Les se­niors contraints de se mettre à la page

La Ruche - - LA UNE -

Ils se sentent « han­di­ca­pés du nu­mé­rique ». Les se­niors n’ont plus le choix. Ils doivent « se mettre à l’In­ter­net » et le fos­sé gé­né­ra­tion­nel qui existe avec leurs en­fants et pe­tits-en­fants n’est pas là pour leur rendre les choses ai­sées. Heu­reu­se­ment des ate­liers d’ini­tia­tion existent, comme à Brassac.

« On s’y est mis parce qu’on ne nous laisse plus le choix. Pour payer ses im­pôts, faire ses dé­cla­ra­tions à la Caf ou consul­ter ses rem­bour­se­ments de la Sé­cu, on est obli­gé de se connec­ter sur cet en­gin », peste Ni­cole. « Vous croyez qu’on ne se­rait pas mieux de­vant un bon film plu­tôt que de perdre du temps sur In­ter­net » , ren­ché­rit Ré­gine en sou­riant. Mar­di soir, à l’ate­lier heb­do­ma­daire in­for­ma­tique mis en place par la mair ie de Brassac­les­Mines, la ré­ponse est una­nime : quand on est se­nior on ne s’ini­tie pas à In­ter­net pour le plai­sir mais par contrainte.

La frac­ture nu­mé­rique existe donc dans le Bas­sin mi­nier comme ailleurs et si les der­nières études na­

tio­nales tendent à dire que le fos­sé gé­né­ra­tion­nel est en­train de se ré­duire, le constat est clair, pas ici. En 2016, se­lon le ba­ro­mètre 55 + ( TNS Sofres), 69 % des 55­70 ans pos­sé­daient au moins un ap­pa­reil connec­té. La même an­née une étude de Mé­dia­mé­trie fai­sait état du chiffre sui­vant : 80 % des 60 à 69 ans se connec­taient au moins une fois par jour à In­ter­net.

Lorsque l’on pose l a ques­tion à Ré­gine, Ni­cole, Fer­nande, Syl­vie ou Odette qui par­ti­cipent à l’ate­

lier dé­bu­tants du mar­di, toutes re­con­naissent ef­fec­ti­ve­ment dis­po­ser d’un or­di­na­teur à la mai­son. Mais toutes avouent aus­si es­sayer de se connec­ter et re­non­cer très vite de­vant la com­plexi­té du sys­tème.

« Moi de toute fa­çon, je fais rien chez moi sur l’or­di­na­teur, j’y ar­rive pas » , clame dans son coin Odette, 81 ans, qui lutte de­puis plu­sieurs mi­nutes avec sa sou­ris. L’ad­jointe au maire Gaëlle Ma­hou­deaux, en charge des cours, vient à son se­cours et ex­plique : « J’ai pu consta­ter à tra­

vers ces di­vers ate­liers que les se­niors étaient très cu­rieux. Leurs dif­fi­cul­tés ne viennent pas de la com­pré­hen­sion, si on prend le temps de leur ex­pli­quer bien sûr… C’est plus d’ordre tech­nique. La sou­ris, le clic, le cla­vier… Tout va un peu trop vite. »

Prendre le temps d’ex­pli­quer. Peut­être la clef du s u c c è s d e c e s g ro u p e s d’ini­tia­tion et de per­fec­tion­ne­ment in­for­ma­tique mis en place par la com­mune. « J’ai de­man­dé à mon fils de me faire voir

comment ça mar­chait… Il m’a dit “Dé­brouille­toi ! Je t’ai dé­jà ex­pli­qué !” Et ben, c’est pas fa­cile, vous sa­vez, de se re­trou­ver comme une idiote de­vant quelque chose qu’on ne com­prend pas… », té­moigne Ré­gine, tou­jours avec le sou­rire. « Les jeunes, ils ne se rendent pas compte de toute fa­çon, ils sont nés avec… c’est in­né pour eux mais pour nous c’est une autre p a i r e d e ma n c h e … » , ajoute Fer­nande. Fer­nande qui est pro­ba­ble­ment la plus ré­cal­ci­trante du g r o u p e. E l l e a v o u e n e prendre au­cun plai­sir à « sur­fer », et su­bir les choses plus que les choi­sir. « C’est vrai­ment pas mon truc… Mais on ne peut plus faire sans. Et puis je me mé­fie de tout ça…. Google, il me de­mande mon nom, mon pré­nom, mon nu­mé­ro de té­lé­phone pour créer une adresse mail. Mais moi, je sais même pas qui est ce mon­sieur Google. Je le trouve bien cur ieux… Et puis avec tout ce qu’on en­tend aux in­for­ma­tions, ça me fait peur que mon nom ap­pa­raisse par­tout. »

À tra­vers ces ate­liers, la mai­rie de Brassac­les­Mines a donc choi­si de rompre l’iso­le­ment nu­mé­rique des se­niors de son ter­ri­toire. Une chance pour les par­ti­ci­pantes de l’ate­lier dé­bu­tants de mar­di soir qui ont in­sis­té tout de même sur le fait qu’elles au­raient très bien pu conti­nuer à vivre sans In­ter­net, si seule­ment on leur avait lais­sé le choix.

« On ne nous laisse plus le choix »

Ni­cole et Ré­gine ont pris les choses en main et par­ti­cipent aux ate­liers in­for­ma­tiques dé­bu­tants du mar­di soir.

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