les an­ciens de ques­tions, veulent connaître cette his­toire, sont avides d’anec­dotes. Une cur io­si­té que les an­ciens com­bat­tants s’at­tachent à sa­tis­faire, trop heu­reux de trans­mettre. Même si cer­taines choses ne peuvent pas être dites. « L’autre jour, j’ai fait pleu­rer Ma­rius », confie An­na.

Po u r les deux jeunes gens, c’est ce manque de trans­mis­sion qui est res­pon­sable de la désaf­fec­tion de la jeune gé­né­ra­tion pour les ques­tions de de­voir de mé­moire. Un ou­bli pro­gres­sif qu’ils voient évo­luer sous leurs yeux. « C’est tr iste, au Mont­Mou­chet, il y a de moins en moins de por­te­dra­peaux », constate Tris­tan. Ce constat, An­na le par­tage. En juin der­nier, lors de la cé­ré­mo­nie sur ce même Mont Mou­chet, la jeune porte­dra­peau a fait un ma­laise, qu’elle at­tri­bue à la très forte émo­tion res­sen­tie ce jour­là. « C’est parce que j’ai vu que les gens per­daient ça, cette mé­moire. »

Heu­reu­se­ment, les an­ciens veillent sur leurs « pe­tits jeunes ». Mau­rice Bayle, le par­rain d’An­na au sein de la sec­tion, n’est ja­mais loin. « Il m’aide à faire mon noeud de cra­vate, il pose ses mains sur les miennes quand je tremble », confie la jeune fille, qui est fière d’être dé­ten­tr ice d’une carte de membre de la Fna­ca. « Des­sus, c’est écrit “an­cien com­bat­tant” ! »

« Moi, j’ai gran­di au Mont­Mou­chet

An­na Guer­re­ro et Tris­tan De­ma­ret en juin der­nier au Mont-Mou­chet, de­vant la stèle du co­lo­nel Gas­pard.

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