FRAN­ÇOIS HOL­LANDE PART, ET MAIN­TE­NANT ?

CE QUE LA LGV VA CHAN­GER

La Tribune Bordeaux - - LA UNE - MI­KAËL LO­ZA­NO

Très at­ten­due par le monde éco­no­mique ré­gio­nal, la ligne à grande vi­tesse pla­ce­ra Bor­deaux à 2 h 05 de Pa­ris à par­tir du 2 juillet pro­chain. Louée pour son at­trac­ti­vi­té et sa qua­li­té de vie, la mé­tro­pole bor­de­laise es­père fran­chir un nou­veau cap et s’ap­puyer sur cette nou­velle in­fra­struc­ture fer­ro­viaire pour dé­cro­cher d’im­por­tantes re­tom­bées.

Le temps de la sé­duc­tion est ré­vo­lu, main­te­nant il faut conclure. De ma­nière un peu abrupte, voi­là comment on pour­rait ré­su­mer le chal­lenge de la mé­tro­pole bor­de­laise dans les an­nées qui viennent. À lon­gueur de clas­se­ments, Bor­deaux prouve de­puis des mois que son at­trac­ti­vi­té est au fir­ma­ment. Les cadres pa­ri­siens rêvent de s'y ins­tal­ler et la placent au som­met de leurs points de chute dé­si­rés. En oc­tobre, le fa­meux guide Lo­ne­ly Pla­net l'a car­ré­ment élue « des­ti­na­tion la plus ten­dance au monde ». De­vant Los An­geles ou Le Cap, ex­cu­sez du peu. Les in­ves­tis­seurs dans l'im­mo­bi­lier se bous­culent. Dé­sor­mais, rares sont ceux qui parlent en­core de Bor­deaux comme d'une « belle en­dor­mie ». Bien ré­veillée, la ci­té gi­ron­dine veut dé­sor­mais trans­for­mer l'es­sai sur le plan éco­no­mique.

Jus­qu'à pré­sent, la mé­tro­pole bor­de­laise s'ap­puyait sur un aé­ro­port en plein es­sor, avec une in­fra­struc­ture aé­ro­por­tuaire, por­tée par le low cost, qui bat­tait des re­cords de fré­quen­ta­tion, la pla­çant par­mi les plus dy­na­miques de France. Sa na­vette opé­rée par Hop! Air France res­tant très pri­sée des chefs d'en­tre­prise se ren­dant à Pa­ris. En re­vanche, dès que l'on s'in­té­res­sait au rail, la donne était plus simple. In­utile donc de rap­pe­ler qu'un TGV entre Bor­deaux et l'Îlede-France était at­ten­du avec im­pa­tience. Ce se­ra chose faite dans six mois, à par­tir du 2 juillet 2017 pré­ci­sé­ment, grâce à la ligne Sud Eu­rope At­lan­tique, moyen­nant un in­ves­tis­se­ment de 7,8 Md€ dont 3 Md€ ap­por­tés par les col­lec­ti­vi­tés lo­cales, 1 mil­liard par SNCF Ré­seau et le solde par Li­sea, so­cié­té conces­sion­naire jus­qu'en 2016. C'est peu dire que le dos­sier ne fut pas simple, au-de­là du mon­tage du par­te­na­riat pu­blic-pri­vé lui-même, le plus im­por­tant d'Eu­rope. Jus­qu'en avril der­nier, les col­lec­ti­vi­tés et Li­sea, l'ex­ploi­tant du tron­çon Bor­deaux-Tours d'un cô­té, et la SNCF de l'autre, se sont échar­pés sur le nombre de trains à mettre en cir­cu­la­tion. Le dia­logue était for­cé­ment dif­fi­cile entre le conces­sion­naire Li­sea, dont le mo­dèle éco­no­mique re­pose sur les péages liés au pas­sage des trains, et la SNCF sou­cieuse de ne pas mul­ti­plier les rames vides…

Fi­na­le­ment, toutes les par­ties ont trou­vé un ac­cord avec 18,5 al­lers-re­tours dits ef­fi­caces entre Bor­deaux et Pa­ris, dont 17,5 di­rects en 2h05 de temps de tra­jet et une liai­son ra­pide Bor­deaux-An­gou­lê­meMas­sy. La des­serte est or­ga­ni­sée au­tour d'une na­vette ho­raire TGV entre 6 heures et 21 heures avec un ren­fort à la de­mi-heure en heure de pointe. Les tests des voies, qui ont court ac­tuel­le­ment, se sont jus­qu'à pré­sent dé­rou­lés sans sou­ci.

ÉVI­TER LA FLAM­BÉE DES PRIX DE L’IM­MO­BI­LIER

La ques­tion qui se pose dé­sor­mais est celle des im­pacts éco­no­miques. Les dé­fis ne manquent pas et se­ront dé­taillés dans les pages qui suivent. Les Bor­de­lais ont dé­jà pu consta­ter qu'un pre­mier « ef­fet LGV » avait fait grim­per les prix de l'im­mo­bi­lier ces deux der­nières an­nées. Mais après? « Bor­deaux bé­né­fi­cie de­puis une grosse an­née d'un im­por­tant ef­fet loupe. C'est une des­ti­na­tion très mise en avant », ana­lyse Phi­lippe Mou­lia, di­rec­teur d'Eif­fage Construc­tion Nord Aqui­taine. « L'em­bel­lis­se­ment de la ville-centre est ache­vé et, peut-être pour la pre­mière fois, ses in­fra­struc­tures lui donnent une di­men­sion mé­tro­po­li­taine. Au­jourd'hui, a-t-elle fran­chi un cap avec la LGV? Je di­rais non, pas en­core. L'éco­no­mie de l'ag­glo­mé­ra­tion bor­de­laise est une éco­no­mie de ser­vices, ré­si­den­tielle. Il est trop tôt pour consta­ter les pre­miers ef­fets tan­gibles. » Se­lon le pa­tron ré­gio­nal d'Eif­fage Construc­tion : « L'at­trac­ti­vi­té ré­si­den­tielle est nette, mais pas en­core l'at­trac­ti­vi­té éco­no­mique. Ce­pen­dant, la mé­tro­pole a des cartes à jouer, no­tam­ment au­près de PME et ETI fran­ci­liennes qui ne peuvent pas s'ali­gner sur les ré­mu­né­ra­tions pro­po­sées par les grands groupes, mais qui pour­raient re­joindre Bor­deaux pour ap­por­ter une autre ré­ponse à leurs sa­la­riés, par la qua­li­té de vie of­ferte. C'est Bor­deaux à 2 h de Pa­ris, et pas l'in­verse. »

Pour le pa­tron bor­de­lais, bon connais­seur du dos­sier : « On ne peut pas sur­vendre une des­ti­na­tion. Quand on au­ra les 18,5 TGV entre Bor­deaux et Pa­ris, on pour­ra al­ler plus loin et com­men­cer à concré­ti­ser. Mais dé­jà, les si­gnaux sont très po­si­tifs. Le Bas­sin d'Ar­ca­chon, le Sud-Gi­ronde et Saint-Émi­lion sont au centre des dis­cus­sions, contrai­re­ment au Mé­doc qui ne bé­né­fi­cie pas de de­mande. Dans le tou­risme, il faut s'at­tendre à l'ar­ri­vée d'en­seignes que l'on n'ima­gi­nait même pas il y a trois ou quatre ans. De­puis Pa­ris, il se­ra fa­cile de re­joindre en moins de trois heures ces ter­ri­toires. Les re­tom­bées pour l'hô­tel­le­rie et l'oenotourisme se­ront im­por­tantes. Ces ac­teurs n'en sont plus au stade de la prise d'in­for­ma­tions : ils portent des pro­jets et re­cherchent des op­por­tu­ni­tés. »

Di­rec­teur gé­né­ral de Bor­deaux Gi­ronde In­ves­tis­se­ment, l'agence de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique char­gée d'at­ti­rer de nou­velles so­cié­tés et de les orien­ter, Ro­bert Ghi­lar­di de Be­ne­det­ti confirme ce sen­ti­ment : « L'ef­fet LGV, on le sent de­puis plus d'un an. Nous trai­tions au­pa­ra­vant en­vi­ron 35 dos­siers d'im­plan­ta­tions d'en­tre­prises par an, gé­né­rant 900 em­plois. En 2015 comme en 2016, leur nombre a dou­blé : nous sommes à près de 70 dos­siers pour 1400 em­plois. Ixxi, fi­liale de la SNCF, s'est ins­tal­lée dans la mé­tro­pole bor­de­laise, AXA Wealth Ser­vices éga­le­ment et d'autres pro­jets avec AXA sont en cours. Beau­coup de dos­siers concernent le sec­teur du nu­mé­rique, mais pas tous. Tous les 15 jours tombe sur notre bu­reau un dos­sier d'un hô­te­lier qui cherche 500 m2 dans le tri­angle d'or bor­de­lais. Au­tant dire que c'est com­pli­qué… Nous avons aus­si plu­sieurs pro­jets dans le Sud-Gi­ronde, avec des trans­for­ma­tions de châteaux vi­ti­coles pres­ti­gieux qui s'orien­te­raient vers de l'hé­ber­ge­ment, du loi­sir… » Plu­sieurs sources évoquent ain­si un énorme pro­jet de ra­chat de vignes par des in­ves­tis­seurs russes dans les en­vi­rons de La­tresne, au sud-est de Bor­deaux, avec à la clé un hô­tel 5 étoiles, des spas, et une cen­taine d'em­plois créés.

CONNEC­TER LES AUTRES TER­RI­TOIRES À LA GRANDE VI­TESSE

Un point im­por­tant se­ra à suivre avec at­ten­tion : ce­lui des re­tom­bées en de­hors de la mé­tro­pole bor­de­laise. Outre le Bas­sin d'Ar­ca­chon et le Saint-Émi­lion­nais, dont les ré­pu­ta­tions tou­ris­tiques ne sont plus à faire, d'autres zones se mo­bi­lisent. An­gou­lême et Poi­tiers, qui se­ront di­rec­te­ment des­ser­vies, veulent ti­rer leur épingle du jeu. D'autres villes ne veulent pas être ou­bliées et voir le phé­no­mène de mé­tro­po­li­sa­tion s'ac­cen­tuer. Le conseil ré­gio­nal de Nou­velle-Aqui­taine, qui re­groupe dé­sor­mais les ex-Aqui­taine, Li­mou­sin et Poi­touC­ha­rentes, s'est em­pa­ré du su­jet et compte veiller aux connexions avec le ré­seau TER, no­tam­ment. Son pré­sident Alain Rous­set parle vo­lon­tiers de la LGV comme d'un « ac­cé­lé­ra­teur de crois­sance » au pro­fit de ter­ri­toires bé­né­fi­ciant dé­jà d'une bonne dy­na­mique tant dé­mo­gra­phique qu'éco­no­mique. La col­lec­ti­vi­té ré­gio­nale est celle qui a, de loin, le plus contri­bué. L'ex-ré­gion Aqui­taine a ain­si mis sur la table 306 mil­lions d'eu­ros en va­leur juillet 2009 à elle seule (sans comp­ter sa par­ti­ci­pa­tion à la sup­pres­sion du bou­chon fer­ro­viaire, 50 M€) loin de­vant le Conseil gé­né­ral de la Gi­ronde (142 M€), la Com­mu­nau­té ur­baine de Bor­deaux (127 M€), le conseil ré­gio­nal de Poi­tou-Cha­rentes (103 M€), ce­lui de Mi­di-Py­ré­nées (102 M€) ou ce­lui du Li­mou­sin (26 M€). Se­lon Alain Rous­set, la LGV doit de­ve­nir « un fort le­vier en ma­tière d'at­trac­ti­vi­té » et do­per les échanges, non seule­ment avec l'Île-deF­rance, mais aus­si entre les ter­ri­toires néoa­qui­tains eux-mêmes. C'est tout ce qu'es­père le monde éco­no­mique ré­gio­nal.

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